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Après la bataille ?

Histoires de grippes : "l’espagnole" et les autres

Quelle signification et quelle gravité ?

mardi 9 février 2010, par Picospin

La grippe espagnole, qui s’est rependue de 1918 à 1919, a fait 30 millions de morts en Europe selon l’Institut Pasteur.
On lui doit ce nom du fait que l’Espagne, qui n’a pas été impliquée dans la Première Guerre mondiale, a pu publier librement les informations relatives à l’épidémie du H1N1.

En France

Ainsi les journaux français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages « en Espagne » sans mentionner les cas français, tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’armée était affaiblie. En France, il y eut de 100 à 300 morts par jour, dans des conditions très difficiles du fait des soins de fortune, du manque de cercueils et de corbillards.
De nombreux artistes sont morts de la grippe espagnole, parmi lesquels Guillaume Apollinaire, mort 2 jours avant l’armistice à l’âge de 38 ans, le peintre expressionniste Egon Schiele qui a peint son dernier tableau La famille représentant sa femme morte quelques jours auparavant de cette même grippe, avec l’enfant qu’il avait espéré, Edmond Rostand, immortel de l’Académie française, qui mourra le 2 décembre 1918, après une répétition de la reprise de L’Aiglon, pièce dramatique écrite en 1900. Cette grippe n’avait rien de commun avec les grippes ordinaires. Son caractère fulgurant a provoqué une mortalité 25 fois plus grande que celle liée aux épidémies habituelles. Il faut attendre 1933 pour découvrir le virus (H1N1) chez l’homme mêmes si les grippes virulentes existaient bien avant la grippe espagnole comme la grippe « Orion » ou encore « Folette » qui a atteint Louis XV.

Évolution des pandémies actuelles

Aujourd’hui, les virologues estiment que les pandémies se répandent au rythme de trois par siècle. Après la grippe asiatique et la grippe de Hong Kong, les scientifiques sont en attente d’une prochaine pandémie qui n’émanera par forcément de la grippe aviaire H5N1. Le H5N1 qui n’est pas apparu comme par miracle en 2006 et lié à un virus connu depuis 1959 apparu en Ecosse, sous le nom de « peste aviaire », puis en 1991 en Angleterre, à Hong Kong en 1997 et en 2003 dans les pays asiatiques. Sa nouveauté réside dans le fait que ce virus n’a pas été éliminé tout de suite comme les épizooties précédentes car on l’a laissé évoluer pour des raisons commerciales du fait que certains pays n’avaient pas intérêt à déclarer cette maladie aux instances internationales en raison des insuffisances de leurs services vétérinaires. Aujourd’hui, le H5N1 constitue une menace car il peut muter ou se recombiner dans un virus humain en passant par le porc. Il est temps de rapprocher les connaissances en matière de médecine animale et de médecine humaine pour développer la recherche dans ce domaine, et accentuer la veille sanitaire. Enfin, il serait bon de réfléchir à un enseignement sur les zoonoses, dans le cadre d’études préparatoires aux études vétérinaire, mais également aux études médicales ».

Les voyages d’un virus

Apparu en Asie en 2003, le virus de la grippe aviaire s’est déplacé jusqu’en Turquie, au Nigéria, en Allemagne et en France. On s’inquiète actuellement de savoir si le virus ne pourrait pas muter et se transmettre à l’homme ; cette mutation qu’on nomme zoonose est connue. En 1918 déjà, la grippe espagnole, qui fit entre vingt et quarante millions de morts dans le monde, était d’origine animale. En 2006, le virus sembla se transmettre accidentellement à l’homme dans des cas de proximité forte avec un oiseau contaminé. En Allemagne, des chats, touchés par le virus, ont bien été recensés, mais leur organisme l’a éliminé sans difficulté. En revanche, une menace pour l’homme serait à craindre si le porc était atteint. Pourquoi ? Comment ? Donner des avis indépendants aux États Membres est une fonction très importante de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Nous prenons cette fonction très au sérieux et veillons à ne pas subir l’influence d’intérêts indus. Les politiques et interventions adoptées par l’OMS face à la pandémie de grippe n’ont pas été indûment influencées par l’industrie pharmaceutique.

Coopération mondiale indispensable

L’OMS reconnaît que la coopération mondiale avec tout un éventail de partenaires, y compris le secteur privé, est indispensable à la poursuite des objectifs de santé publique aujourd’hui comme demain. De nombreux garde-fous sont en place pour gérer les conflits d’intérêts – réels ou perçus – parmi les membres des groupes consultatifs et comités d’experts de l’OMS. Les experts spécialisés remettent à l’OMS une déclaration d’intérêts signée dans laquelle ils donnent des détails sur les éventuels intérêts professionnels ou financiers qui pourraient nuire à l’impartialité de leurs avis. L’OMS prend les allégations de conflit d’intérêts très au sérieux et a toute confiance dans l’indépendance de son processus décisionnel concernant la grippe pandémique. Les autres allégations selon lesquelles l’OMS aurait créé une « fausse » pandémie pour servir les intérêts économiques de l’industrie sont scientifiquement erronées et incorrectes. Les analyses de laboratoire ont montré que ce virus grippal était, sur les plans génétique et antigénique, très différent des autres virus grippaux circulant dans les populations. Les données épidémiologiques communiquées par le Mexique, les États-Unis et le Canada faisaient état d’une transmission interpersonnelle. Les données cliniques montraient que ce virus pouvait également provoquer des atteintes sévères et des décès. À l’époque, ces rapports n’évoquaient pas de situation de pandémie mais, à eux tous, ils ont constitué un avertissement très sérieux qui a conduit l’OMS et d’autres autorités de santé publique, à se tenir prêtes à une telle éventualité.

Evolution de la pandémie

Au fur et à mesure de l’évolution de la pandémie, les cliniciens ont noté une forme très sévère de pneumopathie virale primaire, à progression rapide et souvent mortelle, qui ne fait pas partie du schéma de morbidité observé lors de la grippe saisonnière. Même si ces cas ont été relativement rares, ils ont fait peser une lourde charge sur les unités de soins intensifs. La propagation géographique a été exceptionnellement rapide. Le 29 avril 2009, l’OMS a signalé des cas confirmés en laboratoire dans neuf pays. Environ six semaines plus tard, le 11 juin, l’OMS a signalé des cas dans 74 pays et territoires de plus de deux Régions de l’OMS. C’est cette propagation dans le monde qui a poussé l’Organisation à demander le passage à la phase supérieure et, finalement, à annoncer qu’une pandémie était en cours. Au 1er juillet, des cas d’infection avaient été confirmés dans 120 pays et territoires. Le monde est confronté à une pandémie réelle. Dire qu’il s’agit d’une fausse pandémie n’est pas juste et c’est irresponsable. Nous sommes favorables à tout processus d’examen susceptible d’améliorer notre action. Des explications sur la manière dont l’OMS utilise les organes consultatifs pour réagir à la pandémie de grippe ont été diffusées sur le site Web de l’Organisation le 3 décembre 2009.

Liens suspects ?

L’OMS a connaissance d’articles dans lesquels les médias s’inquiètent des liens que certains experts des organismes consultatifs de l’Organisation ont pu avoir avec l’industrie pharmaceutique et de l’influence sur les décisions politiques, en particulier celles se rapportant à la grippe pandémique. Dans le passé, l’OMS a toujours collaboré avec l’industrie pharmaceutique pour des raisons légitimes. Les efforts pour améliorer la santé dépendent d’un meilleur accès à des médicaments, des vaccins et des produits de diagnostic abordables et de qualité. On connaît depuis longtemps le rôle des interventions médicales, médicaments antiviraux, vaccins et tests de diagnostic, pour atténuer les conséquences sanitaires d’une pandémie de grippe. Les laboratoires pharmaceutiques jouent un rôle essentiel à cet égard et l’OMS s’est engagée à leur côté dans la poursuite de ses objectifs de santé publique.

Conflits d’intérêt

Les conflits d’intérêt potentiels sont inhérents à tout lien entre un organisme tel que l’OMS, qui joue un rôle normatif et travaille au développement de la santé, et une industrie à but lucratif. Les mêmes considérations s’appliquent aux experts qui conseillent l’OMS et ont des liens avec des sociétés pharmaceutiques. De nombreuses protections sont en place pour gérer d’éventuels conflits d’intérêt ou la perception qu’on en a. Les experts externes qui conseillent l’OMS sont tenus de présenter une déclaration dans laquelle ils précisent en détail les intérêts professionnels et financiers susceptibles de compromettre l’impartialité de leurs avis. Des procédures sont en place pour identifier les conflits d’intérêt potentiels, enquêter, les évaluer, les divulguer et prendre les mesures nécessaires, comme d’exclure un expert d’une réunion. La pandémie de grippe constitue le premier test majeur de la nouvelle édition du Règlement sanitaire international, approuvée par les États Membres de l’OMS en 2005 et entrée en vigueur en 2007. Ce règlement prévoit un dispositif ordonné pour coordonner l’action face aux urgences de santé publique de portée internationale, comme la situation provoquée par le virus pandémique A(H1N1).

Règlements et dispositions

Il comporte aussi des dispositions permettant d’éviter éviter des interférences inutiles sur les voyages internationaux et les échanges commerciaux. En application des dispositions de la nouvelle édition du Règlement, un Comité d’urgence conseille le Directeur général de l’OMS sur les questions en rapport avec la proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, la nécessité de relever le niveau d’alerte à la pandémie, suite à la propagation du virus A(H1N1), et la nécessité de prendre des mesures temporaires, comme des restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux. Après avoir reçu l’avis du Comité, le Directeur général prend les décisions finales. Tous les membres du Comité d’urgence signent un accord de confidentialité, fournissent une déclaration d’intérêts et acceptent de consacrer gratuitement du temps aux consultations, sans recevoir de compensation. Les Membres du Comité sont choisis sur une liste de 160 experts couvrant des domaines variés de la santé publique. Le "règlement sanitaire international" fixe les modalités d’inscription à cette liste. Les recommandations du Comité d’urgence sont publiées immédiatement sur le site de l’OMS, avec les décisions du Directeur général qui s’y rapportent.

Réquisition d’experts

Pour son action contre la pandémie, l’OMS demande l’avis d’un groupe permanent d’experts, « Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE) », qui conseille l’OMS sur l’utilisation des vaccins. Les membres de ce groupe doivent également déclarer tous leurs intérêts professionnels et financiers (fonds reçus de sociétés pharmaceutiques, consultations ou toute autre forme d’engagement professionnel auprès de sociétés pharmaceutiques.) Les noms et les affiliations des membres du Groupe stratégique et des groupes de travail du SAGE sont publiés sur le site web de l’OMS, de même que les rapports des réunions et les déclarations d’intérêts soumises par les experts. L’OMS prend très au sérieux les allégations de conflits d’intérêt qui n’auraient pas été déclarés et procède à une enquête immédiate. Les perceptions du public sur la pandémie actuelle de grippe H1N1 et les plans nationaux de préparation ont été fortement influencés par une surveillance attentive, pendant cinq ans, du virus A(H5N1) de la grippe aviaire, souvent mortel et que l’on considérait très généralement comme le plus susceptible de déclencher une nouvelle pandémie.

Une autre pandémie

La pandémie actuelle diffère de celle qu’engendrerait une pandémie provoquée par un virus capable de tuer 60% des sujets infectés.
L’ajustement des perceptions du public à un virus beaucoup moins létal a posé des problèmes en raison des divergences entre ce à quoi on s’attendait et ce qu’il s’est produit en réalité. Ces différences permettent de comprendre la recherche de motifs secrets ou d’arrière-pensées qu’auraient eu l’OMS ou ses conseillers scientifiques sans que les soupçons aient été justifiés. L’OMS a toujours évalué comme modérés les effets de la pandémie actuelle, a régulièrement rappelé au milieu médical, au grand public et aux médias que, dans leur immense majorité, les patients manifestent un syndrome grippal bénin et guérissent complètement en une semaine, même en l’absence de tout traitement et toujours déconseillé d’instaurer des restrictions aux voyages et aux échanges commerciaux. Bien que l’imprévisibilité soit une caractéristique des virus grippaux, on espère que cet impact restera modéré pendant toute la durée de la pandémie.

Questionnement éthique :

1. Pour quelles raisons avons-nous assisté en France à une désorganisation aussi marquée pour assurer des mesures de vaccination à la population ?

2. Peut-on mettre ces défauts d’organisation au compte d’un trop grand nombre d’organismes impliqués dans la réalisation de cette prévention ?

3. Pourquoi a-t-on assisté à des changements aussi radicaux entre les mesures proposées au début et à la fin de la pandémie comme la mise à distance puis l’implication des médecins traitants dans les opérations de vaccination ?

4. Peut-on espérer que la pandémie étant parvenue à sa fin, une autre pourrait être mieux prise en charge selon un schéma moins chaotique ?