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Edvige est prête à se jeter par la fenêtre

Faut-il se jeter par fenêtre quand la bourse s’effondre ?

Se suicider pour de l’argent ? Quelle question ?

vendredi 19 septembre 2008, par Picospin

Malgré ce fantasme tenace, contre la rumeur il n’y a eu aucune épidémie de suicides par défenestration, lors du jeudi noir de 1929. L’économiste John Kenneth Galbraith avait fait des recherches sur le sujet pour son livre « The Great Crash, 1929 », publié dans les années 1950.

Histoire d’un économiste

Il a fouillé les statistiques, mais n’a constaté aucun « pic » de suicidés en novembre et décembre 1929, au contraire. Seul le jeune Winston Churchill, qui résidait à New York à cette époque, a prétendu avoir vu un cadavre, au lendemain du jeudi noir, au pied de son hôtel Savoy-Plaza. Il note dans son journal : « Juste sous ma fenêtre, un gentleman s’est jeté de 15 étages et a éclaté en morceaux, causant une grande émotion et l’arrivée des pompiers sans donner la moindre indication sur les raisons de cette chute. Le 8 novembre 1929, une femme de 51 ans, travaillant pour un broker, se jette par la fenêtre après une chute de 40 étages. Mais selon la presse de l’époque, ce suicide n’a rien à voir avec une perte financière, ses proches parlant plutôt de surmenage.
Un dirigeant de la Earl Radio Corporation a bien sauté d’une fenêtre de son hôtel de Manhattan, après avoir écrit une note  : « Nous sommes en faillite. En avril j’avais 100 000 dollars, aujourd’hui, j’en dois 24 000. » Cette chute a eu lieu au début du mois d’octobre… c’est à dire avant le fameux krach. Certes, il y a eu quelques suicides en raison de la gravité de la situation économique, mais par balle ou par asphyxie au gaz sans qu’on eut pu voir dans le ciel de Manhattan le moindre banquier volant.

Mort dans la voiture

De cet homme en plein vol qui n’a pas été abattu, faute d’une DCA efficace, il convient de descendre au chevet d’une petite fille morte dans sa voiture par absence de soins et de vigilance parce que tout simplement, son père l’avait un peu oubliée pendant qu’il était plongé dans ses réflexions sur les affaires qu’il convenait de lancer et les pièges qu’il devait tendre à ses collègues pour justement récolter les fonds qui permettraient à sa fille de manger Ce père qui a laissé sa petite fille mourir dans sa voiture est mis en examen. Ce qui jette la consternation dans cette famille brisée à vie. Perdre un enfant est déjà une horreur qu’on ne souhaiterait pas à son pire ennemi. Le perdre en se sachant responsable, c’est encore pire. Ecoeurement devant les réactions sur Internet, décidément la meilleure et la pire des choses. Une fois de plus, n’y a a-t-il pas trop de gens parfaits qui savent tout, qui jugent de tout, qui condamnent tout sans nuances, voire ceux qui réclament la castration et même le retour de la peine de mort ou qui mettent sur le même plan ce malheureux et ceux qui tuent volontairement leurs enfants. Il y a vingt-cinq ans, j’ai moi aussi oublié mon bébé, ma fille, sur un parking, et dans des conditions comparables à celles de ce drame. Heureusement, quelqu’un l’a vue et m’a prévenu, une ou deux heures après. Je pense sincèrement que, pris par mon travail, je ne serais pas revenu à ma voiture avant la fin, je ne me serais pas inquiété, intimement persuadé de l’avoir déposée chez sa nourrice. Si elle était morte, ma vie se serait arrêtée.

Vie et mort dans l’auto

Elle vit toujours, bien sûr, rassurez-vous, ne sautez pas sur votre portable pour appeler la police. Et si elle m’aime comme elle m’aime, si je suis, avec son copain et son frère, un des hommes de sa vie, c’est qu’elle sait que j’ai toujours fait ce que j’ai pu pour la rendre heureuse. Et que je continue. Mais pourquoi avais-je agi ainsi  ? Parce que je suis atteint d’une maladie qui fait en général rire les autres et souffrir le malade  : la distraction. Maladie hélas incurable, qui vous punit tous les jours. Je pourrais écrire un recueil de mes distractions quasi-quotidiennes, du temps et de l’énergie perdus avec ça  : rendez-vous ratés, objets égarés, feux grillés, voiture introuvable car garée dans un endroit qui n’avait pas été repéré au moment de la mise sur le parking. Je pourrais énumérer tout ce que j’ai en double voire en triple  : montre, carte bancaire, clés de maison ou de voiture. Raison pour laquelle il m’est arrivé de rentrer un soir, d’ouvrir le coffre, de laisser les clés dessus, de repartir le lendemain avec l’autre trousseau en laissant ma voiture en pleine ville avec les clés bien visibles, à croire que ma ville ne compte aucun voleur. Et les fois où je m’arrête pile sur un trottoir, me demandant ce que je suis parti faire  ? Ça vous amuse, hein  ? Pas moi…Cet homme va donc être jugé. Jugé alors que les tribunaux sont encombrés, que la majorité des affaires à juger vont trop lentement. Jugé et condamné alors que sa condamnation il l’a déjà reçue, et que c’est une condamnation à être un mort-vivant. Jugé alors que ce parking a vu passer des centaines de personnes.

Distraction ou indifférence ?

Distraits, eux, ou indifférents, comme ces Italiens qui ont continué à bronzer sur une plage où venaient de se noyer deux fillettes roms  ? A. Nonym : la distraction peut aisément concerner des clefs de voiture, des dossiers… mais est-ce la même chose (si j’ose dire) qu’un être vivant qui dépend de vous ? Il s’agit dans cette histoire d’une petite fille de 3 ans dont le papa a carrément oublié l’existence pendant plusieurs heures, et que son frère a retrouvée morte dans la voiture. Nous n’allons pas le lapider, sa culpabilité doit être épouvantable. Mais il faut comprendre pour éviter que cela ne se reproduise. Je ne sais pas si dans cet « oubli » la distraction que vous invoquez est seule en cause. Il me semble que ce sont souvent des hommes qui oublient leurs enfants. Pris dans leurs préoccupations professionnelles, ils zappent parfois l’univers familial. Les femmes, qui ont assumé la fonction d’élever les enfants depuis des siècles et des siècles… (Amen… dis-je pour Manju 35 qui va m’en sortir un sans tarder) ont souvent du mal à se détacher de leurs préoccupations familiales (ce qui peut être très gênant également). A. Nonym : après l’histoire qui vous est arrivée avec votre fille, vous n’avez jamais dû recommencer et probablement votre distraction n’a-t-elle plus jamais « porté » sur un être vivant ? Chaque fois que j’entends parler d’un drame similaire, je pense aussi a la détresse des parents. Je suis persuadé que la plupart de ceux qui ont eu un enfant savent que cela peut arriver. Mais on préfère s’empresser de juger….L’erreur est humaine. Je défie n’importe quel parent de m’affirmer qu’il n’a jamais fait d’erreur dans l’éducation de son enfant.

L’oubli

Alors, bien sûr, et heureusement, tout le monde n’oublie pas son enfant. Heureusement, toutes les distractions ne finissent pas mal. Mais, si l’on condamne les personnes à qu’il arrive ce type d’accident, alors, doit-on aussi condamner ceux qui ont eu un seconde d’inattention pendant laquelle l’enfant est parti se jeter sous une voiture ? Ou ceux qui ont vu leur enfant dévoré par le chien du voisin ? Comme le dit cet article, les parents ont déjà été sanctionnés. Comment se reconstruire, en tant qu’individu, en tant que couple, en tant que famille, après un tel drame ? Mieux vaut essayer d’accompagner, plutôt que de condamner, afin de permettre à ceux qui ont survécu de se reconstruire. A noter cette citation : « Que mon corps aille à la Science, mon âme à Andrew , et ma compassion à mes créanciers… » Florilège des déclarations des ministres qui avaient défendu le fichier de police en bons lieutenants. Au milieu des nombreux cris d’alarme des opposants à Edvige, les têtes d’affiche du gouvernement étaient montées au créneau pour défendre le nouveau fichier de police. Des défenseurs qui, s’ils veulent rester fidèles au chef de l’Etat, vont être contraints de revenir sur leurs très récentes déclarations, après l’intervention de Nicolas Sarkozy. A l’issue d’une réunion de crise le président de la République a demandé à sa ministre de l’Intérieur « d’ouvrir rapidement une concertation suivie de décisions pour protéger les libertés. Taclant au passage tout le gouvernement  : « Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Edvige aurait pu être mieux expliqué. »

Peu d’explications avant le courroux

Devant le courroux présidentiel, Michèle Alliot-Marie a été obligée de s’exécuter. Elle a proposé de « limiter le temps pendant lequel » les indications sur les mineurs seraient « maintenues dans le fichier ». Plus tard, elle s’est dite prête à inscrire « dans une loi » les « garanties » nécessaires au respect des libertés publiques. Le soir, elle s’est montrée plus catégorique encore  : « Il n’est pas question d’avoir dans ce fichier des indications individuelles sur des orientations sexuelles ou sur des maladies. » Il n’est pourtant pas loin le temps où la ministre de l’Intérieur se montrait inflexible et ironisait sur les critiques contre Edvige adressées par Hervé Morin, président du Nouveau Centre. Elle répondait par une autre question aux interrogations du ministre de la Défense  : « Comment se fait-il que, depuis le 1er juillet, il n’ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone  ? » Au dessus de nos têtes, les caméras de surveillance se multiplient. C’est le cas dans toutes les villes, et notamment à Marseille, qui semble être une terre d’élection du lobby sécuritaire  : autour de six mille caméras aujourd’hui, beaucoup plus demain. Alors que le fichier Edvige a remis sur le devant de la scène la question du rapport fragile et complexe entre liberté et sécurité, nous devons prendre le temps de nous demander si, oui ou non, les dispositifs de vidéosurveillance sont liberticides. La réponse, en effet, n’est pas évidente. Les sondages montrent qu’une grande partie de la population française -autour de 70%- est favorable à ces dispositifs. L’argument majeur a été repris par le préfet de police des Bouches-du-Rhône « C’est rassurant pour le citoyen honnête. » Si je respecte les lois, si je n’ai « rien à me reprocher », pourquoi craindre d’être filmé  ? Ainsi pense le bon sens. Minoritaires mais déterminées, de nombreuses voix s’élèvent à l’inverse pour dénoncer ces dispositifs. Associations, artistes, essayistes : nombreux sont ceux qui voient dans ces caméras l’ombre de big brother. Entre adversaires et partisans de cette évolution « vidéo-sécuritaire », les positions seraient inconciliables  ?

Un avis capital : Hobbes

Pourtant, tous semblent partir du même postulat, que Thomas Hobbes avait formulé au milieu du XVIIe siècle  : les hommes ont un penchant naturel à se méfier les uns des autres. Même ceux qui nient théoriquement ce principe, écrit-il dans la préface de son ouvrage « Le Citoyen », le confirment par leurs actes  : chacun ferme sa porte à clef, cache ses objets de valeur. « Peut-on témoigner plus ouvertement qu’on se défie les uns des autres  ? », s’interroge Hobbes. La question de la vidéosurveillance est donc moins « faut-il se méfier  ? » que « de qui -ou de quoi- faut-il d’abord se méfier  ? » Les partisans de cette multiplication des caméras se méfient avant tout de l’autre, de celui qu’on croise dans la rue et qui représente un danger potentiel pour nous. Ils s’inscrivent dans une lignée directement hobbesienne  : pour Thomas Hobbes, en effet, seul un Etat puissant, autoritaire et répressif peut, par la peur qu’il suscite chez les citoyens, supprimer la peur qu’ils s’inspirent les uns aux autres. Cet Etat est selon lui la seule façon d’éviter le « guerre de tous contre tous » qui règne lorsque les humains sont livrés à eux mêmes. Anthropologie pessimiste, certes, mais qui, selon l’auteur du « Léviathan », est sans cesse confirmée par notre expérience des rapports humains. Renoncer à sa liberté « naturelle », en acceptant d’être surveillé et éventuellement puni, est alors la seule façon d’assurer sa sécurité ou, pour le dire autrement, de survivre.

Qui a peur de l’Etat ?

Ceux qui, à l’inverse, voient dans ces systèmes de surveillance un danger mortel pour la liberté exercent prioritairement leur méfiance envers l’Etat et plus généralement envers les différentes formes de pouvoir, envers la technique elle-même, et envers les images. Car c’est bien sûr un des points d’achoppement de la philosophie de Hobbes  : si nous avons de bonnes raisons de nous méfier de nos semblables que nous croisons dans la rue, parce que les humains sont potentiellement dangereux les uns pour les autres, ne faut-il pas tout autant nous méfier de l’Etat qui, inévitablement, s’incarnera lui aussi à travers des personnes  ? Qui nous garantira que le pouvoir ne fera pas un usage imprévisible des images enregistrées  ? Certes, la loi prévoit des garde-fous, mais comment être sûrs qu’ils seront suffisants  ? D’autant plus que beaucoup de ces caméras relèvent du secteur privé  : banques, sociétés de surveillances, etc. Comment savoir qui est de l’autre côté de la chaîne, de l’autre côté du câble  ? Nous touchons là un deuxième argument  : la critique de la technique elle-même. C’est un constat d’échec particulièrement cruel pour la démocratie de constater qu’une majorité de nos concitoyens pensent que des problèmes proprement politiques -comme la délinquance- peuvent avoir des solutions purement techniques. La caméra elle-même, qui évite tout contact direct entre le surveillé et le surveillant, symbolise cette déshumanisation des rapports humains, et ce glissement du politique vers le technique qu’expriment aussi les puces électroniques, les passeports biométriques, ou les émetteurs d’ultrasons « anti-jeunes ». Enfin, cette multiplication des systèmes de vidéo surveillance pose la question de la confiance qu’on peut avoir, plus généralement, dans l’image.

Image

L’illusion de l’objectivité fonde ces systèmes, alors qu’il existe toujours un écart entre la réalité et sa représentation. Sans doute est-ce cette interrogation à la fois politique, métaphysique et esthétique qui a conduit certains artistes à faire de ces caméras un des thèmes centraux de leur travail . On peut par exemple citer Renaud Auguste-Dormeuil, concepteur du « Mabuse Paris Visit Tour » (un itinéraire en bus consacré à l’observation des caméras qui scrutent les rues de la capitale), et du « Contre Projet Panopticon », bicyclette équipée d’un système de miroirs reflétant le sol et rendant donc celui qui l’utilise invisible pour un avion ou un hélicoptère. En l’occurrence, et comme souvent, c’est l’art qui nous incite à regarder des choses que nous avions sous les yeux mais qui étaient masquées par le filtre de l’indifférence, voire de la résignation. Le Premier ministre, obligé aujourd’hui de se plier à l’injonction de l’Elysée, avait rappelé à l’ordre son ministre de la Défense, qui se serait « laissé aller à des jugements inspirés par une vision très légère des choses » en créant « des suspicions là où elles n’existent pas ». Xavier Bertrand aussi aime Edvige -en tout cas aimait, puisqu’il ne s’est pas exprimé depuis la mise en garde de Nicolas Sarkozy ? Enfin, Edvige ne posait pas non plus de « difficultés majeures » à Brice Hortefeux. Il le déclarait lundi avec d’autant moins de mal qu’il n’était -effectivement- pas « le seul à le dire ». Il soutenait alors justement le premier des points sur lequel Michèle Alliot-Marie a lâché du lest dès le lendemain  : le fichage des mineurs.

Qui attaque et qui défend la pauvre Edvige ?

Peut-être les ministres vont-ils devoir suivre l’exemple du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre qui s’est d’abord évertué, jeudi par un communiqué, à défendre Edvige en attaquant ses adversaires politiques. Pour ce qui concerne le fichier Edvige, François Bayrou n’a aucun scrupule et n’hésite pas à aligner des contre-vérités  ! Ce fichier n’est en aucun cas une nouveauté, comme il le prétend, mais l’adaptation du fichier créé en 1991 par les socialistes. Avant de changer son fusil d’épaule moins d’une semaine plus tard, et de le diriger désormais, à l’instar de Nicolas Sarkozy, contre le gouvernement. Dans un nouveau communiqué, ce mercredi, il va même jusqu’à réclamer des modifications supplémentaires  : « Il faut aller plus loin et clarifier sur la santé et sur l’orientation sexuelle, qui n’ont rien à faire dans un tel fichier. Nous demandons aussi que soit posée la question du fichage des personnalités qui est aujourd’hui obsolète à l’heure où Internet procure des informations immédiates sur les personnes publiques. Des critiques se font jour au sein même de la majorité avec des injonctions que n’aurait pas reniées François Hollande. Le Premier secrétaire du Parti socialiste a souligné le désordre gouvernemental occasionné par le « recul » de Nicolas Sarkozy  : S’il y a des ministres qui sont désavoués aujourd’hui ce n’est pas ceux qui se sont émus, c’est ceux qui ont dit ‘circulez il n’y a rien à voir’, en l’occurrence le Premier ministre que je considère aujourd’hui désavoué, et la ministre de l’Intérieur. »Et la critique n’émane pas de la seule opposition. Au sein même de la majorité, le spectacle offert par le gouvernement a interpellé. Mercredi également, Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée nationale, a dénoncé une « mauvaise communication »  : « Cette affaire a été mal conduite, sans communication. Ce n’est pas une réussite jusque-là. Nous allons à l’Assemblée reprendre les choses en main. » Il faut bien reconnaître que la « cohérence gouvernementale », réclamée encore mercredi matin en Conseil des ministres par Nicolas Sarkozy, n’est pas chose aisée à respecter, quand justement ceux qui en avaient fait preuve se voient dédits pas le Président en personne quelques heures plus tard.