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Illégalité, nomadisme, dangerosité ? Quel choix parmi l’intrusion des Roms ?

jeudi 12 août 2010, par Picospin

La mairie a fait mettre deux points d’eau, des WC chimiques et un container poubelle. Situé entre le cimetière et la SPA, il ne dérangeait pas les voisins. Une centaine de personnes y séjournait, dont une trentaine d’enfants. Une femme et son bébé de huit jours y vivaient également. Nous occupons actuellement la place de l’hôtel de ville avec eux et une quarantaine d’autres personnes qui ont été expulsées d’un squat. On demande que la mairie prête un gymnase, ce qui n’est pas compliqué pendant les vacances.

Une benne en plus

On a également besoin d’une benne pour récupérer le matériel laissé au camp. Pour récupérer le terrain, il faut à chaque fois que le propriétaire en fasse la demande, puis c’est le préfet qui prend la décision. Ce terrain là appartient à la municipalité et ce n’est pas la première fois que de telles expulsions sont demandées. Des demandes similaires ont été faites pour l’occupation d’anciens logements d’instituteurs et d’une maison de retraite. Quand les terrains appartiennent à des individus, les procédures d’expulsion sont plus rapides. Après une expulsion, jamais rien n’est proposé. Aux mères avec des nourrissons, on propose une place en foyer qu’habituellement elles refusent sauf pour la maman du camp de Montmartre qui a accepté car son enfant était vraiment tout petit ce qui fait qu’elle avait peur pour lui. Il ne fait aucun doute qu’il n’y avait pas d’autre motivation pour expulser que de suivre la politique de Sarkozy. Mais de toute façon, personne ne se préoccupe de leur sort. Quand ils occupaient un terrain à Terrenoire, après avoir été expulsés de la maison de retraite, ils dormaient dehors, au bord d’un étang. Des pêcheurs et des promeneurs continuaient à y venir et ne semblaient pas s’en émouvoir. Après une expulsion, jamais rien n’est proposé.

Nourrissons

Aux mères avec des nourrissons, on propose une place en foyer, qu’habituellement elles refusent sauf pour la maman du camp de Montmartre qui a accepté car comme son enfant était vraiment tout petit, elle avait peur pour lui. Il ne fait aucun doute qu’il n’y avait pas d’autre motivation pour expulser que de suivre la politique de Sarkozy. Mais de toute façon, personne ne se préoccupe de leur sort. Quand ils occupaient un terrain à Terrenoire, après avoir été expulsés de la maison de retraite, ils dormaient dehors, au bord d’un étang. Des pêcheurs et des promeneurs continuaient à y venir et ne semblaient pas s’en émouvoir. Ces nouvelles évacuations, après celle d’un camp illégal de Roms à Saint-Etienne, s’inscrivent dans la politique du gouvernement énoncée fin juillet. Le but est d’évacuer 300 camps illégaux de Roms et de gens du voyage et de « poursuivre la politique de développement des aires d’accueil » des populations nomades. Menée tambour battant par le ministère de l’intérieur, cette mesure bénéficie d’un solide soutien de la population, affirme un député UMP, membre du collectif de députés « Droite populaire », qui se dit « favorable à la fermeture des camps illégaux » de Roms et rappelle que 79 % des Français approuvent cette mesure, selon un récent sondage. La politique du gouvernement français vis-à-vis des Roms, et plus largement son attitude envers les minorités, sera examinée bientôt par le comité de l’ONU chargé de la lutte contre les discriminations.

De larges débats internationaux

Les débats iront du « débat sur l’identité nationale » jusqu’à la politique d’immigration en passant par « la discrimination à l’égard des Roms », point sur lequel la Ligue des droits de l’homme accuse la France de faire un « amalgame » entre Roms et « gens du voyage » et rappelle que l’ONU avait déjà rappelé à l’ordre le gouvernement, ce que manifestement il a ignoré. Comme Nicolas Sarkozy avait annoncé la fermeture dans les trois mois de près de 300 camps illicites de Roms en France, cette dernière a été exécutée par son ministre de l’intérieur qui s’est plu à saluer celle qui a été présentée comme la première d’une longue série. Face à cette offensive des autorités, il semble qu’à de rares exceptions près, la population apprécie les mesures prises pour reconduire aux frontières la cohorte des « Roms ». Quelles sont les justifications à ces réactions hostiles ? Pourquoi se déclenchent-elles aussi brutalement et à la suite de quels méfaits créés au sein de la société française par une population dont la plupart des éléments avaient été plutôt bien accueillis jusqu’ici ? Sont-ils des terroristes ? Se comportent-ils ainsi depuis longtemps ? Quels méfaits ont-ils accomplis pour justifier une réaction aussi subite et aussi violente ? Les SDF qui campent aussi sur des terrains indivis et libres ne suscitent pas une réponse aussi sévère. Il est vrai que ce derniers ne circulent pas en Mercedes, ne se déplacent pas en convoi et ne pratiquent pas la mendicité d’une manière aussi palpable, tangible sinon menaçante pour certains. L’enjeu, c’est le consensus censé réunir électeurs de droite et de gauche. Le 6 août, sur la foi du sondage IFOP, Le Monde s’interrogeait : "Sécurité : la fin d’un clivage ?" Mais L’Humanité titre, à partir du sondage CSA : "L’ultrasécuritaire clive la France".

Insécurité ou délinquance ou les deux ?

Mais l’insécurité est-elle la priorité des Français ? En réalité, la grande enquête "victimation et sentiment d’insécurité en Ile-de-France", menée tous les deux ans auprès de 10 000 personnes concluait en 2009 que, pour les Franciliens, ce n’est plus du tout la délinquance qui est jugée prioritaire (avec un recul, depuis 2001, de 39,2 % à 12,6 %), mais, et de loin, la pauvreté et le chômage (à 39,8 % et 40,9 %). Le chef de l’Etat a dénoncé, à raison, la délinquance qui "met par terre des années de travail de militants associatifs, d’élus locaux, de gouvernements". Mais, en choisissant de désigner "l’étranger" comme principal responsable, ses déclarations entretiennent fantasmes et préjugés, encouragent la logique du bouc émissaire et contribuent à un morcellement ethnique de la nation. Si le président de la République souhaite faire de l’accession à la nationalité française un honneur, la banalisation de la mesure de déchéance qu’il préconise participe au contraire à sa désacralisation en créant une catégorie de citoyens en probation. Il aime à rappeler que s’il n’y a pas de liberté sans sécurité, il n’y a pas non plus de liberté sans égalité. La sécurité que doit assurer l’État à ses sujets de droit ne saurait l’être au détriment de l’égalité qu’elle leur doit tout autant.

Liberté, sécurité, quel choix ?

Ce n’est pas sécurité ou égalité, mais l’une et l’autre. A nos gouvernants de trouver cette difficile alchimie, en concertation avec la société civile. La Commission européenne a indiqué que les directives en vigueur étaient "très claires", à savoir que tout citoyen européen a le droit de circuler ou de séjourner dans un État membre à condition de disposer des ressources suffisantes et de ne pas menacer la sécurité publique. Chaque cas doit être examiné individuellement par les États et il ne peut, en tout cas, y avoir d’expulsions en raison de l’appartenance à un groupe déterminé.

D’après "Le Monde" d’hier