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Quelles solutions au progrès de la connaissance

Il vaut mieux couper un orteil qu’une tête

L’impossible compression

lundi 14 décembre 2009, par Picospin

Ce dernier est constitué tout simplement par l’inadéquation entre la quantité d’informations et de données à enseigner, la quantité de temps disponible pour ce faire et les limites de la réceptivité des enseignés pris au piège de l’obligation de construire une culture, devenue avec une acuité croissante un défi au temps.

Celui-ci est enfermé dans les limites d’un emploi du temps dans lequel, à mesure que l’on appuie sur le contenu pour le faire entrer à force dans les horaires dévolus à chaque matière devient une impossibilité matérielle qui se heurte à une borne représentée à la fois par le temps et l’espace. Le temps, on rêve de le comprimer pour l’assujettir à sa manière à s’en rendre maitre. Pour l’objet de l’histoire, une revue d’une fraction de temps donné, il s’agit de l’engloutir, de s’en approprier pour le rendre assimilable, comme s’il s’agissait d’un concentré de tomate qu’on n’aurait ensuite qu’à diluer pour le renverser sur un plat de pâtes à l’italienne. Cette recette pourrait d’ailleurs valoir pour tout autre produit à ingurgiter. A défaut de cette mise en forme d’un résidu, reste la possibilité de le compacter. Les formes assimilables rapidement après cette cuisine à base de physique sont servies par le processus de la compression grâce à laquelle est réduit le nombre de signes exprimés pour rendre compte d’une information. Toute autre solution passe par une suppression radicale d’éléments à prendre en compte ce qui signifie que l’enseignement français si particulier qui s’appuie sur des programmes plus que sur une pédagogie, pour aboutir à une docimologie s’acharne à terminer à tout prix sur une quantité de savoir à ingurgiter jusqu’au vomissement ce qui est évidemment à l’apposé du résultat que l’on veut atteindre. Ces phénomènes finiront par atteindre toutes les connaissances étant donné qu’avec la multiplication et l’élargissement des bagages intellectuels, des tris seront nécessairement de rigueur pour la double raison que l’apprentissage exige du temps, de la liberté et de la réflexion et qu’on ne saurait gaver les enseignés comme on le fait à l’aide d’entonnoirs spécialisés les canards et les oies pour obtenir de ces pauvres bêtes qu’elles veuillent bien fabriquer pour Noël des quantités suffisantes de foies cirrhotiques, pour en régaler les convives. Des coupes sombres seront forcément de rigueur ce qui oblige à revoir complètement le système de gavage ou à le supprimer, quitte à le remplacer par des extraits d’histoire capables de servir de modèles pour l’enseignement du domaine politique, artistique, culturel, religieux philosophique d’une époque donnée qu’on pourra toujours couper en tranches pour le servir avec des toasts grillés légèrement chauffés pour les rendre plus appétissants. En 1940, il était encore possible d’enseigner un peu de physique newtonienne agrémentée d’un peu de relativité et de littérature française du 19è siècle. Il deviendra impossible d’accomplir une telle prouesse avec les données actuellement disponibles au sein desquelles il faudra puiser une tranche de cosmologie, d’astronomie, de physique nucléaire sinon de physique quantique se terminant sur un cours consacré aux neutrinos ou au boson de Higgs, si légers qu’ils traversent les murs comme le faisait en son temps le passe-muraille, surnom qu’il portait à merveille. Quand de tels impératifs surviennent, il faudra se résigner à agir selon l’adage fort connu en médecine selon lequel quand une jambe est infectée il vaut mieux couper un orteil tout de suite que d’attendre l’amputation de la cuisse. Espérons que nous pourrons conserver encore longtemps des enseignements appliquant cette directive que de faire sortir des écoles des adolescents non seulement sans diplômes mais pire encore sans cerveau, sans raison ni imagination et sans regard sur l’avenir.


E. Klein : Le temps existe-t-il ? Paris, Le Pommier, 2002