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Des médecins aussi mal chaussés que des cordonniers

Ils refusent de se laisser soigner

Des docteurs en mal de diagnostic et de traitement...

mercredi 4 février 2009, par Picospin

Cette question mérite d’être posée d’autant plus que nombre de profanes pensent que les médecins sont marqués d’une immunité qui leur assure l’immortalité sinon l’éternité.

Comme des cordonniers mal chaussés

Pourtant on dit aussi souvent que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Est-ce vrai ou est-ce faux ou simplement est-il licite de comparer deux professions qui n’ont pas grand chose à voir ensemble sinon la pédicure qui n’est pas vraiment au prime abord une spécialité ressortissant au domaine purement médical ? Il apparaît donc, d’après une enquête sérieuse conduite à partir d’une initiative de l’ordre des Médecins que la santé des médecins laisse à désirer sans que l’on en connaisse jusqu’ici les causes. L’enquête est faite mais il manque toute la partie interprétative qu’il serait sans doute aussi importante à connaître que ses résultats bruts. Ils travaillent plus, souffrent souvent de stress et fument autant que le reste de la population mais ne se soignent pas très bien commente l’article publié dans le Figaro de ce jour. Voltaire avait déjà ironisé en son temps sur la condition du médecin qui, à son époque il est vrai n’avait guère de moyens efficaces pour se soigner ou se faire soigner en l’absence de moyens diagnostiques pertinents et de traitements actifs.

Crainte de la mort

A leur propos, lui qui avait si peur de la mort n’a pas craint de dire que « Il n’y a rien de plus ridicule qu’un médecin qui ne meurt pas de vieillesse ». Reste à savoir pour quelles raisons la condition physique des médecins est si précaire ? Ceux à qui nous confions notre corps, et parfois notre esprit, ne sont pas des surhommes, n’en déplaise à l’auteur de Candide. Ils se surmènent, fument, boivent, presque autant que les autres… Un rapport récent de l’Ordre national avait montré que les médecins, plus que les autres, face à la maladie, jouent la carte du déni et tardent à être pris en charge. « La possibilité d’autoprescription laisse le médecin seul face à lui-même et à son problème », soulignait ce document. Ces commentaires ne sont pas dénués de signification quand on connait la prise de conscience de l’approche de la mort chez bon nombre de médecins.

Approche de la mort

Le problème reste identique chez les médecins qui sont confrontés à la mort dans son imminence et dans son immanence. Il est bien connu que comme tous les hommes, les médecins fuient l’approche et la proximité de la mort, qu’ils hésitent parfois à entrer dans la chambre d’un mourant et qu’ils préfèrent laisser la charge de l’accompagnement, de la consolation, du soutien moral et physique à leurs subordonnés ne serait-ce que les infirmières et aide-soignantes. Trop de médecins négligent leur santé. Beaucoup diffèrent la sollicitation d’une aide pour leur santé physique ou psychique. Plus qu’un malade habituel, le médecin refuse la réalité de ses symptômes ou les minimise. » A-t-il peur des nouveaux procédés diagnostiques, des contraintes sinon douleurs, inconvénients, que ce bilan souvent lourd, long et onéreux impose, surtout à ceux qui sont conscients des risques et conséquences de certains diagnostics ? Lorsqu’elle est correctement assumée, la prise en charge physique et surtout morale des malades par les médecins s’avère le plus souvent très lourde et ne peut toujours être endossée par un seul individu, fut-il solide, bien charpenté moralement et physiquement.

Individu ou équipe ?

C’est pour cette raison qu’en soins palliatifs, on propose généralement de travailler en équipe pour d’une part assurer une présence permanente et prolongée auprès des malades en fin de vie et d’autre part pour décharger un seul médecin de la responsabilité très lourde de s’occuper d’un mourant sans autre recours que son isolement, sa solitude au lieu d’un partage des soucis et de la capacité à informer l’équipe des difficultés morale, physiques et de conscience que peut ressentir un soignant en face d’un patient sévèrement atteint, qui éprouve une souffrance intense et qui sait qu’il s’approche de la mort dans un sentiment soutenu d’angoisse. Cette enquête dénonce aussi le comportement éventuellement irrationnel sinon anxiogène des médecins qui confient la prise en charge de leur santé davantage à eux-mêmes qu’à des collègues. Comme s’il y avait une grande angoisse devant l’annonce d’un diagnostic péjoratif. Cette profession tend à s’exclure elle-même de la communauté des hommes sinon des citoyens qui refuse de parler de sa consommation d’alcool, récuse les bilans de prévention et restent réticents à toute vaccination comme s’ils manifestaient par cette attitude le refus d’appartenir à la même espèce que les hommes qu’ils sont chargés de soigner. Un manque d’humilité sans doute et la volonté d’appartenir à la même catégorie que leurs collègues et semblables.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la répartition de la densité médicale en France est appropriée ?

2. Serait-il plus efficace de penser à une répartition européenne ?

3. Est-ce que la surcharge professionnelle de certains médecins n’est pas due au fait qu’ils montrent de la réticence à travailler en équipes, sinon en petites unités ce qui rendrait leur disponibilité plus efficace, leur liberté plus large, leur autonomie plus affirmée et leur accessibilité moins difficile ?

4. Quelles seraient les conditions idéales pour que des médecins diplômés de facultés étrangères puissent venir s’installer sans restriction et en toute confiance dans un paysage français ?