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La douce musique des moustiques

Fin du paludisme ou leurre de chercheurs

Muses ou tueurs ?

vendredi 2 octobre 2009, par Picospin

Le paludisme qui est l’un des principaux fléaux planétaires, affecte particulièrement l’Afrique sub-saharinne, provoque un million de morts prématurées (et 250 millions d’infections) par an et a des conséquences médicales, sociales et économiques dans les pays les plus touchés souvent impuissants à combattre la maladie.

Le marais

Le paludisme (du latin paludis, marais, appelé aussi malaria (de l’italien mal’aria, mauvais air, est une parasitose due à un protozoaire transmis par la piqûre de la femelle d’un moustique, l’anophèle, provoquant des élévations thermiques intermittentes. Avec 300 à 500 millions de malades et 1,5 à 2,7 millions de décès par an, le paludisme demeure la parasitose tropicale la plus importante. 80 % des cas sont enregistrés en Afrique subsaharienne, où ils concernent majoritairement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes (OMS, 2005) (voir les régions à risques). La cause de la maladie a été découverte en 1880 à Constantine par Alphonse Laveran, qui reçut le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1907. C’est en 1897 que Ronald Ross (prix Nobel 1902) prouva que les moustiques (Anopheles) étaient les vecteurs de la malaria jusqu’à cette date, le mauvais air émanant des marécages était tenu responsable de la propagation de la maladie. Les parasites sont transmis par la piqûre de la femelle d’un moustique appelé anophèle. Le parasite sévit à l’état endémique, infecte les cellules hépatiques de la victime puis circule dans le sang, en colonisant les hématies ou globules rouges et en les détruisant.

Rompre la chaine

Depuis des décennies tout a été tenté pour rompre la chaîne parasite -> un moustique-vecteur -> un humain récepteur via la piqûre sanguine du moustique infecté : élaborer des vaccins contre le parasite (pour l’heure sans succès probants), détruire le moustique-vecteur (au risque de subir les foudres de défenseurs de l’environnement). On a aussi cherché à déterminer si l’on pouvait défendre les personnes exposées en les protégeant via des moustiquaires imprégnées de produits chimiques de l’action des moustiques, solution souvent économiquement inaccessible, économiquement. Mais il existe aussi en théorie une autre possibilité d’action préventive : transformer le moustique ennemi en un allié radical. C’est la version parasitaire du classique retournement de l’agent secret. Les dernières nouvelles en provenance du front scientifiques des combattants antipaludéens offrent de ce point de vue un beau thème pour écrivains à succès. On pourrait peut-être la transmettre au plus vite à John Le Carré dont on sait à quel point il excelle dans le concept du retournement ; à quel point aussi il se passionne pour l’utilisation qui peut être faite de certains corps humains à des fins sanitaires collectives.

Résistance

Des chercheurs viennent d’identifier un gène à l’origine de la résistance au paludisme chez certains des moustiques vecteurs du parasite paludéen. Les résultats de ce travail seront publiés dans la revue Science du 2 octobre 2009. Ils racontent comment ils ont découvert que de subtiles variations dans un seul gène jouent ou non sur la capacité des moustiques à résister à l’infection transmise par le parasite du paludisme. Ce dernier doit passer une partie de sa vie dans le moustique, et une autre partie chez l’homme. En comprenant comment le moustique résiste au paludisme, nous pourrions mettre au point de nouveaux outils pour limiter sa transmission à l’homme dans les zones endémiques. Les chercheurs ont entrepris d’enquêter sur les indices moléculaires potentiellement présents au sein de la totalité du génome du moustique Anopheles gambiae principal vecteur du parasite responsable de la forme la plus sévère du paludisme en Afrique. Ils ont ensuite focalisé leurs efforts sur la résistance du moustique à un parasite du paludisme couramment utilisé comme modèle expérimental : Plasmodium berghei, responsable du paludisme chez les rongeurs. Lorsqu’ils ont comparé les génomes des moustiques capables de résister à cette infection à ceux des moustiques non-résistants, les scientifiques ont découvert que la différence majeure se situait au niveau d’un seul fragment de chromosome.

Un gêne tueur

Parmi le millier de gènes contenus dans ce morceau d’ADN, un en particulier encode une protéine connue pour se lier au parasite Plasmodium Berghei et promouvoir sa destruction au sein de l’intestin du moustique. La nouvelle technique, qui s’applique à plusieurs organismes différents en étendant le pouvoir acquis chez les levures ce qui permet d’aller d’une région complète d’ADN au gène causal lui-même et qui représente une prouesse jusqu’ici réalisée uniquement chez les organismes complexes. Les chercheurs ont créé d’une part des moustiques « résistants » et de l’autre des « porteurs » potentiels du parasite paludéen avant d’éteindre génétiquement la potentialité infectieuse. Bien que cette étude ait été menée avec le parasite responsable du paludisme chez les rongeurs, on a relevé des indices suggérant que ce gène serait impliqué dans la réponse immunitaire des moustiques au paludisme humain. Cette piste, qui est en cours d’exploration, pourrait améliorer l’efficacité des multiples et coûteux programmes en cours visant à l’éradication du paludisme.

D’après Jean-Yves Nau ; Slate