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La mmusique au service de la politique

Gilberto Gil, ambassadeur de la culture brésilienne ?

Des ministres professionnels ou amateurs ?

samedi 2 août 2008, par Picospin

Il a donc dû se mettre « en vacances » chaque fois qu’il voulait donner un concert, ce qui l’a démangé à plus d’une occasion. Il a plusieurs fois confié qu’il souhaitait retourner à ses premiers amours musicaux, car c’est sur scène qu’il s’éclatait, bien plus qu’aux réunions du Conseil des ministres. Grande figure de la musique brésilienne, emprisonné sous la dictature militaire, Gilberto Gil n’a pas toujours fait l’unanimité en tant que ministre de la Culture. La vidéo ci-dessous le caricature, le montrant hésitant, incapable d’articuler une idée. Une caricature de l’homme politique, pas du chanteur.

Un changement

Gilberto Gil rejoint la longue liste des ministres de la culture issus du monde artistique, de Melina Mercouri en Grèce, à Jorge Semprun en Espagne, sans oublier, bien sûr, Jack Lang, qui dirigea pendant longtemps le festival de théâtre de Nancy avant de devenir le ministre de la Culture de François Mitterrand. On a d’ailleurs pu voir Jack Lang en compagnie de Gilberto Gil sur une scène place de la Bastille, en 2005, lors d’une visite de Lula en France. Ministres ou showmen ? Difficile à dire ? Beaucoup imaginent avoir le rythme brésilien, alors que Gilberto Gil est bahianais et populaire, écrivent certains correspondants qui critiquent le mélange des genres consistant à attribuer à une personnalité célèbre pour des raisons artistiques des fonctions politiques qu’elle risque d’avoir du mal à assumer. Désolé de m’être emporté, je comprends bien que c’est une formule pour un titre, mais en tant que passionné de musique brésilienne, j’aimerais tant qu’elle soit moins caricaturée. « En tant que passionné de musique brésilienne, j’aimerais tant qu’elle soit moins caricaturée » On ne saurait que difficilement réduire la musique brésilienne à la bossa nova qui serait une musique de bourgeois de Rio. La bossa qui a bel et bien inspiré Gilberto Gil à ses débuts, garde ses lettres de noblesse et ses adeptes dans le Brésil d’aujourd’hui. Bien sûr qu’on en écoute et qu’on en fait encore, car cette musique est un des piliers de la culture brésilienne, dont on retrouve l’ influence dans de nombreux répertoires actuels. Des Brésiliens se sont expatriés pendant les périodes de dictature pour pouvoir s’exprimer librement et ne pas finir en prison ? Si aujourd’hui aucun artiste n’est plus menacé, bien sûr, certains peuvent apprécier le recul que leur offre l’expatriation et l’enrichissement de leur art que peut susciter la vie dans un pays étranger.

Bossa Nova

J’adore la bossa, dit une fan de Gil, mais c’est plus un trip nostalgique : la création musicale actuelle au Brésil, où tout ne me plaît pas, a largement dépassé ce style déjà fort daté. Je connais d’excellents spécialistes qui expliquent que la bossa n’est pas vraiment de la musique brésilienne, au mieux de la musique faite au Brésil…et encore . Le Brésil n’est pas une entité homogène qui ne se laisse pas résumer ou réduire à la bossa ! Les expatriés ne méritent aucun mépris, en tout cas moins qu’avec des Brésiliens « au pays » dont j’ai souvent entendu dire que beaucoup de musiciens DURABLEMENT installés en Europe comme les réfugiés Chico Buarque ou Caetano Veloso il y a bientôt 40 ans étaient trop mauvais pour faire carrière au Brésil. Est-ce trop caricatural ? Je connais des Brésiliens installés en France qui font du bon boulot, sans doute moins dans la création que dans la resucée constante des standards…ou dans le quasi pastiche, pour des raisons alimentaires ce qui n’est pas répréhensible en soi. Qu’il reste à la musique Gilberto Gil, qu’il n’aurait jamais du quitter est sans dote la meilleure des solutions pour lui-même et ses fans. Quand j’ai eu l’occasion de le voir en conférence de presse, tout le monde était à ses pieds et seul un journaliste, inlassable, revenait sur les questions politiques comme quels plans avez-vous pour la diffusion de l’art et la création artistique ou quel sera votre budget pour la réalisation de vos projets ? A des questions aussi simples, Gilberto ne répondait pas, pirouettait et ramenait tout sur le terrain de son amour pour la musique, la guitare, celle qu’il peut jouer en France pour un public qu’il trouve particulièrement sympathique.

Un bilan discutable ?

Quel pourra bien être son bilan après 5 ans d’exercice du pouvoir politique dans son domaine, celui de la musique ? Est-ce qu’un artiste comme ce Brésilien connu dans le monde entier avait les capacités de représenter son pays dans les grandes rencontres internationales, d’échafauder des projets pour l’avenir artistique de son pays ou simplement d’organiser et surtout d’animer la vie artistique de son pays ? Faut-il être en possession de diplômes internationaux de haut niveau pour s’acquitter de cette mission ? Malraux, appelé par de Gaulle n’en possédait pas mais il avait déjà une grande carrière sinon une intense activité derrière lui quand il est devenu le chantre du gaullisme après avoir été celui de des brigades internationales en Espagne et après avoir gagné la célébrité avec ses livres majeurs sur la Chine ou la "Condition humaine". Est-ce qu’une action aussi riche, aussi intelligente associée à un incontestable talent d’écrivain est à la portée de tout le monde ? Malraux écrit, Gil chante : est-ce une si grande différence ? En son temps déjà Claudel aussi avait représenté la France sur le plan diplomatique alors qu’il avait déjà montré lui-aussi un talent d’écrivain de très haut niveau.

Questionnement :

1. Quelles sont les qualités requises pour exercer des fonctions politiques de niveau international au sein d’un gouvernement ?

2. Très critiqué pendant qu’il était au pouvoir, ce chanteur guitariste n’y est pas arrivé sans preuve de sa capacité à administrer et à décider. Il est en effet diplômé en gestion et administration et a exercé ces fonctions dans la grande entreprise Unilever. Ses activités et ses engagements l’ont conduit à l’accusation de subversion et à l’emprisonnement. Sa carrière politique l’a impliqué dans le conseil municipal de sa ville, Salvador où il est né et incité le gouvernement français à le décorer de la Légion d’Honneur. Quelles sont les raisons de sa relative impopularité en politique ?

3. On rappelle aussi que Jack Lang est devenu Ministre alors qu’il s’était occupé de théâtre à Nancy. C’est oublier bien vite qu’il est Professeur de Droit ce qui lui donne une assise universitaire que ni Gil, ni Malraux, ni même Mitterrand n’avaient. Est-ce une raison suffisante pour écarter les uns et sélectionner les autres ?

4. Ne peut-on envisager de désigner certaines personnalités pour occuper des fonctions publiques et politiques importantes, justement parce que ce ne sont pas des professionnels dans ces domaines mais qu’ils ont le bagage technique et le savoir suffisant pour exercer leur talent, leur imagination, leur créativité au service du peuple puis de retourner à leurs champs comme les Grecs le faisaient jadis ?