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Les satisfactions des Ministres

Grippe A : une "heureuse" pandémie ?

Au bonheur des Dames

mardi 1er décembre 2009, par Picospin

Un cas probable est un patient qui vient de décéder après hospitalisation. Avant de décéder, le patient, étant hospitalisé dans un service de réanimation, est répertorié comme cas grave. Et d’après la définition de l’InVS, un cas grave est un cas suspecté de grippe A(H1N1) ayant séjourné en unité de soins intensifs, en réanimation, ou décédé.

Soins intensifs

Le plus souvent, ces malades placés en soins intensifs, sont touchés par une infection respiratoire aiguë. On peut néanmoins suspecter une confusion dans l’établissement des causes car tous ces cas répertoriés risquent un recouvrement avec une pathologie elle-même mal connue, le syndrome de détresse respiratoire aiguë, dont l’incidence est de 3 cas pour 100 000 h/an, ce qui pour la France, donne environ 2000 cas. Pour l’instant, l’InVS a répertorié depuis le début de l’épidémie 460 hospitalisations, 86 décès et actuellement, 137 personnes sont hospitalisées en soins intensifs. Certes, cette comptabilité est macabre mais les chiffres semblent éloignés d’une situation d’urgence. Le plan pandémie, faut-il le préciser, a été conçu en 2005 pour faire face à une menace de grippe aviaire avec contagion et taux de mortalité significatif. Pour l’instant, nous sommes dans une situation sanitaire comparable à celle des autres années. Quant aux chiffres exacts liés à la grippe, ils peuvent être biaisés et peu ou prou surévalués. Pourtant, Madame Bachelot, se basant sur ces dix nouveaux décès notifiés, a averti qu’elle sonnera le tocsin prochainement, c’est à dire qu’elle annoncera le passage au niveau 6 de pandémie avec des mesures extraites du document produit par l’administration française.

Attaque virale

L’annonce d’une nouvelle pandémie relève d’une alerte sur le virus qui attaque. C’est en effet l’une des mesures du plan pandémie dans la version 5B/6 avec les restrictions des déplacements, fermeture généralisée des écoles, surveillance aux frontières, fermeture des lignes de transport très fréquentées, interdiction des manifestations sportives à haute densité de foule, comme dans le foot, annulation des spectacles, création d’un statut de fonctionnaire volontaire, gestion du ravitaillement, approvisionnement des distributeurs de billets, collecte de lait, recours aux jeunes retraités, aux étudiants expérimentés, transfert d’activités sur des régions moins touchées, cellule psychologique pour les familles affectées par des décès, communication pour inciter les gens à acheter groupés pour ne pas avoir trop de circulation dans les centres commerciaux. Ce plan, on se demande d’où il est sorti et comment il peut fonctionner. Même la ministre a jugé que le document n’était qu’un ensemble de propositions qu’il faut sélectionner. La décision de passer au plan pandémie de niveau 6 est prévue mais pas pour demain, déclarait le Directeur de la Santé. 86 décès depuis le début de la pandémie auraient été confirmés, comportant beaucoup de sujets à risque et de rares cas atypiques mais dans toutes les pathologies, on trouvera deux ou trois sujets qui réagissent différemment, soit qu’ils périssent, soit qu’ils résistent.

Une comparaison "hardie"

A-t-on le droit de comparer ces statistiques depuis le début de la pandémie, avec les 2.000 décès enregistrés pour la même période sur les routes. Pourquoi ne pas interdire alors les déplacements routiers, par exemple la nuit et le dimanche. La pandémie, n’est-elle pas surtout dans les esprits ?. Le battage médiatique affole les gens et les autorités s’affolent de ce que les gens puissent être affolés et ne savent plus quel plan concocter. Le coup de la cellule psychologique est édifiant. La mort n’est plus un événement privé mais recomposé par un pathos médiatique faisant que certain décès sont subis, par on ne sait quel mécanisme psychique, plus intensément, dès lors que les médias en parlent. Du reste, c’est aussi le cas de cette grippe qui apparaît comme une menace alors qu’on peut se demander si la situation sanitaire n’est pas comparable à celle des autres années. Interviewée ce soir devant les caméras de la 5è chaine où se déroulait l’émission médicale hebdomadaire régulière de la chaine, entourée de spécialistes de haut niveau en virologie, infectiologie et autres disciplines, la Ministre de la Santé à la mine resplendissante trouvait qu’elle si chanceuse d’être en permanence si bien secondée par des spécialistes de haut niveau dans ces disciplines puisque la France aurait le bonheur d’avoir en cette matière, celle des vaccins, des spécialistes d’un qualité rare que le monde entier lui envie.

Satisfait ou remboursé ?

Même si ce discours est largement connu et répété en maintes occasions, il n’en est pas moins témoin d’une satisfaction sinon d’une autosatisfaction que nous envions à la Ministre qui, pour l’occasion, exhibait son teint frais, sa peau granitée et des yeux d’un bleu profond éclairant un visage enjoué, sans doute mâtiné de jovialité, d’entrain et d’hilarité complice. Il y avait de quoi être satisfait en effet en entendant les louanges des uns, les compliments des autres, les félicitations des tiers, tous ravis de constater comment les commandes pharmaceutiques aux 4 laboratoires dûment sélectionnés avaient été rigoureuses même si les prix facturés au gouvernement allaient parfois du simple au double selon qu’on s’adressait à des fournisseurs européens, suisses, anglais ou américains. Si, par malheur, on avait commandé trop de produits allant des vaccins au Tamiflu, (ce dernier considéré comme à risque) qu’à cela ne tienne, « nous ferons des affaires » puisque du monde entier nous parviennent des commandes en bonne et dû forme pour des pays « plus pauvres que le nôtre » auxquels la France s’attachera à revendre les surplus quelle qu’en soit la quantité. Une bonne affaire donc que cette grippe qui donne à tous l’occasion de répandre la bonté, de jouer « gagnant gagnant » comme ne cesse de le répéter un Président de la République très attaché à cette expression de victoire.

Discussion éthique

Cette situation vaut pour tout le monde puisque, malgré le démenti relatif d’une représentante de l’industrie pharmaceutique quant à l’efficacité des vaccins le produit « marche » bien puisque les « carnets de commande sont pleins » et qu’ainsi, grâce à la protection de la République, le peuple de France sera protégé par ses anticorps fabriqués à un rythme stakhanoviste par des cellules dopées par les injections des produits appropriés. De la sorte, les vieillards n’auront besoin d’aucun soutien puisque déjà immunisés depuis la 1ère guerre mondiale par leur rencontre avec le virus de la grippe espagnole, les adultes fragiles recevront, on ne sait pas encore quand, les fameux vaccins stockés et les enfants et bébés n’auront que leurs yeux pour pleurer lorsqu’ils devront, pour leur bien et leur vie ainsi maintenue supporter la douleur d’une petite piqûre sans conséquence. En quelque sorte, un moment de bonheur total que cette grippe qui a donné aux personnels de santé et à quelques bénévoles l’occasion d’exercer leur sacerdoce au milieu d’une foule en attente de recevoir le précieux liquide après une attente sans doute rédemptrice, dans des locaux ressemblant pour la circonstance à des bureaux de vote, d’autant plus qu’à l’aspect s’ajoutent les formalités dont on dit qu’elles seront parfaitement administratives ne serait-ce que pour constituer un dossier « maladie » rigoureux comprenant outre l’état civil, les antécédents et l’histoire de la maladie. Une excellente opération, vous dis-je qu’il serait intéressant de renouveler à la première occasion.