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De la folle virtualité à la triste réalité

Honte et Folie : la tragique histoire de Guantanamo

Comment en est-on arrivé là ?

mardi 22 juillet 2008, par Picospin

Jane Mayer du fameux journal Le New Yorker a consacré une grande partie de cet ouvrage à David Addington, une des hommes de confiance de Dick Cheney et l’architecte principal de la stratégie de l’administration Bush pour la conduite de la guerre contre la terreur. Elle cite les paroles d’un de ses collègues affirmant que dans cette affaire personne n’avait pris une position correcte. Colin Powell, vétéran de nombreux combats bruyants avec M. Cheney aurait résumé les positions de ce dernier par la phrase : « Il ne croit même pas dans la Constitution. »

Où l’on aperçoit le Marquis de Sade

Peu d’électeurs sont au courant de l’existence de M. Addington et encore moins de ce qu’il représente. Mais il n’en fut pas moins le représentant légal des positions de l’Administration Bush inspirées par le Marquis de Sade pour combattre le terrorisme. Selon les vues de M. Addington et de ses acolytes, tout ce qui de loin ou de près avait été autorisé pour lutter contre la terreur – quelles que soient les opinions, écrits ou lois de la Constitution ou des accords de Genève – devait être considéré comme bon. Ce qui manifestement comprend la torture, les écrits sans garantie, la suspension de l’habeas corpus. Ce sont ces principes qui nous ont donné Abu Ghraib, Guantanamo, les prisons secrètes de la CIA connues pour être des trous noirs. A ces propos, Mme Mayer écrit que la doctrine légale que M. Addington a fait sienne – que le Président en tant que commandant en chef a l’autorité de pouvoir écarter virtuellement toutes les limites légales si la Sécurité Nationale l’exige – est fondée sur une lecture de la Constitution que seul un minimum de juristes partage. Quand les contraintes de la loi sont déverrouillées par des hommes et des femmes qui portent les habits de ceux et celles qui sont au fait du pouvoir, des choses terribles peuvent survenir dans le monde réel. Cela se termine par des détenus qui sont soumis quotidiennement aussi bien physiquement que psychologiquement à des tortures, jour après jour, mois après mois jusqu’à ce qu’ils implorent l’autorisation de se suicider.

Retour sur l’Inquisition

Vous avez ainsi des prisonniers qui sont battus à mort ou bien accrochés d’une manière qui rappelle outrageusement les techniques utilisées pendant l’Inquisition ou bien encore, obligés de déféquer sur eux-mêmes, ou bien humiliés sexuellement ou encore privés de sommeil jusqu’à devenir fous ou aveuglés par des projecteurs ou assourdis par des bruits dont l’amplitude devient insoutenable. Pour vous rendre compte de la hauteur de la folie atteinte dans cette atmosphère du n’importe quoi et du tout, vous n’avez qu’à imaginer ce qui peut bien se passer au cours d’une réunion dont les participants sont autorisés sinon encouragés à imaginer ce qui leur passe par la tête dans le cadre d’un site tel que celui de Guantanamo. L’objectif final de ces réunions était de faire craquer la résistance des détenus. Une des idées émises au cours de ces rassemblements était de montrer le programme de télévision appelé « 24 » où l’on voyait que la torture était une arme d’une efficacité constante, capable de sauver chaque semaine l’Amérique. J’avais l’impression d’être dans un monde inimaginable quand je me suis mis à lire cet extrait du texte « Lors d’une conversation avec un avocat britannique des droits de l’homme ce dernier confia que l’un des responsables du camp avait donné aux gens des tas d’idées sur les schémas d’interrogatoire à suivre pour obtenir des succès significatifs. Donald Rumsfeld lui-même a décrit la condition des détenus comme le pire du pire, opinion confirmée par les observateurs les plus respectés.

Les pires conditions

Sur les 517 détenus de cette base dont les cas ont été examinés sérieusement 8% seulement ont été reconnus pour avoir été liés à Al Qaeda. 55% n’ont pu été accusés d’avoir été engagés dans des actes hostiles contre les Etats-Unis et les autres n’ont pu être rendus coupables que d’actions incertaines. La grande majorité des accusés a été arrêtée par des membres n’appartenant pas aux forces armées américaines la plupart d’entre eux n’étant que des mercenaires. Les Etats-Unis étaient honteux du comportement de Bush et de Cheney alors que Addington et d’autres figures du même ordre ne cherchèrent qu’à obtenir une couverture légale pour l’accomplissement de leurs actes. L’historien américain, Arthur Schlesinger, a pensé que le programme du contre terrorisme illégal de l’administration Bush a été le plus tragique que l’histoire américaine ait jamais connue. Après avoir cité les pannes les plus graves survenues dans les administrations précédentes, y compris le désastre du Watergate, M. Schlesinger a affirmé qu’aucune politique n’a provoqué plus de dégâts à la réputation de l’Amérique dans le monde. Les Américains ne se sont pas encore rendus compte de l’étendue de la tâche sur l’âme américaine. C’est la raison pour laquelle il est de la première importance que la vérité éclate enfin et que toutes les fautes soient réparées dans toute la mesure du possible. La contribution de Mme Mayer à la révélation de la vérité est capitale dans la mesure où elle a levé le rideau sur cette horrible réalité. C’est pourquoi la lecture de son livre « Le Sombre Côté » est essentielle pour tous ceux qui pensent qu’ils sont en mesure de supporter la révélation de cette triste réalité.


Sources :
the New York Times
July 22, 2008
Op-Ed Columnist
Madness and Shame
By BOB HERBERT