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Une centrale pusillanime...

Fukushima... mon amour ?

La France victime du burn-out ; le nucléaire aussi ?

lundi 4 avril 2011, par Picospin

Les rumeurs provenant de nombreuses sources d’information, de l’opinion publique et de celles des plus avertis donne à penser que de sérieuses questions se posent aux responsables de la politique, de l’économie et de la gestion de notre planète.

Catastrophe

Le terme de catastrophe revient souvent sous la plume et les publications des médias à propos de l’avenir des ressources disponibles pour alimenter en énergie les besoins croissants d’un monde trop habitué au gaspillage, à une consommation effrénée en électricité, quand ce n’est pas en gaz et en énergie fossile pour faire tourner des voitures autour des boulevards circulaires, des périphériques ou tout réseau routier sans but, sans destination. On peut observer ce phénomène trop souvent lorsqu’on jette son véhicule en période de vacances ou de week-end sur les circuits routiers tracés autour des mégapoles ou des grands axes routiers. Déjà, on entend parler de mesures drastiques pour assurer une sécurité renforcée autour des centrales nucléaires comme c’est le cas en Chine. Cet énorme pays a suspendu toute progression des constructions nucléaires, pendant que l’Allemagne, l’Espagne et même la France ont décidé de fermer toute centrale qui ne respecterait pas les mesures de sécurité imposées par les agences destinées à garantir la protection des populations contre les radiations en provenance des usines susceptibles de contaminer des eaux, des épandages ou de l’alimentation destinée au bétail.

Danger ?

C’est parce que le danger sort du cadre de l’hypothèse pessimiste pour entrer dans celui d’une réalité envisageable que des échanges commencent à s’organiser, des conférences sont prévues, des débats citoyens sont envisagés pour dégager les responsabilités des politiques, des administratifs et des scientifiques et les remettre entre les mains et les réflexions du peuple. C’est à lui de décider librement non seulement de son destin mais aussi de celui des générations futures en vertu du fameux principe « responsabilité » dont n’a cessé de parler le philosophe allemand Hans Jonas. On envisage dès maintenant de mettre sur pied des rencontres à Paris puis à Vienne sous l’égide de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique dont le siège est justement dans la capitale de l’ancien empire austro-hongrois. La catastrophe dont nous venons d’être les témoins muets, abasourdis et effrayés ne s’est en effet pas produite dans un pays en voie de développement mais dans la 3è puissance mondiale, bénéficiant d’une étiquette de haute technologie et en laquelle la plus grande confiance régnait quant à ses capacités de sécuriser une technologie qui n’en était pas à ses débuts.

Japon et gravité

Au contraire, les investissements y avaient été particulièrement lourds, le souvenir criant et douloureux et la méfiance et la terreur justifiées par les horreurs subies plus de 60 auparavant. C’est pour toutes ces raisons que l’avertissement émis à propos des glissements des plaques tectoniques et de leur répercussion sur un océan considéré comme pacifique a peut-être porté ses fruits en engageant de paisibles citoyens tantôt inconscients, tantôt endormis sur les oreillers de leurs convictions optimistes à prendre leur destin en mains sans se fier aux considérations rassurantes des manipulateurs de l’atome, plus intéressés par leurs bénéfices que par les risques de leurs activités envers les « liquidateurs », nos enfants et leurs descendants. C’est pourquoi, on s’agite en hauts lieux pour entreprendre des audits sur les centrales nucléaires européennes, les risques terroristes, et que l’on s’apprête à exiger la publication de leurs résultats à destination du grand public.

Des procédures longues et complexes

Les procédures seront longues, nanties d’examens obligatoires sous l’autorité d’organismes moins nationaux qu’internationaux, armés scientifiquement pour répondre à la question fondamentale de la sortie du nucléaire ou de l’engagement de technologies de remplacement dont la mise en route ne doit pas tarder, sous peine de s’éclairer à la bougie et de se chauffer au bois. Ces perspectives sont d’autant plus prégnantes que des solutions existent qui sont liées à celles des catégories du renouvelable et qu’en prime, si l’on peut dire, elles sont susceptibles de générer des emplois et de doter notre civilisation d’une autre organisation de la pensée, trop longtemps figée dans le pragmatisme des années d’après guerre, marqué par le désir de jouissance immédiate ayant fait suite à près d’un siècle de massacres, de crimes, de misère, de chasse à l’homme au nom d’idéologies surannées destinées à apporter la bonheur aux hommes – sauf à quelques – uns. Les erreurs à la suite de cette période sombre de l’histoire n’ont pas épargné un exécutif qui n’a pas su parler le langage de la vérité, débattre avec l’autre, gérer des économies de transition, avertir des dangers du nucléaire, montrer et surtout diffuser les risques pris par les travailleurs de l’atome.

Consensus pour l’atome

Ces derniers avaient été encouragés à suivre cette voie dans l’atmosphère de consensus régnant autour du nucléaire à partir des projets grandioses esquissés – peut-être un peu trop légèrement par les initiateurs plus que les experts de l’atome au lendemain de la guerre – par de Gaulle et sa rencontre avec des personnalités de premier plan appartenant aux milieux gaullistes et communistes, qui ont su gagner sa confiance et celle de son peuple unanime. Le piège s’est refermé d’autant plus vite que la puissance et la source de l’énergie font l’objet d’un imaginaire de pérennisation, sinon de promesse à l’éternité, ressortissant à une origine invisible, quasi divine, destiné à des états dont certains font preuve de rigueur et de sérieux alors que d’autres sont négligents, incontrôlables, et échappent à toute investigation sérieuse. A ce titre et en fonction des caractéristiques de l’atome et de ses manipulations, susceptibles d’étendre leurs conséquences et leurs effets délétères au loin et sur tout territoire quelle qu’en soit la nature, les décisions devront être prises au plus vite.

Pays et ressources en voie d’épuisement

Quelle qu’elle soit, elle devra tenir compte de l’épuisement de ressources de plus en plus rares. Pour toutes ces raisons, n’est-il pas plus rationnel de penser en fonction de la raréfaction des gisements, de leur potentiel de destruction plus que de celui de la construction d’un avenir radieux comme pouvait l’envisager ou le rêver l’idéologie marxiste. Elle est si prompte à saisir ces leurres pour les transférer à la propagande et au rêve de construction d’une société idéale, pleine de justice et d’égalité. On a vu à quel point c’est le contraire qui s’est produit.

Questionnement éthique :

1. Quelle importance attacher au Principe de précaution à l’occasion des catastrophes survenues dans le cadre de l’industrie nucléaire ?

2. Est-ce que les théoriciens de la précaution ont raison de se donner pour cible le catastrophisme même si cette position apparait comme irréaliste, contradictoire et intenable ?

3. est-ce que c’est à l’innovateur de prouver l’innocuité de son produit innovant et non aux victimes de prouver son innocuité ?

4. Est-il vrai que derrière le leitmotiv du "risque 0 n’existe pas" se cache le refus d’appliquer le principe de précaution ?

5. Que peut-on en déduire en pratique ?


D’après "l’esprit public" de Philippe Meyer, France Culture 3 avril 2011