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Identités et Complexités

vendredi 9 novembre 2012, par Picospin

Le Japon autrefois avait montré le chemin de la musique en balisant les œuvres créées en Occident simultanément à celles exécutées en continu dans l’empire du soleil levant. Cette coexistence, pour une fois pacifique provoquait l’étonnement du monde. Elle illustrait la capacité de cette région du monde et des cultures qu’elle contient à associer les contraires, à pacifier les frottements des notes conjointes et à offrir aux oreilles des citoyens, de tous les spectateurs du phénomène asiatique le choix entre des contraires, sans que cette manoeuvre implique la guerre, les conflits, des acharnements disproportionnés.

Modèle japonais : un précurseur

Le Japon ayant donné au monde ce qu’il attendait de la confrontation entre l’occident et l’Orient vient d’être remplacé par deux états voisins, sinon alliés. Chacun d’eux, à sa manière creuse le sillon porteur de nouveaux messages, ceux de la diversité, de la complexité si l’on veut bien suivre dans ce sillage les propositions d’un Edgar Morin, désormais allié à son contraire, Stéphane Hessel, toujours aussi prompt à dégainer son épée de démocrate teinté de gauchisme, d’humanisme, voire de gaullisme, celui de la résistance dont il se réclame toujours avec autant de véhémence. Nous voici mis face à la complexité, la pensée complexe « une pensée qui relie ». C’est le sens le plus proche du terme complexus (ce qui est tissé ensemble). Cela veut dire que par opposition au mode de penser traditionnel, qui découpe les champs de connaissances en disciplines et les compartimente, la pensée complexe est un mode de reliance. Elle est contre l’isolement des objets de connaissance, les restitue dans leur contexte et, si possible, dans la globalité dont ils font partie.

Boucle rétroactive

C’est une mise en avant des opérateurs de cette pensée qui relie à l’aide du principe de la boucle rétroactive, dérivé du concept de rétroaction, qui brise la causalité linéaire en faisant concevoir le paradoxe d’un système causal dont l’effet retentit sur la cause et la modifie ce qui permet l’émergence d’une causalité en boucle, comme par exemple celle du système de chauffage réglé par thermostat. Dans un tel système, la rétroaction régulatrice produit l’autonomie thermique de l’ensemble chauffé. Mais cette boucle rétroactive recèle en réalité un processus complexe où les produits et les effets ultimes deviennent éléments premiers. Agit alors ici le principe de la boucle récursive, qui dépasse la notion de régulation pour celle d’autoproduction et d’auto-organisation. C’est un processus récursif et génératif par lequel une organisation active produit les éléments et les effets qui sont nécessaires à sa propre génération ou existence. L’idée de récursivité apporte une dimension logique qui, en termes de praxis organisationnelle, signifie production-de-soi et ré-génération. Cette idée de récursivité organisationnelle est éclairée par l’image du tourbillon.

Un tourbillon

Un tourbillon est une organisation active stationnaire, qui présente une forme constante ; pourtant, celle-ci est constituée par un flux ininterrompu. Cela veut dire que la fin du tourbillon est en même temps son commencement, et que le mouvement circulaire constitue à la fois l’être, le générateur et le régénérateur du tourbillon. L’aspect ontologique de cette organisation stationnaire est que l’être entretient l’organisation qui l’entretient. Un système qui se boucle lui-même crée sa propre autonomie idée permettra de comprendre le phénomène de la vie, en tant que système d’organisation active capable de s’auto-organiser et surtout, de s’auto-ré-organiser. Le principe d’auto-éco-organisation (autonomie/ dépendance) est alors un opérateur de la pensée complexe. Ce principe vaut pour tout être vivant qui, pour se sauvegarder dans sa forme (se conserver dans son être), doit s’auto-produire et s’auto-organiser en dépensant et en puisant de l’énergie, de l’information et de l’organisation. Comme l’autonomie est inséparable de cette dépendance, il faut concevoir cet être vivant comme un être auto-éco-organisateur.

Les parties et le tout

Un autre opérateur est celui de l’idée systémique ou organisationnelle qui lie la connaissance de parties à la connaissance du tout qui trouve sa fondation et sa justification dans la Pensée de Pascal selon laquelle toutes choses étant causées et causantes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties » Tout et parties sont organisés, reliés de façon intrinsèque. Cela montre que toute organisation fait apparaître des qualités nouvelles, qui n’existaient pas dans les parties isolées, et qui sont les émergences organisationnelles. La conception des émergences est fondamentale, si l’on veut relier et comprendre les parties au tout et le tout aux parties. L’émergence a, en tant que telle, vertu d’événement et d’irréductibilité ; c’est une qualité nouvelle intrinsèque qui ne se laisse pas décomposer, et que l’on ne peut déduire des éléments antérieurs. Elle s’impose donc comme fait, donnée phénoménale que l’entendement doit d’abord constater.

Individu et société

Cette idée se trouve approfondie par un autre opérateur de la pensée complexe qui dit que non seulement les parties sont dans un tout, mais que le tout est à l’intérieur des parties. L’exemple génétique montre que la totalité du patrimoine héréditaire se trouve dans chaque cellule singulière. L’exemple sociologique montre que la société, en tant que tout, se présente dans chaque individu en tant que tout à travers son langage, sa culture, ses normes. L’idée de dialogique permet de relier des thèmes antagonistes, qui semblent à la limite contradictoires. Deux logiques, deux principes sont unis sans que la dualité se perde dans cette unité, d’où l’idée d’ « unidualité » comme l’est l’homme, à la fois biologique et culturel. L’important me semble ici en ce qu’il y a dépassement des alternatives ou bien ou bien : ou bien l’Unité, ou bien la multiplicité. La dialogique est la complémentarité des antagonismes qui trouvent leur filiation dans la dialectique, voire dans la pensée « contradictorielle » d’Héraclite, qui conçoit la pluralité dans l’un. Il faut comprendre que l’un est en réalité relatif par rapport à l’autre.

Contradiction chinoise

En Chine lors de « l’élection » du nouveau Président, milliardaire, époux d’une jeune beauté richissime qui, par sa fortune contribue à construire la carrière de son mari et à le propulser à la tête du plus grand empire communiste du monde d’où l’influence de ce pauvre Karl Marx a disparu depuis longtemps, tourmenté qu’il était par l’influence subie par le monothéisme, la culpabilité et la logique d’une construction politique. Tel n’est pas le cas, non plus des jeunes Coréens et Coréennes du sud, citoyens d’un état démocratique qui n’hésite pas à utiliser à leur encontre des procédés totalitaires dont le degré de violence et de soumission physique et mentale n’avait été atteint par aucune des dictatures les plus féroces nées en Europe au cours des derniers siècles. Là-bas, des sociétés recrutent de jeunes citoyens pour les transformer intégralement en bêtes de scène, de music-hall, et produire un spectacle à l’américaine, mais dix fois amélioré et perfectionné avec une minutie plus précise que celle de l’horlogerie suisse ou des montres à quartz qui ne laisse passer aucun défaut, aucune liberté, aucun asynchronisme.

Des homme et des bêtes en démocratie

Des êtres humains transformés en bêtes et clonés pour se ressembler et devenir identiques au modèle universel dépouillé de toute humanité, personnalité ou différence avec son semblable qui n’est pas même son autrui. De telles figures recueillent partout un succès planétaire au prix de la déshumanisation des uns, du paternalisme des autres et de la disparition de tout ce qui fait l’homme partout dans le monde, avec sa culture, son éducation, ses croyances. Une grande réussite commerciale adossée à une catastrophe humaine ?