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Un succès inattendu

Identité nationale : plus qu’un mot, un symbole et une idée

Quel avenir pour l’expression d’identité nationale ?

lundi 2 novembre 2009, par Picospin

En tout cas, avec le succès de « l’identité française », une victoire symbolique et peut-être au-delà, collective se dessine qui pourra remettre du baume au cœur des citoyens frustrés par des années d’inconscience citoyenne, de négligence civique et d’irrespect pour l’histoire, la légende, les mythes fondateurs d’un peuple qui pendant des siècles a marqué de son empreinte la plus grande partie de l’Europe.

Un intérêt subit et surprenant

Au moment où on s’intéresse dans ce pays à l’identité française qui préoccupe de façon prioritaire et insistante l’actuel Président de la République, il est temps de réfléchir sur le sens du multiculturalisme qui devient la marque fondamentale de la France, embarrassée par le choix des solutions les plus adaptées à l’organisation d’une vie harmonieuse entre des groupes d’origine différente, de culture particulière, sinon pittoresque ou singulière, sinon originale. A ce propos, Charles Taylor écrit que « l’exigence de reconnaissance prend une certaine acuité du fait des liens supposés entre reconnaissance et identité, où ce dernier terme désigne quelque chose qui ressemble à la perception que les gens ont d’eux-mêmes et des caractéristiques qui les définissent comme être humains ». Il existe un lien plus ou moins fort entre reconnaissance et identité, terme à la mode du fait des préoccupations de certains membres du gouvernement actuel et de l’exclusion prévue des immigrés illégaux qui sont priés de s’envoler vers leur pays d’origine au moment où ils avaient réussi à gagner celui de leur choix parce que les conditions de vie y paraissaient meilleures, le respect de l’être humain plus authentique et plus formel, et les conditions de travail plus acceptables parce que la dignité y était plus établie, plus indéniable, sinon plus irréfutable.

Altérité

Ce qui est le plus préoccupant dans cette relation à l’altérité, est le renvoi par la structure d’accueil d’une image limitée, avilissante ou méprisable. Est-ce que cette attitude, cette considération ou déconsidération de l’autre peut aller jusqu’à constituer une forme d’oppression qui oblige les plus fragiles et les plus vulnérables de ce microcosme à vivre dans un emprisonnement où s’épanouissent et grandissent des tendances et des velléités de métamorphose, de déformation, de fausse apparence ou de réduction des personnalités. Ce destin a été celui des Noirs auxquels depuis des générations, la société blanche a donné une image dépréciée à laquelle certains n’ont pas eu la force de résister. Depuis 1492, les Européens n’ont-ils pas donné d’eux parfois une image inférieure et non civilisée et qu’ils sont allés jusqu’à imposer cette image aux peuples subjugués par la force. Le défaut de reconnaissance ne trahit pas seulement un oubli du respect normalement dû. Il est susceptible d’infliger à ceux et celles qui en sont les victimes une cruelle blessure en la transformant en la haine de soi dont on connaît les conséquences fâcheuses qu’elle entrainer sur la personnalité, les comportements, l’équilibre psychique et les relations intellectuelles, émotionnelles et affectives avec les autres.

Expression et traduction malaisée

C’est sur un tout autre registre que s’est placée une Ministre du gouvernement actuel qui, interrogée sur sa conception de l’identité nationale, a exprimé une certaine difficulté à trouver la réponse appropriée. Elle s’est réfugiée dans des subterfuges en répétant à l’infini le terme de valeurs qu’elle a décliné surtout à l’imparfait en le conjuguant sur un mode verbal désuet sinon obsolète comme drapeau, patrie, symboles, tous termes qui, malheureusement trouvent peu de preneurs parmi les plus jeunes éléments de la population. Cette désaffection pour des mots qui avaient gardé tout leur sens dans les générations les plus âgées méritent sans doute d’être réactualisées pour que tout le monde ait envie de les utiliser à nouveau de peur et au risque de les perdre définitivement au nom des nouvelles modalités du vivre ensemble qui se limite trop souvent au vivre seul. Notre Ministre a ajouté, qu’elle-même d’origine étrangère, avait apprécié la qualité de l’accueil qu’elle avait reçu en France et qui n’était pas étranger à la reconnaissance qu’elle ressentait envers un pays qui avait su si bien incorporer, assimiler, instruire ses nouveaux arrivants.

Honneur ?

Si on se place sur un autre plan, n’aurait-on pas envie de s’interroger sur le mot honneur dont l’usage se serait effondré avec celui des hiérarchies sociales. D’aucuns s’interrogent sur la validité de ce terme dont l’emploi n’aurait guère de sens si tous avaient accès à cette qualité reconnue. Pour qu’il conserve son prestige sinon son caractère discriminatif, il est impératif que tous n’aient pas droit à ce jugement valorisant. A l’appui de cette affirmation, on ne craint pas de faire allusion à une décoration aussi méritoire et parfois parcimonieusement accordée comme la Légion d’Honneur qui ne tire son prestige que de la rareté avec laquelle elle est remise aux impétrants sinon aux méritants. Est-ce par le biais d’une politique de reconnaissance égalitaire que le passage de l’honneur à la dignité a conduit à l’expansion d’un universalisme capable de valoriser la dignité égale de tous les citoyens avec pour corollaire l’égalisation des droits et des attributions pour éviter à tout prix l’instauration puis la pérennisation des citoyens de classes différentes, mesure et mode de pensée qui aurait au moins pour mérite de promulguer une politique d’égale dignité comportant un ensemble identique de droits et de privilèges. L’exigence de reconnaissance reste un principe d’égalité universelle, seule porte d’entrée acceptable à la politique de dignité dont la relation avec l’authenticité mérite et doit être sans cesse rediscutée.


Voir en ligne : Multiculturalisme. Différence et Démocratie. Paris 2009. Flammarion