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Une affaire de culture, de médecins et de justice

Faut-il reconstruire les hymens ?

Ethique de la virginité ?

lundi 2 juin 2008, par Picospin

La polémique suscitée par l’annulation du mariage civil d’un couple musulman au motif de la non-virginité de l’épouse s’est ravivée vendredi avec les déclarations de la garde des Sceaux. À contre-courant des réactions indignées des mouvements féministes, associations antiracistes et laïques mais aussi de l’UMP, Rachida Dati a jugé que « le fait d’annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage ».

Séparation ?

La ministre a par ailleurs fait valoir que « cette jeune fille a souhaité probablement se séparer rapidement de son mari ». Elle a en outre rappelé que les époux concernés étaient tous les deux « d’accord ». Ces questions ont un écho tout particulier pour Rachida Dati qui a eu à y répndre autrefois à titre personnel. En effet, elle a fait annuler son propre mariage, « décidé sans le vouloir », selon ses propos dans le livre « Je vous fais juge », qu’elle a publié en 2007. Les positions de la ministre n’ont pas manqué de faire réagir la gauche, particulièrement le PCF qui l’a accusée de cautionner une « logique communautariste ». « Ces propos sont une monstruosité juridique et une indignité de la part de la garde des Sceaux », a commenté Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste. On a antendu des réactions très vives auxquelles s’est ralliée l’extrême droite en dénonçant le « positionnement délirant » de Rachida Dati, selon Marine Le Pen, vice-présidente du Front national. Dans les rangs de l’UMP, la condamnation de la décision de justice a été unanime. Par la voix de son porte-parole, Frédéric Lefebvre, le parti a estimé que le jugement lillois était « profondément choquant » et incité le ministère de la Justice à engager une démarche juridique pour obtenir l’annulation de ce jugement.

Condamnations

Dominique Payet, le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, a même proposé de supprimer toute possibilité d’annuler un mariage dans la loi, pour ne plus conserver que le divorce. Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, a estimé que « la décision de Lille revenait à introduire la “répudiation” religieuse de l’épouse dans la loi ». Valérie Létard, secrétaire d’État à la Solidarité, a enfoncé le clou en déclarant qu’« une telle décision est une atteinte à l’intégrité des femmes et une violation aux droits fondamentaux de tout individu ». Dès jeudi, la Chancellerie avait pourtant démenti toute « considération d’ordre moral, religieux ou confessionnel » dans cette affaire. Elle avait expliqué que la décision avait été « prise en application de l’article 180 du Code civil qui donne la possibilité à un époux de demander l’annulation de son mariage s’il y a erreur sur la personnalité de son conjoint ». Le procureur de la République de Lille a affirmé que l’annulation d’un mariage pour cause de mensonge de l’épouse sur sa virginité était « assez conforme à la jurisprudence classique ». Ce que contestent catégoriquement certains avocats, qui affirment qu’« il est extrêmement difficile d’obtenir l’annulation des mariages ». Ce à quoi le procureur, comme beaucoup d’autres proches du dossier, rétorque que « c’est le mensonge qui motive la décision du juge », et non la virginité.

Ou application du Code Civil

À Lille, les avocats du droit de la famille ne comprennent pas la polémique. « Le tribunal n’a fait ni plus ni moins qu’appliquer rigoureusement le Code civil, s’étonne Me Florence Sturbois-Meilhac. Si l’épouse n’avait pas acquiescé à la demande de nullité, la question de l’opportunité d’un débat aurait pu se poser, mais dans ce cas particulier, cette éventualité n’entre pas en ligne de considération. Pour une autre avocate du barreau de Lille, « le magistrat qui a rendu le jugement a convenu que, aux yeux de l’époux, la virginité était une qualité essentielle pour se marier. Elle aurait fait exactement la même chose si la demande avait émané d’un couple traditionnel catholique ! » Réputée pour « sa grande expérience et son professionnalisme », la magistrate, qui préside la première chambre du TGI de Lille, est aussi reconnue pour ses « décisions sans parti pris idéologique ». Comme les chirurgies de reconstruction de l’hymen sont enregistrées avec d’autres types d’actes, dont des chirurgies à visées médicales, il est impossible de connaître la part qui revient à ces dernières. Cette chirurgie est souvent pratiquée dans des structures privées, où il n’y a pas de comptabilisation. On ne peut pas plus comptabiliser le nombre de demandes par médecin, car des circuits déjà pré-établis existent dans lesquels entrent des médecins qui sont déjà connus pour accepter ces demandes.

Des circuits

Comme les femmes les connaissent, elles vont les consulter directement. Ces demandes sont apparues il y a une quinzaine d’années. Contrairement à ce que l’on pense, elles ne sont guère en augmentation mais plutôt stables et très médiatisées. Les femmes qui font ces demandes sont de confession musulmane en très grande majorité. La plupart sont d’origine maghrébine, mais cette proportion n’est peut-être que le reflet de la forte proportion de cette population en France. Je ne sais pas quelle est la part des femmes d’origine sub-saharienne. Elles viennent souvent en urgence, au dernier moment. Elles sont dans un tel état de désespoir, qu’elles sont prêtes à payer un prix très élevé pour une réfection d’hymen, somme qui peut s’élever parfois à plusieurs milliers d’euros. Certains médecins en profitent d’ailleurs et pratiquent cette opération pour des visées lucratives. La répercussion de cette décision est encore difficile à prévoir même s’il existe un risque potentiel d’extension de la procédure car ce jugement risque de créer un précédent. Certaines femmes se sentiront peut-être d’autant plus obligées de souligner leur virginité par un certificat l’attestant. C’est en tout cas un jugement qui choque à titre personnel les médecins interrogés à ce sujet, car il constitue une véritable régression pour les femmes.

Des avis médicaux

Nous avons émis des recommandations au sujet des certificats de virginité, en accord en cela avec le Conseil de l’Ordre des Médecins, explique le représentant du collège des gynécologues. Un médecin n’a pas à réaliser un tel acte, en dehors des cas particuliers de médecine légale, comme ce peut être le cas pour une agression. Il est inconcevable qu’une femme soit contrainte de prouver sa virginité, ce qui constitue une humiliation pour elle. Dans le cadre de l’émancipation de la femme, il est maintenant convenu que cette dernière est libre de sa vie et de son corps. Comme les gynécologues ont contribué à l’émancipation des femmes, ils n’ont pas à encourager ces pratiques d’un autre temps car une telle posture consisterait à encourager une sorte de régression. Ils sont également contre les reconstructions d’hymen, car ces manoeuvres sont susceptibles de contribuer à la soumission de la femme. Nous n’avons pas élaboré de recommandations pour cette chirurgie, car ce problème est plus d’ordre social que médical. Mais accepter ces demandes n’est-il pas aussi une manière de venir en aide à des femmes qui sont dans des situations très difficiles vis-à-vis de leur famille ?

Emancipation

Certains médecins acceptent d’intervenir effectivement pour cette raison, mais cette position n’est pas nécessairement la plus souhaitable car elle ne contribue pas à améliorer l’émancipation de ces femmes. Cette attitude risque au contraire de les conforter dans la croyance que leur statut de virginité est important. On doit apporter au contraire leur apporter un soutien moral. Les associations de femmes, le corps médical, les représentants religieux doivent s’unir pour faire évoluer les mentalités sans oublier d’impliquer le mari qui peut rester indifférent au problème ou s’y trouver profondément et affectivement très impliqué.

Quelle éthique (s’il y a lieu) ?

La virginité désigne l’état d’un homme ou d’une femme qui n’a pas connu de relations sexuelles. Par extension, ce terme désigne pour une personne, un objet ou même une idée le fait de ne pas avoir été touché.
Ce concept revêt généralement une grande importance dans des religions, entre autres le catholicisme, où la virginité perpétuelle de Marie, la mère de Jésus de Nazareth, fait partie du dogme. Toutefois, depuis le concile Vatican II, les autorités catholiques considèrent que le mot « virginité » se réfère à une « virginité de l’âme », et à une « virginité physique ». Au cours de l’histoire, surtout avant l’apparition des grandes religions - mais encore aujourd’hui dans les sociétés dites « primitives », la virginité constituait un signe d’impopularité : elle y était consacrée à une divinité et la jeune fille devait la perdre avant le mariage.

Grandes religions

A l’inverse, dans les cultures plus récentes , surtout celles où la religion dominante associe le sexe à l’animalité et au péché, la virginité revêt une connotatio positive : elle est associée à la propreté et à la pureté. Dans ces cultures, la virginité est rattachée à la notion d’honneur : la non-virginité de la femme avant le mariage y est considérée comme un déshonneur pour la famille. Dans les sociétés occidentales, ce type de considération tend à disparaître avec l’évolution des mœurs, telles que la libération de la femme et la libéralisation de la sexualité. L’idée de virginité avant le mariage revient cependant dans certains pays ayant une base culturelle ou religieuse propice, comme aux États-unis ou dans certains pays d’Afrique.La virginité est parfois achetée et monnayée, comme un bien. Dans certains pays, jusqu’au milieu du XXeme siècle, si un homme n’épousait pas une femme dont il avait pris la virginité, la femme était autorisée à le poursuivre en justice et à réclamer dommages et intérêts. La virginité, chez la femme, est traditionnellement associée à la présence de l’hymen, membrane qui barre de façon incomplète le vagin et se rompt lors des premiers rapports sexuels.

Chirurgie

Cette caractérisation est utilisée, dans certaines cultures, pour des « examens de virginité », dont le but est de prouver qu’une jeune fille est encore vierge. Des opérations chirurgicales sont parfois utilisées pour reconstruire l’hymen ou donner l’impression qu’il est intact. La défloration qui a été considérée à travers les temps et les cultures comme un événement important, est identifiée souvent à l’entrée de la femme déflorée dans la vie conjugale ou comme la fin de son enfance. Il existe dans certaines cultures, notamment dans le monde islamique, une ancienne coutume toujours pratiquée aujourd’hui qui exige d’accrocher à la fenêtre le drap nuptial taché de sang après la nuit de noces. Ainsi démontre-t-on que la femme est arrivée vierge au mariage et que le premier rapport sexuel vient d’avoir lieu. Cependant, cette ’tradition’ n’a aucune source religieuse dans l’islam et tend à disparaître. En Occident, lors de la cérémonie du mariage, les mariées portent une robe blanche et un voile blanc, considérés comme un symbole de virginité. La licorne est un symbole de virginité physique ; dans l’iconographie chrétienne, elle représente la Vierge fécondée par l’Esprit Saint.

Amour courtois

Dans les conceptions médiévales de l’amour courtois, la licorne est douée du mystérieux pouvoir de déceler l’impur. De nos jours, certaines filles ont recours à un médecin, un gynécologue ou un simple généraliste, pour obtenir un certificat de virginité avant leur mariage, pour des raisons culturelles. Après un examen, le praticien délivre un certificat à la fille attestant qu’elle est supposée être vierge. L’examen se fait généralement par observation directe de l’entrée du vagin. Le médecin donne en outre une description du type d’hymen observé. Cette pratique d’authentification de la virginité se heurte à des questions d’ordre éthique, mais aussi à un problème médical. En effet, toutes les études confirment l’extrême difficulté de certifier l’absence ou la présence d’une sexualité prénuptiale, même en cas de rupture évidente de l’hymen. Une importante proportion de cliniciensne sont pas en mesure de décider si une déchirure partielle de l’hymen est corrélée avec une activité sexuelle ou pas. On peut définir une personne vierge comme une personne n’ayant jamais eu de rapport sexuel. Cette définition présente de plus l’avantage de s’appliquer aux deux sexes, mais n’est plus vérifiable physiquement. Au contraire, l’utilisation de l’hymen comme critère a été dénoncé comme discriminant pour les femmes, seules à pouvoir subir un examen de virginité. Les chrétiens les plus conservateurs défendent l’idée de pureté selon laquelle il est important de rester vierge avant le mariage. On peut défendre une idée de la virginité sur des critères moins physiques que moraux. Saint Augustin précisa que le consentement est nécessaire pour perdre la virginité autrement dit un viol ne retire pas la virginité. On peut ainsi définir la virginité comme résultant, non d’un contact physique, mais d’un choix. Cela amène à considérer qu’on ne perd sa virginité qu’à l’issue d’un rapport sexuel avec pleine prise de conscience de l’acte.

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