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Controverses sur le divan

Faut-il psychanalyser les dieux ?

Durs combats chez Freud

jeudi 22 avril 2010, par Picospin

On croyait l’époque révolue des débats, controverses, injures et autres aménités échangées au sein du mouvement créé par ce pauvre Freud avec sa mâchoire brisée, douloureuse et constamment présente par l’exorcisme du tabac dans la pipe. A ce sujet, on pourrait continuer à se poser la célèbre question de « qu’est-ce que c’est ? à laquelle il est répondu : ceci n’est pas une pipe, c’est son image ».

Batailles des arts

On s’est bien battu à propos de Stravinski et su Sacre, on a célébré la bataille d’Hernani, fallait-il, que pendant ce 19è siècle finissant, on ouvre la bataille de Freud, venu un peu plus tard sur le devant de la scène, entre Charcot et l’hystérie, la Salpetrière et le bon papa Freud, navigant de l’un à l’autre pour imposer sa stature à des collègues antisémites. Ils ne voulaient pas de cet intrus, venu de Galicie ou de Pologne à l’assaut de l’Université de Vienne pour y faire la loi, y décrocher un titre et se promener entre un site médical de premier plan et son chaud cabinet où s’allongeait la bonne société juive viennoise qui avait du mal à s’adapter aux conventions, à la richesse et à l’éducation de la bourgeoisie qui régnait sur la capitale de l’empire austro-hongrois. On croyait que les querelles avaient pris fin, qu’elles étaient d’un autre temps, d’une autre époque. Ces choses ne se terminent jamais complètement. On comprend que les batailles littéraires, médicales, littéraires alimentent les conversations et les prises de position radicales traduites par injures, accusations et mensonges.

Médecine, philosophie, neurosciences

Qu’elles soient liées à une philosophie médicale, neuroscientifiques de la fin des années 1900 laisse rêveur. Cette allusion nous ramène instantanément à Freud qui était passé maitre dans l’analyse de la signification des rêves dont il extrayait les signifiants et signifiés indispensables à une entrée en trombe dans l’empire de l’inconscient. On ne peut qu’être surpris de la passion avec laquelle vient de s’ouvrir une nouvelle bataille du sens au moment où l’imagerie omniprésente remplace la parole déclinante. C’est en effet par la montée irrépressible de l’imagerie médicale à l’aide de machines complexes et fort couteuses, que la compréhension des circuits neuronaux, des réseaux entre axones et dendrites s’est améliorée, approchant par ces techniques de fort près le moment où la lumière serait faite sur les mécanismes de la pensée plus que de ses causes. Laissons ces rêves, réels ceux-là à l’imagination et à l’inconscience des bénéficiaires que la République a choisi dans sa magnanimité. Pour un pas en avant aussi théâtral que celui des astronautes débarquant sur la lune en dansant, fous et ivres de joie mais aussi d’un orgueil surhumain au moment où ils avaient abandonné leur statut d’hommes lunaires ou lunatiques pour endosser l’uniforme de scientifiques, d’explorateurs du cosmos et de danseurs de l’espace.

Confrontation tardive

Dans la confrontation sans concession et sans pardon entre un philosophe imbu de sa personne et un « client » de la psychanalyse, le courant passe si peu qu’aucune production énergétique n’en jaillit ce qui laisse à nos pauvres humains peu de place à l’illusion, aux rêves (encore eux décidément) et à l’intrusion de l’inconscient dans le champ des choses de l’esprit. Ils auraient pu y faire une brillante carrière si d’emblée on n’avait pas tari ses sources sous le prétexte des parades trop fréquentes de la raison, de la logique et de la critique. Cette dernière garde – quoiqu’il en ait été – toute sa place dans les polémiques, cet art autrefois salué par les homonymes consacrés au théâtre, à la littérature, à la peinture et maintenant au cinéma, les lecteurs et spectateurs béats d’admiration, de louanges et d’encensement. Quand on s’attaque à un sujet aussi controversé et toujours ardemment attaqué et vulnérable en même temps qu’une technique de cure qui appelle le mot, on ne saurait être surpris qu’il en déclenche d’autres, durs, méchants, ardents, souvent blessants, parfois mortels. Le combat a changé d’armes, d’obus et de cible.

Du verbe à l’image

La parole a disparu au profit de la représentation imagée, le terrain des escarmouches et des affrontements s’en transformé en champs électromagnétique, le verbe s’est enfui pour faire entrer les pixels. Ce qui est resté c’est l’affrontement sauvage sous le masque du sourire esquissé, du baises-main, simulé et de la concurrence qu’aucune règle ne vient objectiver ni rasséréner. Sans doute, y a-t-il quelque raison à déplorer la violence des propos, les tonalités haineuses hors de propos dans un contexte qui devrait être celui de l’échange au profit du traitement d’un patient et non du débat sur la pertinence d’une philosophie ou d’une structure immatérielle sinon virtuelle qui s’appelle l’inconscient. Peut-être y a-t-il quelques poissons nobles à pécher dans les propos sur l’homme qui « n’est qu’un animal » animal toujours plus petit que « la grandeur de l’homme » où, quand et à qui que cette qualification ait été dérobée. Lui n’a pas besoin de psychanalyse mais d’amour, de caresses et non de verbiage. De même, n’y a-t-il pas d’inconvénient majeur à admettre ou à contester le « paganisme des thèses de l’extrême droite française ». Le bilan du monothéisme est-il établi ? Si oui, quel en est le résultat ? Au moins, les interrogations sont-elles salutaires, si la disputé reste dans l’impasse, une sorte d’aporie laissée à son propre compte…celui des sommes versées par les pauvres à d’autres pauvres. « Dans ce métier, Monsieur, on ne devient jamais riche ».

Questionnement éthique :

1. Est-il éthique envers les malades cherchant un secours dans la psychanalyse de se perdre en vaines querelles pour satisfaire un ego surdimensionné ?

2. Pourquoi y a-t-il autant d’écoles et de clans dans la psychanalyse ?

3. Est ce que cette technique de traitement de troubles névrotiques mineurs mérite d’être poursuivie au prix d’un tarif onéreux, d’un traitement de longue durée et de résultats aléatoires ?

4. Peut-on attendre de meilleurs résultats de la part de la pharmacologie ?