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Suspicions sur un crash

Histoire, raisons, circonstances de la décapitation d’un peuple

Quelles fautes, quelle culpabilité ?

jeudi 15 avril 2010, par Picospin

On a tenté d’expliquer les causes du crash, de détermine les responsabilités humaines ou matérielles. Un internaute a décrit avec force détails et une connaissance technique avancée de l’aéronautique les caractéristiques techniques de l’avion russe qui vient de s’écraser près de l’aérodrome de Smolensk, voisin de Katyn.

Un "bon" avion ?

En définitive, il en dit beaucoup de bien, même si cet avion âgé porte déjà quelques années sur ses épaules et sur ses ailes. Elles ne sont pas trop lourdes s’il l’on en croit le spécialiste. Il acquitte l’aéronef de toutes les fautes et culpabilités que l’on s’est empressé de lui attribuer, apparemment en toute méconnaissance des conditions de fonctionnement en vol de cet enfant de la production aéronautique russe. Les conclusions de ce technicien et connaisseur de haut vol, si l’on peut dire, vont dans le sens d’une reconnaissance établie de la qualité du Tupolev. Il n’en est pas de même du comportement de l’équipage ni des passagers, ni encore des interventions humaines multiples qui rendent l’analyse des causes plus difficile parce que plus complexe. Sont successivement impliqués dans les comportements défavorables à la sécurité en vol et à l’atterrissage de l’avion, la pression supportée par le pilote, celle exercée par un président autoritaire et obstiné. L’obstination dans ses propres décisions s’était déjà manifestée par une détermination hors du commun ayant conduit précédemment au renvoi d’un pilote qui n’avait pas répondu avec assez d’enthousiasme et de célérité aux ordres donnés à partir de la carlingue au cours d’un vol précédent. Comme les autorités russes ont également été mises hors de cause par notre expert, les responsabilités tombent toutes sur le personnel polonais embarqué dans le cercueil volant et qui ne risque plus d’être accusé de mauvaise conduite ni de mauvaises décisions.

Le crash du siècle ?

Est-ce le crash du siècle ? Cette formule, s’agissant d’un autre évènement est très utilisée dans un monde à la recherche de superlatifs. Cette fois on est servi. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de l’accident de Smolensk et de Katyn un évènement exceptionnel par le nombre des victimes, leur qualité et les faits historiques qui l’on précédé dans un lien émotionnel, politique et militaire. Celui-ci a joué en faveur et contre l’entente discordante entre un géant menaçant. Cherche-t-il à se faire renaitre de ses cendres ? Comment agit-il face à un poucet ayant subi pendant des siècles la domination d’un grand frère doté de crocs aiguisés ? Veut-il s’en servir pour avaler tout cru une nation à la recherche de sa résurrection et de l’explication de son passé. Qui va juger les décisions prises par les chefs ? Seront-ils trainés devant un quelconque tribunal ? Celui qui risque de les juger est celui de Dieu auquel croit viscéralement un peuple qui s’est servi de sa foi pour résister au communisme, au nazisme et au destin tragique de la Pologne. C’est à ce carrefour que les choses commencent à s’éclaircir à l’aide d’hypothèses aussi nombreuses qu’il y avait de passagers à bord.

Risques et complexité

De ce fait, on entre de plain pied dans le cadre de la complexité du fait de la présence et des relais pris par des hommes différents, aux intérêts à la fois communs et contradictoires. Pour tenter de comprendre la situation dans laquelle se sont trouvés ensemble et au même moment les acteurs et agents de la catastrophe, écoutons la voix d’Edgar Morin dans son « Introduction à la pensée complexe » : "Nous demandons à la pensée qu’elle dissipe les brouillards – ce qui était le cas des conditions météorologiques et de vol dans l’avion russe au-dessus de l’aérodrome de Smolensk, à deux encablures de Katyn destination finale des passagers – et les obscurités, qu’elle mette de l’ordre et de la clarté dans le réel (on aurait pu ajouter qu’elle élague les arbres d’une forêt épaisse tamisant la lumière – qu’elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité…exprime notre embarras, notre confusion, notre incapacité à définir de façon simple, à nommer de façon claire, à ordonner nos idées. »

Conflits d’intérêt

Il y avait dans cette histoire un pilote qui cherchait à remplir au plus vite au mieux sa mission de transport d’un noyau impressionnant de personnalités gouvernementales et administratives et militaires de rang exceptionnel, une tour de contrôle vétuste et mal équipée dans laquelle exerçait un personnel qui connaissait les dangers de la manœuvre d’atterrissage dans des conditions risquées et dangereuses, un Président fier de montrer à ses collaborateurs et invités qu’il assumait avec brio sinon sécurité un transport aller et retour dans la journée entre Varsovie, sa capitale et la forêt du massacre de Katyn dans lequel étaient impliqués les descendants des meurtriers de l’élite polonaise de 1940. Les Polonais étaient aux prises avec la concurrence mémorielle entre deux envahisseurs, dépeceurs simultanés de leur patrie, travaillant avec efficacité et synchronisation, les multiples tentatives de « décommunisation » d’un pays ayant supporté deux occupations, une extermination presque aussi « efficace » de leur population que celle subie par la population juive du pays, des antécédents mêlés à des accusations d’antisémitisme qu’on s’efforçait de réparer aux yeux du monde et aux juges vigilants de la moindre manifestation ou explosion de retour du racisme. Peu de pays avaient connu une tragédie aussi vive. Elle était aussi sanglante et amplifiée par les observateurs politiques, les donneurs de leçons devenus admirateurs de l’efficacité des actions d’un Lech Walesa dont l’alliance avec le Président disparu avait tenu court.

Un Pape interventionniste

Sans oublier les interventions spectaculaires d’un Pape polonais auquel on avait, peut-être trop vite, attribué la responsabilité de la « libération du pays par l’idéologie et la tyrannie stalinienne. Ces évènements fortuits n’ont rien à voir avec le crash. Leur énumération cherche seulement à montrer la complexité d’un retour à la vie d’un peuple profondément meurtri dont les traumatismes successifs et prolongés expliquent parfois des comportements paradoxaux. A cette aune, la ferveur religieuse, la foi inébranlable en une destinée sacrée et sacralisée, le recours à une providence constamment disponible suggèrent plus qu’ils ne l’expliquent le passage à des actes qui ne sont pas toujours compréhensibles et n’apparaissent pas toujours rationnels aux yeux de témoins européens et universels habitués à plus d’objectivité, de clairvoyance et de neutralité bienveillante. Dans cette perspective, défier le destin peut apparaître comme une nécessité plus qu’un luxe.