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Sadam Hussein méritait-il une guerre juste, injuste ou pas de guerre du tout ?

Guerre meurtrière en Irak

Même s’il a assassiné des centaines de milliers de ses concitoyens ?

samedi 23 octobre 2010, par Picospin

Le ministère irakien des droits de l’homme a affirmé samedi que les documents secrets américains ne contenaient "aucune surprise ». Après des semaines de suspense, le site spécialisé dans le renseignement a commencé à diffuser vendredi soir près de 400.000 documents qu’il a présentés comme "la plus grosse fuite de documents militaires secrets de l’Histoire".

De précieux documents

Les documents mettent en évidence "de nombreux cas de crimes de guerre qui semblent manifestes de la part des forces américaines, comme le meurtre délibéré de personnes qui tentaient de se rendre", affirme le site dans un communiqué. WikiLeaks évoque le comportement de soldats américains "faisant sauter des bâtiments entiers pour attraper un tireur se trouvant sur un des toits des immeubles". Les documents révèlent des cas de torture et de violences commis par les forces de la coalition sur des prisonniers, ajoute WikiLeaks, qui a aussi dénombré plus d’un millier d’exactions de la part des forces irakiennes. On dénombre cinq fois plus de morts en Irak, ce qui constitue un véritable bain de sang comparé à ce qui se passe en Afghanistan, a déclaré sur CNN le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, jugeant que le message de ces dossiers est puissant et peut-être un peu plus facile à comprendre que la situation complexe en Afghanistan. L’AFP a consulté une partie des documents à Londres avant leur diffusion sur internet.

Secrets

Une grande partie des textes sont expurgés des noms pouvant mettre en cause et en danger certaines personnes, a expliqué WikiLeaks. Tout en refusant d’entrer dans les détails de ces révélations la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton a condamné la fuite de tout document pouvant mettre en danger "la vie de soldats et de civils des Etats-Unis et de leurs alliés. WikiLeaks a remis à l’avance ses documents à plusieurs médias internationaux dont le New York Times, le Guardian, Der Spiegel et la chaîne Al-Jazira, qui a, la première révélé leur contenu. Selon la chaîne de télévision du Qatar, l’armée américaine a "couvert" des cas de torture de détenus par les autorités en Irak, où des centaines de civils ont été tués près de barrages tenus par les alliés. Au vu des documents, les autorités américaines n’ont pas enquêté sur les centaines de cas de violences, tortures, viols et de meurtres commis par des policiers et des militaires irakiens.

Combien de morts ?

Les documents secrets couvrant la période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, après l’invasion américaine de mars 2003 qui a renversé le régime de Saddam Hussein révèlent que le conflit a fait 109.032 morts en Irak et précisent que plus de 60% sont des civils, soit 66.081 personnes. Sur ce total, 15.000 décès de civils n’avaient jusqu’à présent pas été révélés. Ces chiffres montrent "que les forces américaines disposaient bien d’un bilan recensant morts et blessés irakiens même si elles le niaient publiquement. Un bilan américain publié officiellement fin juillet faisait état de près de 77.000 Irakiens civils et militaires tués de 2004 à août 2008.

Un compromettant Premier Ministre

Les documents font état de liens entre le Premier ministre irakien sortant, Nouri al-Maliki, et des "escadrons de la mort" qui semaient la terreur au début du conflit. D’autres documents révèlent de nouveaux cas impliquant l’ancienne société de sécurité américaine privée Blackwater dans des tirs contre des civils sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle. Sur l’Iran, on parle de documents détaillant la guerre secrète de l’Iran en Irak, en évoquant le rôle des Gardiens de la révolution en tant que fournisseurs présumés en armes des insurgés chiites.

Questionnement éthique :

1. Que peut-on penser des qualifications de guerres justes et injustes ? Selon certaines opinions, il est des guerres qui peuvent être considérées comme justes ou tout au moins justifiées. Qu’est-ce qui permet de les qualifier ainsi ? De les ranger dans une conception abstraite du bien ?

2. Qu’est-ce qui définit une guerre juste ? Pour trouver une réponse à cette question, il faut s’adresser à Cicéron qui estime que la cité parfaite ne fait la guerre que pour tenir ses engagements ou pour assurer sa sécurité, ou encore pour repousser une invasion ennemie ou de se venger d’un tort subi.

3. Autre définition : une guerre est considérée juste lorsqu’il existe une cause juste pour la déclencher et qu’elle est déclarée par une autorité compétente. Ceux qui la mènent doivent avoir des intentions droites, avoir épuisé toutes les alternatives pacifiques pour résoudre le conflit et avoir une chance raisonnable de succès en utilisant des moyens proportionnés aux fins, pour que les effets directs et collatéraux de la violence soient minimisés.

4. Qu’est-ce qu’une cause juste ? Est-ce la légitime défense, le secours aux victimes de la violation des droits de l’homme, des droits des individus ou des droits collectifs comme ceux des minorités ethniques ?

5. Comment évaluer la guerre menée contre le terrorisme au nom du bien comme celle déclarée à l’Irak, justifiée au départ par la présence incertaine « d’armes de destruction massive » que certains gouvernements et notamment celui de la France a jugé inappropriée ?