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A propos de la fidélité, de la constance et du temps qui passe et change

Fidélité, trahison, constance : quelles relations ?

Des questions à propos des opinions de M. Sarkozy

jeudi 8 mai 2008, par Picospin

Se demander s’il faut rester fidèle, c’est demander si être fidèle est un véritable devoir moral et si cela l’est toujours. Est-il toujours moral de se conformer à ses engagements ou à ses promesses ? Est-il possible de rester fidèle, sans porter atteinte à la moralité ? La fidélité est-elle fondée, à la fois moralement et dans l’être de l’homme ? Si être fidèle est de l’ordre de la vertu ou du devoir, rester fidèle sera aussi une attitude ou un acte qui relève de la vertu ou du devoir.

Demandons à Aristote ce qu’il en pense

Aristote définit la vertu, dans l’Ethique à Nicomaque, comme une habitus, une " disposition acquise ". La vertu serait une habitude à se comporter de telle façon et à accomplir telle sorte de bien. Elle ne peut s’acquérir qu’à force de pratiquer les actions bonnes. C’est en accomplissant des actes vertueux, qu’on devient vertueux. Si donc la vertu est définie comme étant la constance à faire le bien, comme une disposition constante à agir selon la droite règle qui détermine le juste milieu entre un vice par défaut et un vice par excès, la notion de fidélité, si on la définit comme la constance dans nos actes et nos paroles, rencontre la notion même de vertu aristotélicienne. Elle garde la même définition de la constance dans ses principes. On dira qu’on doit rester fidèle puisque c’est là être vertueux au sens aristotélicien et que c’est agir conformément au devoir. La vertu suppose la constance. Or, la fidélité est la constance même. Non seulement ces deux notions de vertu et de fidélité se recouvrent mais il est possible que la fidélité soit la condition même de la vertu. La fidélité semble bien être à la base même de la moralité et de tout vivre-ensemble. Pouvons-nous faire une promesse avec l’intention de ne pas la tenir ? Peut-on faire une fausse promesse ?

Qu’est-ce que la vertu ?

Autrement dit, si nous généralisons la fausse promesse et la rendons synonyme de fidélité, être fidèle est-il toujours un devoir ? Etre infidèle peut-il parfois être un devoir ? Est-ce que selon les Fondements de la métaphysique des mœurs, puis-je accepter que ma maxime (de me tirer d’embarras par une fausse promesse) doive valoir comme loi universelle pour moi et pour les autres ". Si, selon Kant, il ne faut pas tenir de fausse promesse, ce n’est pas à cause des conséquences à craindre pour moi, mais ce sera dû au fait que si on le fait, aucun contrat ne sera plus possible. En effet, si la fausse promesse pouvait devenir une obligation morale, on ne pourrait plus avoir confiance en qui que ce soit. Cela reviendrait à dire que les promesses, engagements, contrats n’engagent pas la personne qui les tient, puisque l’on voudrait ériger en loi universelle de la nature le fait de tenir une promesse en n’ayant pas l’intention de la tenir. Comme le montre Kant dans son ouvrage D’un prétendu droit de mentir par humanité, la fidélité est la condition même de " tous les droits fondés sur des contrats, ce qui constitue une injustice à l’encontre de l’humanité en général ". La fidélité est donc un commandement sacré de la raison, et ne pas être fidèle, est un crime contre l’humanité.

Qu’en dit Kant ?

On voit avec Kant que si on doit de toute évidence être ou rester fidèle, c’est pace que sans cela, aucune société ne serait viable. En effet, les contrats sont alors impossibles, car il n’y a plus aucune confiance entre les hommes. Ce devoir ou cette vertu, semble donc être la condition même de la société, qui a toujours eu tendance à valoriser les conduites de fidélité, afin de garantir contrats et signatures. La fidélité est donc non seulement un devoir moral mais également une nécessité sociale, qui a pour fonction la cohésion sociale, la paix. Mais surtout, ce que montre encore l’analyse kantienne, c’est que rester fidèle est un devoir envers l’humanité toute entière. S’en tenir à ses engagements, à ses promesses et rester fidèle, c’est respecter l’autre, c’est respecter l’humanité entière (même si cette fidélité n’est qu’envers moi-même). Rester fidèle, c’est donc à la fois respecter l’autre et se respecter soi-même. Avec cette notion de respect, non plus de l’autre seulement, mais de soi-même, on en arrive à un autre aspect de la question. En effet, " rester " fidèle est une attitude qui connote la persévérance, la permanence, l’identité. On touche ici à un aspect important de la notion de fidélité ou de sa signification pour tout homme : rester fidèle, cela revient à " rester le même ".

Identité et mêmeté

S’il est nécessaire, alors, de rester fidèle, ce n’est plus tant en un sens moral ou social, mais métaphysique : c’est sans doute parce que la fidélité a une fonction d’intégrité, en ce qu’elle permet de m’accepter moi-même, en ce qu’elle donne à ma personne une unité, une permanence. C’est dans ces circonstances et sans doute avec cette opinion de lui-même que notre actuel Président de la République s’est comparé à ses prédécesseurs. Le rappel historique version Sarkozy a provoqué de l’irritation dans l’auditoire. Le président s’y est livré pour démontrer qu’il avait mis peu de temps à faire triompher ses idées, et qu’il n’avait pas à se plaindre de ses résultats électoraux, contrairement au général de Gaulle, « vainqueur à une voix de majorité aux législatives de 1967 », à François Mitterrand et à sa longue quête du pouvoir, et « à Jacques Chirac qui a mis 21 ans à se faire élire ». Cette dernière allusion a fâché les chiraco-villepinistes, d’autant plus que le chef de l’État est revenu plusieurs fois sur le bilan de son prédécesseur au cours de son intervention, en termes peu amènes. Nicolas Sarkozy a « tapé sur Chirac en l’accusant d’avoir mal gouverné la France ». « Il a seulement dit que Chirac n’avait pas beaucoup réformé », a affirmé un proche.

Hommage aux prédecesseurs ?

Sarkozy a évoqué au détour d’une phrase, en conclusion de son échange avec ses invités, l’affaire Clearstream pour les persuader qu’il n’avait « de haine pour personne » dans sa « famille ». « Si j’ai fait ce que j’ai fait dans cette affaire, a-t-il assuré, c’est pour éviter que cela se reproduise. »« La politique me sort par tous les pores de la peau ! », a-t-il aussi ajouté, pour atténuer l’impression d’avoir voulu régler leur compte à ses détracteurs. C’est pourtant ce qu’il a fait pendant presque une heure, en se félicitant de n’avoir pas écouté pendant la campagne les conseils de prudence venus de son propre camp. Il a estimé avoir eu raison de ne pas sonder son équipe sur la « rupture » « comme ça, on n’était pas les sortants » , sur sa stratégie de « mouvement » ou, encore, sur l’« identité nationale ». Poursuivant la démonstration, il a ironisé à l’intention de ceux qui « lui déconseillaient de changer la date des municipales ». « C’était beaucoup d’autojustification », estime un participant. Mais l’exercice n’était pas gratuit. Nicolas Sarkozy est revenu sur ce qu’il considère comme des erreurs. Mais l’exercice n’était pas gratuit. Nicolas Sarkozy est revenu sur ce qu’il considère comme des erreurs passées de son camp pour mieux récuser les critiques actuelles de ses détracteurs. Il tient par-dessus tout au rythme et à la simultanéité des réformes, ce qu’il appelle « rester en mouvement », pour anéantir l’adversaire. « Jamais un gouvernement n’a autant réformé », s’est-il encore une fois vanté, en ajoutant, cette fois à l’adresse de son Premier Ministre : « Moi, je parle de 55 réformes, François en compte beaucoup plus, ce qui prouve que le moins modeste des deux n’est pas forcément celui qu’on croit ! »

Questionnement et citations :

L’amour qui vit dans les orages et croît au sein des perfidies, ne résiste pas toujours au calme de la fidélité.

On n’appartient qu’à soi-même et c’est à soi-même qu’on doit la fidélité la plus importante.

Quand nous sommes las d’aimer, nous sommes bien aises que l’on devienne infidèle, pour nous dégager de notre fidélité.

A propos des musées, de leur fonction et de leur fonctionnement : Naturellement, lorsqu’ils font face au conflit, les administrateurs, les cadres et les curateurs se mettront en dernière instance toujours du côté de la fonction institutionnelle. Néanmoins, à n’importe quel point préalable à cette jonction critique, il y a des intrigues, des affaires et des infidélités d’un grand potentiel pour les activistes politiques, pour les interventionnistes et pour les radicaux culturels.

Dans le cas du musée, ceci inclut naturellement les artistes, mais également le personnel du musée et le public qui le fréquente. Pour paraphraser le philosophe Gilles Deleuze, l’institution est un appareil de capture. Mais qu’est-ce qu’elle saisit ? C’est l’enthousiasme des artistes qu’elle réussi à piéger, du moins durant un bref instant. (Toujours est-il que l’on doit aussi se demander quelles idées dangereuses voir traîtresses se répandent au sein de l’institution comme le résultat de ce rapt qui est également une infection.)

De la perspective d’un artiste activiste politiquement engagé ou d’un organisateur, ce type d’ambition intra-institutionnelle et libérale peut en fait être utile même si elle est frustrante. Utile, parce que un certain montant de travail politique véritable peut agir comme un "levier" à travers lui, et frustrant parce que les curateurs, les artistes, les administrateurs des musées et les académiciens confondent négligemment le type de transgression symbolique qui prend place à l’intérieur du musée avec un activisme direct et politique qui a lieu aux niveaux juridique, pénal, même aux niveaux globaux de la société.

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