Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Fin de partie

Fin de partie

vendredi 23 mars 2012, par Picospin

La concurrence étant rude dans ces milieux comme partout ailleurs, on ne tarda pas à accuser par derrière ce qu’on venait de louer de front. Ces manœuvres avaient un gout post électoraliste puisqu’on avait oublié que cette parenthèse infligée par le cours d’évènements tragiques et meurtriers ne devait durer que le temps de ce que durent les roses.

Celles-ci ne manquèrent pas de se transformer en chrysanthèmes pour servir de couronne mortuaire à ceux qui devaient quitter le pouvoir ou renoncer à toute chance de le reconquérir. Les lamentations des uns, les mesures édictées dans l’urgence par les autres étaient plus des expédients propres à rassurer l’opinion et à la rappeler à ses devoirs qui dans l’esprit des concurrents à l’élection présidentielle était de voter juste et bien pour faire monter sur les estrades de la gloire les plus malins sinon les plus méritants. A ce jeu, il était interdit de commettre la moindre erreur ce que firent avec une prudence de Sioux les journalistes présents autour des tables soutenant les plateaux de télévision qui ne désemplirent pas de monde pendant toutes ces heures tragiques au cours desquelles on ne cessait d’être bercé par des rythmes musicaux endiablés provenant des armes déployées par les combattants, un d’un côté et beaucoup d’autres de l’autre. Tout ce déploiement pour arriver à la capture d’un homme baptisé de « forcené » ce qui n’est pas forcément le terme le plus approprié pour designer un fou certes, mais un homme atteint d’une folie plus inculquée par lavages de cerveau successifs que par des gènes défectueux, viciés au départ. On en revenait encore une fois à la question sans cesse posée de l’acquis et de l’inné. Mohamed Merah, et son frère Abdelkader également mis en cause, n’étaient pas des inconnus des services de renseignements. Le tueur au scooter était fiché par la DCRI après s’être rendu à deux reprises à la frontière pakistano-afghane en 2010 et 2011. Il été convoqué en novembre dernier par le service régional du renseignement intérieur afin qu’il explique plus précisément ce qu’il était allé faire sur place, a confirmé Claude Guéant mercredi soir sur TF1. Mais selon le ministre de l’Intérieur, rien ne permettait à l’époque d’imaginer qu’il préparait un acte criminel. "Il avait expliqué force photos à l’appui qu’il avait fait un voyage touristique". Une version qui avait convenu aux services de renseignement, lesquels n’ont pas jugé utile de pousser les investigations plus loin. Son frère, toujours en garde à vue, était "apparu en 2007 comme impliqué dans une filière d’acheminement de djihadistes en Irak", a indiqué François Molins, mardi. C’est un individu qui ne s’est pas rendu en Afghanistan en empruntant des filières connues et surveillées par les autorités. La famille Merah était donc connue des services de police, mais ne faisait pas l’objet d’une surveillance particulière. Aucune écoute téléphonique, aucune filature, n’avait jamais été réalisée à leurs domiciles jusqu’à lundi, preuve que la DCRI ne les jugeait pas proches d’un passage à l’acte. Manque de vigilance ou choix déterminé ? François Molins, lors de sa conférence de presse, a donné un début d’explication. Mohamed Merah était "un loup solitaire", par essence beaucoup plus difficile à surveiller que ceux qui font partie de réseaux. "C’est un individu qui ne s’est pas rendu en Afghanistan en empruntant des filières connues et surveillées par les autorités. Il y est allé tout seul (...) Il n’était rattaché ni à une organisation ou des services connus des services de renseignements", a-t-il expliqué. Paradoxalement, le démantèlement des réseaux d’Al-Qaida a moins servi l’efficacité de la surveillance des suspects qu’elle ne les a encouragés à voler de leurs propres ailes – peut-être plus ensanglantées qu’autrefois – puisque le maitre a disparu depuis un certain temps laissant ses disciples seuls, sans encadrement, isolés dans leur conscience, face à elle, au choix du savoir et du vouloir du devoir dans une exigence de moralité à découvrir et à appliquer dans le moi de chacun, fut-il un terroriste en herbe, un chef responsable ou un combattant de la foi contre une autre foi considérée comme moins séduisante sinon entachée de défauts, d’erreurs, de manquements à la vérité et de détournement de Dieu et de ses prophètes. Tout se passe comme si on était revenu au temps des monades chères à Leibniz, ces unités entièrement closes sur elles-mêmes, dépourvue de fenêtres par lesquelles quelque chose puisse entrer et sortir, ce qui ne ferait que radicaliser la logique selon laquelle la conscience produit à partir de son intériorité l’ensemble de ce qu’elle se représente. Un enfermement, une prison dénoncée une fois de plus comme lieu de production, d’élaboration et de développement des projets d’élimination des autres face au choix d’une bienveillance, d’une ouverture, d’un accueil de l’altérité dans par l’écoute, la discussion et le débat démocratique.