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Affaire Polanski

Histoire d’un artiste ni jugé ni condamné

Du droit des nations à juger

mercredi 30 septembre 2009, par Picospin

Ses collègues l’ont applaudi. Dans les couloirs, un député a ajouté avoir été « surpris, comme beaucoup de Français, par les déclarations un peu rapides de deux ministres vis-à-vis de la justice suisse et américaine sans citer Frédéric Mitterrand ni Bernard Kouchner. Ce sont leurs déclarations qui ont provoqué l’indignation du groupe UMP, voire sa « consternation », pour reprendre le terme utilisé par la députée de l’Yonne Marie-Louise Fort, auteur d’un texte sur la lutte contre l’inceste.

Les faits

La police suisse a arrêté Roman Polanski samedi, alors qu’il se rendait à un festival à Zurich qui l’avait invité pour célébrer ses œuvres. Le cinéaste franco-polonais fait l’objet d’une demande d’extradition des États-Unis, qui le poursuivent pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure sur leur territoire en 1977. Dimanche, Frédéric Mitterrand a expliqué que voir le cinéaste franco-polonais « jeté en pâture pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens » était « absolument épouvantable ». « De la même manière qu’il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c’est cette Amérique-là qui vient de nous présenter son visage », a enchaîné le ministre de la Culture. On peut se demander pour quelle raison un pays qui intente un procès pour viol avoué est une nation qui fait peur ? Sans doute, notre nouveau Ministre a-t-il confondu l’image des nouveaux guerriers américains, casqués et suréquipés en informatique avec la mise en place d’une simple procédure à l’encontre d’un homme dont la fuite permanente suggère moins l’innocence que la culpabilité.

Un dossier attentivement suivi

Il a également assuré que Nicolas Sarkozy, avec lequel il avait parlé de l’affaire dans la matinée, suivait le dossier « très attentivement », en ajoutant : « Je pense qu’il est au même diapason d’émotion que moi et que tous les Français ». L’Élysée n’a pas démenti. L’entourage présidentiel s’est borné à préciser mardi que le dossier était « très complexe juridiquement ». De son côté, Bernard Kouchner a entrepris depuis lundi une série de démarches visant à obtenir la libération de Roman Polanski. Ces réactions ont inspiré au député UMP du Nord Christian Vanneste un communiqué cinglant sur les « trouvailles » des représentants de « l’ouverture ». Il s’est montré particulièrement sévère avec Frédéric Mitterrand et son « jugement impérial sur les bons et les mauvais côtés des États-Unis » où souvent les mœurs sont plus libéraux sinon plus laxistes que ceux en vigueur dans de nombreux pays européens. Mais, outre que le ministre de la Culture ne s’est jamais défini comme un homme de gauche, il n’a pas été le seul à critiquer l’attitude américaine.

Dépassement de pensée

Lundi, un membre de l’UMP a dépassé la pensée du Ministre de la Culture en qualifiant de « très choquante » l’absence de prescription dans le droit américain. Selon cette personnalité, « une démocratie qui n’admet pas de prescription d’actes délictueux ou criminels est une démocratie malgré tout très particulière ». Ce type de réflexion, pour pertinent qu’il soit, remet en cause toute la philosophie du pardon, de l’oubli, de la mémoire dont l’affaire Polanski constitue une illustration mais au sujet de laquelle il est plus pertinent de consulter des ouvrages comme la Bible, des philosophes comme Paul Ricoeur sinon des spécialistes de l’histoire de la Shoah qui ont approfondi ces thèmes avec une science, des connaissances et une exploration philosophique, religieuse, sinon laïque plus pertinente et plus documentée que le travail, fût-il génial d’un homme politique de haut niveau, quelles que soient ses connaissances, son érudition et sa valeur. Est-on certain que l’auteur de cette réflexion juridique est un spécialiste mondialement reconnu pour son savoir concernant le droit international ?

Clivages

Le clivage qui divise la majorité entre les pro- et les anti-Polanski traverse tous les partis. Le "révolutionnaire" Cohn-Bendit, accusé par François Bayrou d’avoir montré, dans les années 1970, de la « complaisance » pour la pédophilie, a expliqué que l’affaire Polanski le mettait « mal à l’aise » . « C’est un problème de justice et je trouve qu’un ministre de la Culture, même s’il s’appelle Mitterrand, devrait dire : j’attends de voir les dossiers », a déclaré l’animateur d’Europe Écologie. Le corporatisme était devenu à la mode sous le régime et la philosophie promus par l’esprit pétainiste de Vichy. Peut-on en déduire qu’il revient à grands pas sous une République qui n’est pas encore la 6ème et qui suit, dans certains domaines, les traces des précédentes ? Pour finir, peut-on citer quelques réflexions et commentaires de blogueurs qui, tous émus par la violence de certaines opinions et certains propos, ont cru de leur devoir de prendre la parole et le stylo, sinon l’ordinateur pour asséner quelques vérités et principes de base. « L’extradition de cette homme est avant tout un problème de droit et non de morale réactualisée. C’est au législateur et à la justice de se prononcer dans cette affaire grave. La justice américaine est respectable car ce pays est démocratique.

Droits au respect ?

Nous en sommes aussi son partenaire. Nous devons être cohérents dans la confiance que nous portons à ce pays et à ses institutions. Dans ce cadre juridique, cet homme doit répondre de ses actes et de sa position devant les tribunaux américains. Il pourra assurer sa défense et faire valoir le pardon de sa victime pour demander l’annulation de la procédure ou la prescription. Ne pas respecter la procédure de justice américaine équivaut à ne pas respecter ce pays. Cela ouvre aussi une porte à la tolérance de la pédophilie et à ses crimes. Du fait de la personnalité de ce cinéaste reconnu, le message a une portée mondiale. Nous devons penser à toutes les victimes silencieuses qui souffrent, et ne pas les renier implicitement. La France a ses propres valeurs, mais elle doit mieux respecter celles des autres pour pouvoir convaincre les autres de ses idées de progrès ». « M. Polanski est un cinéaste de talent souvent récompensé. Soit, c’est vrai, mais cela ne le dispense pas d’être justiciable. Rassurez vous, les hommes de talent ont toujours des successeurs, il n’y a qu’à voir le nombre de cinéastes qui ont été honorés. Il sera plus facile de trouver un successeur à M. Polanski que bientôt de trouver un postier."

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