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Un nouvel objet sacré

France et Europe sauvées par le ballon rond

Un nouveau sacre

vendredi 28 mai 2010, par Picospin

"Nous, nous pensons en France que le sport c’est une réponse à la crise. C’est justement parce qu’il y a une crise, qu’il y a des problèmes, qu’il faut mobiliser tout un pays vers l’organisation de grands événements", a-t-il dit. "Et qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport et, à l’intérieur du sport, qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le football ?"."C’est une décision pour nous stratégique qui engage tout le pays face à la crise", a-t-il ajouté à propos de la candidature française.

Un grand capitaine aux commandes

Nicolas Sarkozy a assuré d’autre part que l’Etat français était là pour garantir tous les engagements pris dans le dossier, notamment en matière de sécurité de la compétition. "Ce n’est pas un engagement de la Fédération, ce n’est pas un engagement de la Ligue, c’est un engagement de tout un peuple. On a envie de vous recevoir en France", a-t-il déclaré. Il a conclu son intervention en soulignant que la candidature française faisait l’objet d’un consensus dans la classe politique et l’ensemble de la France. "Il n’y a pas la gauche et la droite, il n’y a pas le sud et le nord, il n’y a pas l’est et l’ouest, il y a tout un pays mobilisé pour avoir cet événement !" Cette phrase aurait pu être prononcée par Saint Paul sur ou à côté du chemin de Damas lorsqu’il a voulu signifier au peuple qui l’écoutait que plus aucune différence n’existait ou n’était prise en compte à l’intérieur d’une communauté qui rassemblait au lieu d’exclure et de choisir.

Du pain et des jeux

La célèbre formule de Juvénal "Du pain et des jeux" qui date de l’Antiquité romaine a été écrite pour évoquer les besoins fondamentaux du peuple de Rome qui vivait alors dans la misère. Pour éviter les émeutes et les révoltes, les consuls et les empereurs ont organisé des distributions de farine gratuite, avec l’aide des boulangers devenus fonctionnaires d’Etat. La variété de pain la plus répandue à Rome était la miche de pain d’orge, nourriture des gladiateurs, qui en mangeaient avant d’entrer dans l’arène pour se donner des forces. Les soldats eux, recevaient du blé qu’ils devaient moudre avant de préparer leurs galettes. Pendant qu’ils pétrissaient leur casse-croûte, Jules César mangeait des tartines frottées à l’ail. Désormais, la solution aux problèmes qui se présentent aux membres du gouvernement quelle que soit leur attribution est simple. Des jeux avec ou sans pain et plus particulièrement dans ce cadre le football qui serait d’après le Président ce qu’il y a de plus fort à l’intérieur du sport. On ne sait ce que le terme de fort signifie dans ce contexte ? Qu’est-ce qui est fort ?

La force par la joie

Les gens qui jouent au football, le nombre de spectateurs qui assistent aux matchs, les recettes encaissées lors des grandes rencontres, les ventes générées par les équipements sportifs surtout quand les performances sont à la hauteur des espoirs sinon les dépassent ? On serait heureux de connaître les chiffres des avantages financiers, économiques et commerciaux engendrés par cette victoire qui avait mobilisé une armée de communicants à laquelle on avait distribué les rôles avec précision après de multiples répétitions pour mettre au point les thèmes et la forme des discours depuis le petit Nathan qui jouait le rôle de l’ami ou du protégé de Zinedine Zidane jusqu’à l’ancien international dont l’expression spontanée avait besoin d’un solide coup de pouce pour la rendre audible et compréhensible au grand public. Il est vrai qu’en matière de jeu au pied les volutes du ballon rond jouent un rôle manifestement plus décisif pour emporter une compétition que la parole, même s’agissant de celle d’une star mise à toutes les sauces pour présenter de la France un visage accueillant, sincère, amical et hospitalier.

Qui sauve la France et l’Europe

On se demande si ce sont les footballeurs ou les financiers, industriels, administrateurs, entrepreneurs qui sauvent le pays de la banqueroute et de la misère ou si ce sont les footballeurs. Si cette deuxième hypothèse est la bonne, il conviendra en toute logique de conseiller à la Grèce de renforcer sérieusement, à coups de millions de transferts ses équipes les plus aguerries comme le Panathenaïkos ou l’Olympiakos, toujours susceptibles de ramener dans les basques du pays les compensations aux déficits de l’économie. Il suffira de placer dans les investissements des jambes solides des joueurs recrutés à prix d’or les compensations aux prêts somptueux accordés par DSK pour sauver l’Europe du naufrage.

Transférer

Comme on pourrait mener cette opération en série, il suffira de répéter l’opération pour la France et autres nombreux pays endettés par des dépenses somptuaires dans le football pour équilibrer leur budget sans efforts ni risques excessifs. Il est aussi vrai qu’un penalty est si vite sifflé que comme chez Perette, le pot de lait risque de se renverser à l’instar d’un ballon qui heurte la barre transversale. C’est peut-être en pensant à ses glorieux ancêtres qui ont noms Puskas, Kocsis, Hidegkuti, que notre Président est parti au combat et à la victoire au nez et à la barbe de Platini qui était à peine né lorsque cette glorieuse cohorte avait fait rêver les foules européennes. Tout est bien qui finit bien. Au point de se demander s’il est vraiment nécessaire d’avancer l’âge de la retraite si on peut se faire remplacer par des joueurs de ballons doués, attentifs aux conseils et aux ordres, toujours disponibles pour envoyer l’objet sacré dans les filets des adversaires.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les jeux du cirque ou ceux du football vont être capables de satisfaire l’hédonisme des spectateurs et téléspectateurs dans 7 ans en cas de victoire de l’équipe de France ?

2. Est-ce que cette joie de courte durée et passagère comme on a vu les congratulations et embrassades enthousiastes des dames Ministres des sports et de la Santé sera suffisante pour compenser les déboires possibles venus d’ailleurs ?

3. Les favellas descendent dans la cité pour prendre un peu de joie et de bonheur auprès des dieux du stade comme elles le font à l’occasion du Carnaval. Quel bonheur ?

4. L’hédonisme peut fonctionner à condition de ne pas interférer avec l’ascétisme obligatoire en cas de faillite ou la débauche qui ignore quels sont les plaisirs à éviter ou à désirer ?