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Une enquête attendue...

Fin de vie en France : qu’en penser ?

Euthanasie ? Mythe ou réalité ?

mercredi 5 décembre 2012, par Picospin

Dans 3,1 % des cas, une décision a même été prise dans l’intention de la précipiter, ce que n’autorise pas la loi. Les rares travaux publiés jusqu’ici sur les conditions de la fin de vie en France s’étaient concentrés sur l’hôpital, et particulièrement sur les services de réanimation.

Décisions médicales

Contrairement à ses voisins Européens, en France, on n’avait jamais exploré les décisions prises par le corps médical au sujet des patients en fin de vie. C’est chose faite depuis que l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) a publié les premières données générales sur la question sous forme d’un tableau très instructif de la réalité des pratiques, dont il ressort que près de la moitié des décès a été précédée d’une décision médicale susceptible d’avoir pu hâter la mort du patient. Dans 3,1 % des cas, une décision a même été prise dans l’intention de la précipiter, ce que n’autorise pas la loi. Les rares travaux publiés jusqu’ici sur les conditions de la fin de vie en France s’étaient concentrés sur l’hôpital, et particulièrement sur les services de réanimation. Jamais l’ensemble des pratiques, prenant aussi en compte les habitudes, procédures et manœuvres en vigueur dans les maisons de retraite et la prise en charge des malades en fin de vie à domicile, n’avait été exploré.

Méthodologie

Les chercheurs ont analysé un échantillon de 15.000 décès (nombre à comparer aux 15.000 morts dénombrés à l’occasion de la canicule de 2003) de personnes âgées de plus de 18 ans, représentatif des 47 872 survenus en décembre 2009. Ils ont demandé aux généralistes, réanimateurs, urgentistes, cancérologues ayant rempli les certificats de ces décès de revenir sur les circonstances de ces décès. Les résultats qui concernent les 5 217 questionnaires reçus en retour, montrent que dans près d’un cas sur deux les décisions médicales prises ont eu pour conséquence éventuelle d’abréger la vie. La plupart des options prises sont conformes bien à la loi Leonetti de 2005, qui permet de soulager des souffrances par un traitement approprié, dont l’une des conséquences peut comporter une réduction de la durée de vie. Les méthodes utilisées ont consisté à s’abstenir de tout traitement visant à prolonger la vie, chez plus d’un malade sur 10, à l’arrêt d’un tel traitement chez moins de 5% des patients et plus souvent à l’intensification d’un traitement de la douleur en utilisant des opioïdes ou des benzodiazépines chez un tiers des malades. Dans une mince frange de patients, ils ont procédé à l’administration de médicaments en sachant qu’un tel choix risquait de mettre délibérément fin à la vie.

Une pratique contraire à la loi

Bien que rare, cette pratique est considérée comme contraire à la loi. Il s’agit souvent de sédation en cas de détresse respiratoire, et/ou pour éviter des asphyxies ou des hémorragies spectaculaires. Dans un petit nombre de cas, l’intention de l’équipe médicale a été de mettre délibérément fin à la vie du patient, comme ce peut être le cas de malades qui continuent de souffrir malgré le recours à des mesures thérapeutiques appropriées. Cette éventualité s’est produite chez près de 2% des patients sans qu’ils aient sollicité un renforcement des mesures thérapeutiques, attitude négative ou passive qui peut être mise au compte d’une diminution de la vigilance ou dans l’entrée dans l’inconscience. Les pratiques d’euthanasie, définies comme " le fait pour un tiers de mettre fin à la vie d’une personne à sa demande " ou assistance au suicide par administration délibérée d’une substance susceptible de mettre fin à la vie sont exceptionnelles, de l’ordre de 2 pour 1.000. Dans ces derniers cas, moins de 4 sont définies ou considérée par le médecin comme euthanasie, les autres étant considérées comme des sédations pour détresse terminale.

Accélération du temps

Le souhait d’accélérer leur mort a été exprimé par 16 % des patients à un moment ou un autre de la prise en charge par la médecine palliative. Les demandes d’euthanasie explicites, se présentent chez un très petit nombre de patients (moins de 2%) ce qui ne permet pas de tirer de cette statistique une figure significative. L’extrapolation est tout aussi intéressante sur d’autres éléments de l’enquête, révélant 17 000 décisions médicales seraient prises chaque année dans l’intention de donner la mort, conduisant à 14 000 décès provoqués sans le consentement du patient. 3 000 seraient soumis à une décision médicale, de préférence collégiale, entraînant consciemment la mort à leur demande, dont 1 000 par administration d’une substance létale. L’étude montre d’autres limites de l’application de la législation actuelle. 10 % des arrêts de traitement, intensifications de la douleur et administrations de substances létales n’ont pas été discutés avec le patient, bien que celui-ci ait été capable d’en parler, ce qui n’est pas conforme à la loi Leonetti. La collégialité des décisions de fin de vie fait parfois défaut : elles font l’objet d’une discussion au sein de l’équipe médicale, sans précision de sa composition purement médicale ou pluridisciplinaire dans 63 % des cas, et/ou dans 44 % des cas.

Collégialité ou solitude

Cette règle est plus facilement applicable à l’hôpital qu’en médecine de ville, au domicile du patient où la solitude du médecin traitant ne favorise guère une telle démarche. Encore nombreux sont les médecins qui déclarent n’avoir discuté avec aucune personne de l’entourage médical ou familial sans qu’ait été précisée la raison de cet isolement, possiblement, par absence au domicile, d’un interlocuteur habilité à aborder ce problème. Les directives anticipées, prévues par la "loi Leonetti" et qui permettent à chaque patient de préciser ses volontés pour sa fin de vie, n’avaient été rédigées que par 2,5 % des patients, éventualité dont les circonstances de survenue n’ont pas été précisées. En revanche, quand elles existaient, elles ont constitué dans plus de la moitié des cas un " élément important " de la décision médicale.

Clarification

L’étude de l’INED, publiée, lundi, dans la revue scientifique "BMC Palliative Care" permet de clarifier les conditions de la fin de vie en France où seront connues les recommandations de la mission confiée au Pr Sicard sur la fin de vie, thème inscrit dans le programme de M. Hollande comprenait l’aide active à mourir dans certaines conditions et qui donne toujours lieu à un vif débat qui anime la France sur la question de l’euthanasie dite "active" et "passive" et qui pouvait moins s’appuyer jusqu’ici sur des données factuelles que sur des impressions tirées du caractère mythique du meurtre, de l’inconnu et du mystère de la mort et de leur représentation dans la société. Les résultats de cette enquête arrivent à bon escient à un moment où la société s’interroge sur son avenir, s’inquiète de ses bouleversements et se trouve confrontée avec de trop fréquentes rencontres avec la brutalité, la violence de la mort, l’essor de la vulnérabilité et la fragilité du destin de l’homme.