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Quel avenir pour l’humanisme de la Renaissance ?

Humanisme, morale, religion, lois. Que choisir ?

Que faut-il faire de ce mouvement consacré au développement de l’humain ?

jeudi 24 avril 2008, par Picospin

D’autant plus qu’elle a associé dans cette catégorie des hommes de science et de littérature qui ont contribué à lui faire franchir allègrement les siècles pour l’intelligence, le bon goût et l’originalité qu’elle a véhiculées. Regardons de plus près ce terme de dignité qui fait actuellement une brillante carrière car elle est entrée dans tous les plats que l’homme trouve agréables au goût, légers à l’estomac et faciles à digérer.

Dignité

Vivre est une affaire de dignité mais mourir aussi. Ne serait-ce qu’en raison de l’importance qui est attachée de plus en plus fréquemment et profondément à la dignité de mourir. Cette dernière continue de faire couler beaucoup d’encre en raison des discussions animées que se livrent philosophes, politiques, religieux autour de la notion de mort dans la dignité. Cette dernière serait liée étroitement au droit de choisir les modalités de sa propre mort, ne serait-ce que par la liberté réclamée pour réclamer l’assistance au suicide. La notion de dignité humaine fait référence à une qualité liée à l’être même de chaque homme, ce qui explique qu’elle soit la même pour tous et qu’elle n’admette pas de degrés. Cette notion renvoie à l’idée que « quelque chose est dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain » (Paul Ricœur). Cela signifie que tout homme mérite un respect inconditionnel, quel que soit l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, la religion, la condition sociale ou l’origine ethnique de l’individu en question. Le concept de dignité humaine occupe une place éminente dans le droit international des droits de l’homme et notamment dans les textes relatifs à la bioéthique, tels que la Déclaration universelle sur le génome humain, les droits de l’homme de l’UNESCO, la Déclaration universelle sur la bioéthique, la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine du Conseil de l’Europe.

Droit international et droits de l’homme

En droit international, cette notion est apparue dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui reconnaît que tous les membres de la famille humaine possèdent une « dignité inhérente » et dispose que « tous les êtres humains La Charte européenne des droits fondamentaux, intégrée dans le traité de Rome, est consacré à la dignité humaine. Certaines normes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’inspirent directement du principe de respect de la dignité humaine, notamment celles relatives au droit à la vie, à l’intégrité de la personne, à l’interdiction de la torture et des traitements dégradants ou inhumains. Le droits de l’homme et l’idée de dignité humaine se fondent sur la notion de personne ce que la Commission des Droits de l’Homme traduit par la dignité inhérente à toute personne humaine placée sous la responsabilité de chacun. Les visions de l’humanisme ne sont pas univoques. De multiples réflexions ont été émises à son sujet. Pour Kant, l’humanité n’est pas immédiatement donnée mais doit être déployée ce qui signifie que l’homme a une destination qui ne sera atteinte que lorsqu’il deviendra pleinement un homme. A-t-il voulu dire par là qu’on ne peut parler de ce dernier qu’après l’accomplissement d’une série de mutations à partir des germes d’humanité dont il dispose ?

Mutations

En quoi consistent-t-elles sinon en un apprentissage et un épanouissement sous l’influence de l’éducation qui permet, plus que d’autres conditions, le développement des germes, puis celui de la moralisation, phase la plus haute de l’humanisation. A cet égard, Kant va plus loin lorsque, partant de la notion d’humanisme, il s’attarde à la nécessaire obéissance des citoyens aux lois, qui est censée les préparer au règne de la moralité comme obéissance à la loi morale. Dans ce raisonnement, se fait jour progressivement un argument qui enfle à mesure qu’on se dirige vers une réfutation du caractère universel que Kant attribue au processus historique de moralisation et au caractère universel de la raison humaine qui détiendrait la loi morale. Est-elle pour autant figée dans un stade définitif dès sa naissance ou peut-on la considérer comme capable d’évolutions entrecoupées de régressions ? Une telle dynamique se frayant un passage dans un processus d’humanisation progressive des individus ou des groupes humains qui n’atteignent pas ou pas encore les critères requis de conformité à l’idéal occidental de moralité.

Fantasmes, imagination et désir

Si on fait entrer dans cette ronde des philosophes, un autre élément voisin ou aux antipodes de la raison, pourquoi ne pas inviter l’imagination si chère à Pic de la Mirandole qui estime que cette entité sert les ressemblances des choses à la raison quand elle discourt et qui comme Aristote le pensait, dispense des fantasmes qui orientent vers le désir. On était encore au 17è siècle, lorsque les neurosciences n’avaient pas encore fait leur apparition dans la connaissance scientifique, la psychanalyse n’avait pas encore expliqué que l’homme pouvait agir en deçà de sa conscience, de sa raison mais non sans la proximité de ses passions. L’imagerie n’avait pas encore montré les localisations des processus de fonctionnement du cerveau. Pourtant, déjà quelques esprits d’élite avaient entrevu ce que l’homme avait d’admirable, comment il est digne d’admiration sur le théâtre du monde comme un grand miracle.

Questionnements :

1. Pour quelle raison la dignité a-t-elle pris autant d’importance dans la vie contemporaine alors que d’autre part elle a rarement été aussi bafouée ?

2. Est-ce que la dignité est liée de façon prédominante sinon exclusive à la connaissance, comme le pensait Pic de la Mirandole ou est-elle attachée davantage à la morale comme le pensait Kant ?

3. A-t-on raison d’attacher autant d’importance qu’on le fait maintenant à la revendication d’un droit à mourir dans la dignité, exigence qui a révolutionné les formes que viennent de prendre les fins de vie ?

4. Comment peut-on attacher autant d’importance à la dignité alors qu’elle a fui la vie de nos contemporains dans les camps de concentration, les chambres à gaz et qu’elle a été niée par les bourreaux envers leurs victimes considérées comme indignes de vivre, parce qu’elles s’apparentaient à des sous-hommes, état et condition dans lesquels les avaient placé les geôliers ?

5. Pour quelle raison peut-on observer une disparité aussi grande entre les vertus d’un humanisme en pleine expansion il y a 3 siècles et sa chute vertigineuse depuis une nouvelle incursion de la barbarie dans notre monde occidental ?


Sources :
Pic de la Mirandole, JF. De l’imagination, Chambéry : Comp’Act, 2003.
Pico della Mirandola : G. De la Dignité de l’homme, Combas : Editions de l’Eclat, 1993.
Bouriau C. Qu’est-ce que l’Humanisme ? Paris, Vrin, 2007.