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Humanitaire : générosité ou affaires ?

jeudi 22 novembre 2007, par Picospin

Le terme d’ONG aurait une appellation plus appropriée si elle se transformait en association ou fondation. C’est pourtant ce nom que déploie fièrement celle de l’Arche de Zoé qui vient de s’illustrer en Afrique, sur un continent "sensible" qui, à tort ou à raison craint l’intrusion puis l’ingérence de pays étrangers dans sa politique, son économie et sa société.

Evolution

Ce secteur est en pleine évolution en France où il emploie près de 50.000 personnes. De nombreux postes ont été créés sur des mission d’intervention de coordination, de logistique, de professionnels de santé et de collecteurs de dons. Ces enrôlements seraient plus nombreux si les candidatures étaient plus appropriées c’est-à-dire si les candidats avaient reçu ou cherché une formation adéquate. Leurs ressources proviennent pour plus de la moitié des fonds de financements privés et de ressources en provenance du secteur public comportant en majorité des collectivités locales. Cette activité ne joue pas un rôle majeur en France où elle peine à se comparer à celui de la Grande Bretagne, de l’Allemagne ou de la Hollande. Les financements publics sont volontairement limités pour éviter qu’ils n’influencent de façon trop marquée la structure et le fonctionnement des organismes ainsi créés. Ce mode de financement risque aussi de modifier l’accès aux populations et aux équipes engagées de part et d’autre dans le combat pour une aide efficace d’êtres humains en détresse. Sur certains terrains et à la lisière des institutions, l’activité de bienfaisance déborde sur celle du commerce comme en témoignent la fabrications d’articles destinés aux interventions et certains salaires relativement élevés.

Rigueur

Ce sont les raisons pour lesquelles les comptes doivent être rigoureusement contrôlés, mesures préventives impérieuses pour éviter les dérives d’autant plus que la comptabilité risque d’être modifiée par l’apport non négligeable des dons privés. Quand ces derniers excèdent une certaine fraction des apports, les grandes ONG risquent, comme les sociétés du CAC 40 d’être victimes de leur notoriété. Tout le monde se souviendra à ce propos du scandale qui avait en son temps accompagné l’activité de l’ARC, "Association pour la recherche sur le Cancer" dont les indélicatesses et les dérives financières avaient à juste titre jeté un voile de suspicion sur l’honnêteté de la gestion et la réputation de l’organisation, malgré la qualité élevée de ses responsables. La Commission européenne peut intervenir dans les aides versées aux associations ce qui n’a pas été le cas de l’Arche de Zoé. Cette option a soulagé ses responsables d’une forte pression puisque les divers contrôles n’ont fait état d’aucun soutien financier.

Honnêteté et transparence

Les donateurs attachent plus d’importance à l’honnêteté et à la transparence des ONG qu’à leur efficacité. Cette clause est-elle remplie dans la majorité des cas et dans quelles proportions ? Si l’on ne sait encore rien de la gestion financière de l’Arche de Zoé, on sait en revanche remonter dans le temps et revenir au scandale de l’ARC qui avait fait tant de mal à la réputation des œuvres de bienfaisance et avaient pollué la recherche sur le cancer. De ce fait, la suspicion s’était développée sur toutes les activités liées à la médecine et particulièrement sur celle du cancer dont de nombreux malades et leurs familles attendaient de meilleurs résultats dans une maladie considérée comme incurable ou mortelle à brève échéance. Ce leurre a bien pu être à l’origine de déceptions confinant au désespoir. C’est peut-être aussi le cas d’une autre association dédiée à la lutte contre la lèpre et dont l’analyse a dévoilé le fonctionnement troublant en l’absence de tout budget, de tout organigramme, de toute comptabilité dans le but de financer des églises en Afrique et de subventionner des cardinaux conservateurs au Vatican. Des dérives, des erreurs d’organisation, des défauts de structuration auraient pu être évités si seulement l’Arche avait compté parmi ses dirigeants des administrateurs indépendants et des gestionnaires sérieux et compétents capables de vérifier l’utilisation des fonds, la hauteur des salaires versés ou l’utilisation appropriée du matériel de l’association.

Questionnement éthique

1. Est-ce que "humanitaire" est le meilleur terme que l’on puisse appliquer aux actions menées actuellement en faveur des victimes de catastrophes, guerres ou épidémies ?

2. Est-ce que ces opérations de secours doivent être coordonnées par des organisations gouvernementales, des associations caritatives, des militaires ou suscités par des politiques ?

3. Quel est le rôle que l’on peut imputer aux médias et aux images diffusées par les médias en général et la télévision en particulier dans l’approche de l’aide organisée au profit des populations en détresse ?

4. Est-il éthique de montrer des courts métrages spécialement fabriqués pour attirer l’attention des populations sur les drames qui se jouent dans certaines parties du monde et qui requièrent l’assistance, la solidarité, le soutien et l’aide des pays les mieux dotés et les plus riches ?


De Tricornot A. Des mutinationales de l’aide. Le Monde : Economie, 20.11.2007