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Du Ministère de la justice à la place Tienanmenh

Héroïsme et futilités

Faut-il lire tous les journaux pour être un bon Ministre ?

samedi 16 mai 2009, par Picospin

Zhao avait été placé en résidence surveillée pendant quinze ans, jusqu’à sa mort à Pékin le 17 janvier 2005. Le livre est le fruit d’une trentaine d’heures d’enregistrement réalisé en secret, les cassettes étant ensuite transmises clandestinement à trois de ses proches et sorties aussi discrètement du pays. Zhao n’avait pas laissé d’instructions mais voulait donner sa version des faits pour contester l’histoire officielle. De fait, Zhao Ziyang bat en brèche la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une « bande de gangsters ».

Un homme de bien dans un milieu qui ne l’est pas toujours

Dans son récit, on peut lire : « J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. » Après d’âpres débats et autant d’atermoiements, tout se joue le 18 mai, quand est prise la décision d’imposer la loi martiale. Zhao s’y refuse. « Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants », écrit-il. On se souvient de ces incroyables images où l’on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s’ex­cuse, devant les caméras. « Nous sommes venus trop tard », finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. « J’étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j’ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n’avait pu être évitée. » Mais Zhao ne témoigne pas seulement pour l’histoire. Il voulait aussi passer son message pour l’avenir chinois, celui d’une transition progressive vers une démocratie à l’occidentale. « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité, avance-t-il. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impos­sible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine.  » À plusieurs reprises cette année, des responsables chinois ont affirmé que cette évolution vers les pervers systèmes poli­tiques occidentaux était hors sujet.

Des souvenirs précieux

Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l’histoire apprise par les jeunes générations a été efficace. De l’autre côté, nous circulons dans un monde, - heureusement pour lui moins tragique, mais combien plus futile - où il s’agit de conserver des postes ministériels avec les avantages qui lui sont associés et qui d’après les dernières enquêtes de parlementaires étaient loin d’être négligeables puisque ils se situaient au premier rang des dépenses et frais généraux engagés au titre du fonctionnement du Ministère de la Justice. Accusée d’être à l’origine de cette gestion large sinon laxiste, la Ministre s’en est prise à sa son prédécesseur dans le poste, c’est à dire à Elisabeth Guigou qui est aussi malmenée car elle n’aurait pas su conquérir les électeurs de la région où elle avait été parachutée lors des précédentes élections. L’USM s’est dite « scandalisée par ces propos » et a « exigé des explications sur ce qui ne peut pas être un simple dérapage verbal ». Le premier syndicat de magistrats s’est inquiété aussi « de la participation active de la garde des Sceaux à l’entreprise de dénigrement de l’image des magistrats auprès de l’opinion publique ».

La vérité

Le président du groupe éditeur d’"Entreprendre", et qui a assisté au déjeuner-entretien en présence « d’une quinzaine de personnes », a pour sa part « confirmé les propos tenus » par la ministre de la Justice. Pour sa défense et sa contre attaque dont on sait qu’elle est la meilleure défense possible, Rachida Dati soutient que des « records » de suicides et de détentions provisoires avaient été battus lors du passage de Guigou à la chancellerie. Nul n’est à l’abri d’un procès, pas même le garde des sceaux. L’Union syndicale des magistrats menace de poursuivre en justice Rachida Dati, qui, au cours d’une table ronde, aurait qualifié les avocats et magistrats de "très sournois". Mais elle dément un tel propos, affirmant qu’"une erreur s’est glissée dans la retranscription". Il arrive en effet que les erreurs se glissent et que les oreilles restent sourdes à certaines allégations.

Surdité ?

La ministre a peut-être dit "très courtois", ce qui ne serait pas la même chose. Le qualificatif s’applique parfaitement au docteur qui a procédé à l’accouchement et qui raconte comment en raccompagnant sa cliente à la Clinique de la Muette, à Paris, il a pratiqué la césarienne par une nouvelle technique qui a permis au corps ministériel de reprendre très vite son activité. Le gynécologue est convoqué par le conseil de l’ordre des médecins, pour viol du secret médical et publicité illégale faite à sa clinique. La courtoisie n’est pas récompensée. On va encore parler de sournoiserie ! C’est ainsi que « le Monde » commente cette histoire qui n’a évidemment rien à voir avec le massacre de la place principale de Pékin.

Questionnement éthique :

1.Est-il vrai que selon certains auteurs don le Protestant Arthur Rich (1910-1992), l’éthique concerne autant l’individu que les réalités sociales et politiques car il s’agit de rendre justice à l’ humain, sans jamais défigurer les faits ou nier les contraintes et de faire appel aux critères de l’humain qui renvoient en profondeur à la révélation et fondent par-là une approche humaniste universelle. L’économie, créée par les êtres humains, n’a de sens qu’au service de tous. Le principe de justice prend ainsi un caractère normatif à l’égard des réalités économiques. En même temps, c’est le système offrant le plus de prise aux réformes et l’autocritique qui s’avérera le plus légitime.

2.Depuis la « crise » financière et économique récente, le système de l’économie de marché a été fortement critiqué puisqu’il est à l’origine de la dérégulation actuelle même si certains continuent de lui faire confiance sous conditions qu’il soit réformé et que interviennent des régulations équitables et responsables. On comprend mieux l’échec inéluctable du marxisme, mais on prend aussi conscience des limites éthiques de la dérégulation sauvage.

3.Les autres critères auxquels fait appel Rich concerne ceux de relationnalité qui s’attache aux justes usage des valeurs éthiques et les considère dans leurs interrelations sans lesquelles on aboutit à une absolutisation des valeurs sous la menace de devenir une valeur aliénante.

4.Le critère de cohumanité prend en compte le fait que l’être humain est toujours un être avec et pour les autres, fait qui invite à une attitude dialogale. Cette donnée est à prendre en considération ici tant en ce qui concerne l’attitude courageuse et exemplaire du responsable chinois que par rapport aux questions futiles soulevées par les responsables ministérielles de la Justice.

5.Cette considération est aussi valable que la précédente pour les valeurs soumises à jugement du côté des femmes ou hommes de pouvoir qui, selon les critères de participation ont pris part au pouvoir, aux droits, aux avantages et aux bien établis par les structures sociales.

6.Le critère de solidarité avec l’environnement invite à l’inventivité pour gérer la création pour que nous puissions vivre avec et de la nature qui pourrait ainsi exister d’une manière juste du point de vue écologique.