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Education

Une curieuse réforme
Histoire et Géographie face à la question de l’identité nationale
Cause alléguée ou réelle ?

Article rédigé par Picospin le lundi 7 décembre 2009

Est-on autorisé du même coup à s’interroger sur la légitimité des responsables de ces décisions abruptes mais dont la justification n’apparait pas clairement en raison des contradictions qu’elles font apparaître ? Comment peut-on répondre raisonnablement et non pas seulement affectivement à la question de son identité à condition de ne pas la réduire à une filiation simple sinon simpliste ?



Identité

Personne n’avait exigé des autorités qu’elles se penchent avec autant de délectation sur le thème de l’identité nationale, qui en lui-même puise au plus profond, au lien le plus intime et peut-être le plus secret avec ses racines, son origine, sa provenance, dont la partie la plus attrayante n’est pas sans relation avec les secrets que contiennent, que voilent et révèlent parfois in fine l’histoire et les histoires. Comme par hasard c’est cette partie importante sans doute essentielle de chacun que cherche à voiler une décision pour le moins paradoxale dont la cause échappe à la logique à moins de la chercher dans quelque ressentiment, quelque obscur refus d’une ascendance perdue, volontairement oubliée, par moments niée au gré des évènements politiques, anthropologiques ou généalogiques. Au moment aussi où la planète retourne à ses sources et imagine son futur, est-il bien réfléchi, sensé ou responsable d’effacer d’un trait de plume ou d’imagination le passé, plus intimement lié à l’avenir que jamais à en croire les réunions fort couteuses organisées par l’ensemble des nations pour parler de leur destin et de la façon de le maitriser et de l’incliner dans un sens ou un autre. Entendons-nous bien : il n’est pas question de se limiter à l’enseignement restreint, réduit d’une histoire de France à la gloire d’elle-même mais de s’ouvrir au monde et en premier lieu à l’Europe au moment où elle se dote enfin de statuts, d’une politique, de représentants, de gouvernance et de gestionnaires.

Des mains à serrer

Quel mal y-a-t-il à serrer la main à George Washington, à Newton, à Adam Smith ou à Goethe au moment où on fête la fraternité avec des voisins allemands enfin sortis du ghetto des ennemis héréditaires, des Anglais plusieurs fois vainqueurs des cousins français avec lesquels ils ont si longtemps partagé la langue et l’habitat ? La première constitution démocratique dans le monde est aussi britannique, de même que l’habeas corpus ou le théâtre élisabéthain d’une dénommé Shakespeare dont on ne cesse en France et ailleurs de traduire et adapter le théâtre, les drames familiaux, les conflits internes, les rivalités sanglantes. « On ne peut comprendre la vie qu’en regardant en arrière ; on ne peut la vivre qu’en regardant en avant » dit Sören Kierkegaard. Qui peut avoir l’audace de se passer d’histoire après avoir pris connaissance de cette maxime qui vaut pour notre avenir à tous, qui devrait être inscrit au fronton du Palais de Copenhague s’il existe quelque part et servir de réflexion à tous ceux qui envisagent un avenir pour eux-mêmes et leur descendance selon le concept de Hans Jonas affirmant que notre devoir et notre mission sur cette planète est de la laisser propre, sans pollution pour nos enfants et si possible aussi sans dette pour qu’ils n’arrivent pas sur notre terre avec un péché originel déposé chez Lehmann Brothers, HSBC ou la Société Générale et que ces dernières risquent de retenir en guise d’agios ?

Drôle de proposition

Les spécialistes et experts consultés sur cette mesure drôle à force d’être originale ne disent pas autre chose que leurs leaders d’opinion derrière un Ministre de l’Education Nationale auquel certains proposent de demander la légitimité des propositions comme le font Jacques Le Goff, Jean-Pierre Azéma, Antony Beevor, Jean-Jacques Becker, André Kaspi, Annette Wieviorka, Benjamin Stora et Jean Tulard, ou Alain Finkielkraut, stupéfaits par autant d’audace et de décalage avec les nécessités évidentes de la formation des jeunes Français au début du XXIe siècle. A l’heure de la mondialisation", ces auteurs soulignent l’importance de l’histoire et de la géographie pour "se situer dans le monde d’aujourd’hui". Il invoquent "l’impossibilité d’accéder à certaines formations supérieures de haut niveau" sans la connaissance de ces disciplines. "Au moment où le président de la République et son gouvernement jugent urgent de lancer un grand débat sur l’identité nationale qui doit mobiliser le pays, cette mesure va priver une partie de la jeunesse française des moyens de se faire de la question une opinion raisonnée grâce à une approche scientifique et critique, ouvrant ainsi la voie aux réactions épidermiques et aux jugements sommaires", jugent-ils.

Annulation ?

En conséquence, les signataires jugent "impératif d’annuler cette décision, inspirée par un utilitarisme à courte vue, qui se trouve en contradiction avec les objectifs proclamés du système éducatif français sur le plan de la formation intellectuelle, de l’adaptation au monde contemporain et de la réflexion civique des futurs citoyens". A moins de supposer que l’identité si différente de la mêmeté peut s’affilier à la réfection d’un nez qui s’incurve au fil du temps et dont la rectitude pourra être corrigée à un tarif « low cost », semblable à celui des compagnies aériennes et exécuté par un homme de l’art formé à la hâte dans on ne sait quelle faculté de médecine perdue.




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