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Les TGV sont-ils fatigués ?

Fin du patriotisme économique ?

Paris-Londres : fin d’un rêve à la Jules Verne ?

jeudi 22 juillet 2010, par Picospin

C’est au seigneur industriel Siemens que serait attribuée l’exploitation d’une ligne de prestige entre toutes, celle qui relie à grands renforts d’arrêts intempestifs, de séjours prolongés en tunnels, de retards accumulés les capitales du monde qui brillent de leur lumière, de leur prestige et de leur art pour éclairer l’une les scènes les plus impressionnantes et les finances de la planète, l’autre pour envoyer les lumières de la ville sur les gravats et fissures des immeubles avant leur écroulement définitif, du moins tant que l’on disposera d’assez de lux (sans e) pour effacer les ombres et générer la fée électricité si chère au regretté Dufy.

Larmes sur le TGV ?

Que s’est-il passé dans l’esprit de nos politiques pour que soit abandonné sans un cri ni une larme la fabrication du merveilleux TGV qui passait, jambes écartées de France au Royaume Uni après la construction pharaonique, l’exploit technique unique de construire sous la Manche un tunnel échappé du concours Lépine et des romans de Jules Verne. Le voilà presque moribond et considéré comme le vestige d’une époque glorieuse à peine révolue comme le sont les monarques disparus avec la couronne britannique et la 3è République avec la France et son empire colonial. Quels types de négociations peut-on imaginer pour faire justifier avec la rationalité qui sied à un pays d’ingénieurs, d’inventeurs et de commerçants le choix paradoxal d’un fournisseur de locomotives poussives et archaïques face au modernisme des trains à très grande vitesse qui sillonnent les paysages de la France sarkozienne depuis tant d’année, sans relâche avec une sécurité étonnant le monde entier sauf au cas très exceptionnel et quasi imprévisible où le convoi, lancé à près de 300 km/heure vient embrocher la partie postérieure d’une vache broutant tranquillement l’herbe du sol sacré de la patrie mis à sa disposition.

Eurostar, une belle et fière enseigne

Eurostar, filiale de la SNCF et des chemins de fer britanniques, prépare un appel d’offres pour un renouvellement partiel de sa flotte de TGV assurant la liaison entre Paris et Londres. Et pour la première fois, l’entreprise pourrait ne pas faire appel à son fournisseur de matériel roulant habituel, Alstom, mais à son concurrent allemand Siemens. Plusieurs cadres de la SNCF et d’Eurostar contactés par Le Figaro ont confirmé le grand intérêt pour les trains de Siemens. Aucune précision n’a pour l’instant filtré sur la taille de la commande qui ne représentera qu’un renouvellement partiel de la flotte de 28 rames Eurostar. Le renversement de politique économique entre le trio majeur de l’Europe a de quoi surprendre quand on connait la fierté de la réalisation du tunnel sous la Manche, vieux projet parvenu à exécution après de années de tergiversation et scellant une alliance parfois bancale entre deux nations sœurs, unies par la famille et la parenté au cours d’une histoire souvent meurtrière, réalisée à coups de combats fratricides, de diplomatie subtile et de compétitions au sujet de territoires coloniaux à conquérir pour y imposer chez les uns la « Rule Britannia », chez les autres les bâtiments à l’identique des Préfectures, Mairies et écoles publiques.

Jusqu’où va monter Siemens ?

Les responsables d’Eurostar lorgnent les rames Velaro de Siemens qui roulent en Allemagne, en Espagne, en Chine et en Russie. Plusieurs d’entre eux ont fait part récemment de leur intérêt pour le Velaro à leurs homologues allemands. Du côté de la SNCF, il se dit que constituer une flotte mixte Alstom-Siemens pourrait permettre une diversification de l’offre inévitable à l’heure de l’ouverture à la concurrence du trafic international de voyageurs. Des concurrents pourraient en effet arriver rapidement sur l’axe Paris-Londres. A la recherche des produits hauts de gamme pour sa clientèle fortunée et ses boys de la City, le Royaume Uni, qui fait voler partout des avions « low cost » se lance en compensation dans le lux effréné des fabrications Siemens dont la qualité et le prix n’est encore guère officialisé. Avoir des rames Siemens réputées plus luxueuses que celles d’Alstom va permettre à Eurostar de redéfinir la segmentation de son offre et éventuellement de répondre aux attaques de la concurrence avec le lancement d’une offre plus business », explique un bon connaisseur du dossier.

Condoléances pour un défunt ?

Dans cette affaire, que va devenir le patriotisme économique si cher au cœur des Français qui ne tarissent pas d’éloges sur les merveilles technologiques des Airbus, la guerre livrée avec courage et obstination – parfois même au détriment de la sécurité – contre le terrible rival Boeing prêt à dévorer de ses dents acérées, solides et si légères, en matériaux composites, le fragile et mignon enfant franco-allemand, obligé de voyager à grands frais de landau entre Hambourg et Toulouse. Quel peut bien être le secret de Siemens pour qu’il abandonne le rasoir et la vision intime des corps par Rayonx X et IRM au profit de promenades rupestres entre capitales de luxe ?

Questionnement :

1. Les économistes ont-ils raison ou tort de réduire l’homme à ses dimensions économiques comme s’il s’agissait d’un être mû essentiellement ou exclusivement par son intérêt ?

2. Est-il suffisant de se donner comme objectif socio-économique, voire moral d’accroitre son propre bonheur et par retombées celui des autres ?

3. Est-il devenu indispensable que l’entreprise devienne une entité porteuse de valeurs ?

4. Pour devenir morale, faut-il que l’entreprise doive respecter pour être jugée comme socialement respectable sa légitimité, sa responsabilité publique et une action socialement responsable ?