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Confusion de termes ou d’idées ?

Humanisme avec ou sans fraternité ?

Que faire de l’humain, de l’humanitaire et de l’humaniste ?

samedi 19 avril 2008, par Picospin

C’est alors qu’apparaît l’humanisme, ce produit élaboré au cours de la Renaissance et qui n’entretient pas forcément des rapports étroits ou émotionnels et affectifs avec l’humain ou le fraternel. Car cet humanisme, sorti d’Europe, mis en couveuse par les philosophes et les poètes, se prête davantage à des interprétations abstraites qu’à des situations justement humaines qui auraient accouché d’une nouvelle conception de l’homme, repeinte aux couleurs de l’antiquité.

L’Humanisme qu’est-ce que c’est ?

Car l’humanisme n’est pas autre chose que ce mouvement européen de la Renaissance, cette philosophie qui place l’être humain et les valeurs humaines au centre de la pensée. Il se caractérise par un retour aux textes antiques et par la modification des modèles de vie, d’écriture, et de pensée. L’humanisme désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l’être humain et qui dénonce ce qui l’asservit ou le dégrade. Le terme désigne un courant culturel, scientifique, philosophique et, par bien des aspects, politique, qui propose un « modèle humain » défini comme synthèse des qualités intellectuelles, sociales, affectives, caractéristiques de la « nature humaine ». L’humanisme est un courant de pensée idéaliste et optimiste qui place l’Homme au centre du monde, et honore les valeurs humaines. Depuis que cette idée a pénétré les esprits, comme par mimétisme, on a mis l’homme au centre de toutes choses, de toute représentation, de toute communauté. Est-ce pour lui faire oublier la position principale occupée autrefois par le divin ou pour le flatter d’être revenu se mettre à la place de la figure centrale disparue depuis que Nietzsche a proclamé du haut de sa géniale folie la mort de dieu.

La mort de dieu ?

Attaché au non-dogmatisme, proclamant la relativité de toutes les vérités qui se voudraient absolues, celle des savoirs et celle des actes, considérant que la vérité ultime reste un idéal hors d’atteinte, vers lequel il s’agit de tendre en permanence, en sachant cependant qu’il n’y parviendra jamais, restant en ce domaine le tenant d’une pratique réfléchie du doute, destiné à se prémunir contre les certitudes au nom desquelles les hommes ont si souvent allumé les bûchers de la haine et si rarement fait briller les lumières de l’esprit, l’humanisme envahit les esprits et les travaille sans nécessairement les transformer. Au-delà du nouvel humanisme, c’est l’homme universel qu’il s’agit de construire, ou de reconstruire, un homme de connaissance, de valeurs, d’énergie et de volonté, qui saura allier en lui toutes les dimensions de son génie que sont le déploiement d’une raison non dogmatique, allant vers plus de lumière - mais sans prétention à rendre compte de tout - et celui d’une spiritualité non dogmatique, encourageant chacun à construire le sens de sa propre vie en respectant les sensibilités spirituelles qui respectent elles-mêmes le libre choix de la personne humaine et son intégrité physique, psychique, intellectuelle et morale. Il s’agit d’apprendre à construire, individuellement et collectivement, le sens de la liberté de chacun comme condition de la liberté de tous.

Raison et morale

Et si un nouvel humanisme responsable est à repenser, associant l’exercice de la rationalité intellectuelle et celle de la raison morale à la pratique d’une spiritualité libre, accueillante et ouverte, où faut-il prendre référence ? Pris au sens moderne, le terme humanisme peut recouvrir différentes idéologies antagonistes, postérieures aux humanistes de la Renaissance : philosophie des Lumières, libéralisme et marxisme notamment. A cet humanisme politicophilosophique a voulu s’annexer un mouvement littéraire qui cherche à retrouver une image éternelle de l’homme et du bonheur par l’étude de l’Antiquité. Les humanistes du XVe siècle s’efforcent de revisiter la pensée des Anciens, dont l’authenticité leur échappe après les interprétations chrétiennes des deux siècles précédents . L’humanisme s’est illustré avec les grandes figures d’Erasme, Thomas More ou Guillaume Budé. L’humanisme de la Renaissance prône l’« imitation des Anciens » un retour aux sources antiques païennes (grecques et romaines) mais aussi chrétiennes, nommément aux enseignements purs des Évangiles.

Une connaissance extraite de l’antiquité ?

L’humanisme du XVIe siècle se caractérise par l’aspiration à la connaissance des possibilités humaines et la réflexion de l’homme sur lui-même, le refus de tout ce qui fait obstacle au développement de l’esprit, le rejet de toute autorité arbitraire, la volonté d’une nouvelle organisation de la vie qui se manifestera sur le plan politique, social, esthétique et même religieux. Les Humanistes sont des « philologues », passionnés pour les langues (latin, grec, hébreu) et les civilisations anciennes. Ils réfléchissent sur les textes, reprennent les mythes et les légendes en les chargeant de nouvelles significations, écrivent des œuvres littéraires et scientifiques et deviennent des éditeurs. L’Humanisme est un mouvement littéraire qui cherche à retrouver une image éternelle de l’homme et du bonheur par l’étude de l’Antiquité. Ce mouvement vers l’autre dans un sens philosophique, artistique sinon littéraire est souvent confondu avec l’humanitaire qui est une forme de solidarité ou de charité, destinée aux populations pauvres, sinistrées ou prises dans une guerre et qui peut répondre à des besoins divers : faim, santé, reconstruction après un sinistre, éducation, protection des enfants, mise en place de réseaux d’eau et de communication, qu’il d’aide d’urgence ou d’aide permanente. De qui et de quoi s’agit-il ? Sont en compétition M. Kouchner, le Dr. Schweitzer, Soeur Teresa ? Pour qui le meilleur rôle, le plus grand succès people dont on creuse de plus en plus profondément les soubassements pour élever un socle visible par tous, servir de modèle aux hommes désemparés mais qui risque de s’écrouler comme le buste de Sadam Hussein devant les caméras braquées sur la représentation en bronze du dictateur, mi laïque pour les uns, mi religieux pour les autres, sanguinaire pour tous.

Questionnement :

1. Quel est l’apport de l’humanisme au bien être intellectuel, moral, sinon physique ou artistique de la société ?

2. Est-ce qu’il contribue à rapprocher les hommes et à leur permettre un exercice plus large, plus généreux, plus étendu du vivre ensemble ?

3. Est-ce qu’il permet de mieux considérer l’autre comme un être humain au sens plein du terme, même ou surtout si sa culture est différente, son ethnie peu conforme aux standards de la société majoritaire dans laquelle il vit ?

4. Est-ce que ce mouvement doit inclure obligatoirement une part artistique, esthétique, pour être pleinement conforme à ses définitions ?

5. Est-ce qu’elle répond à une catégorie minoritaire de personnes qui, malgré leur différence par rapport à la majorité, les intègre dans une certaine élite les distinguant par leur qualité du reste de la population, comme cela aurait pu être le cas de Aimé Césaire qui vient de nous quitter mais qui a pu compenser sa "négritude" par un degré élevé de dons, de connaissances et de culture ?