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Comment se souvenir...?

Imagerie ou langage ?

Par le mot ou l’image

mercredi 6 mars 2013, par Picospin

Elle est généralement entendue comme susceptible de porter une intentionnalité, dans le sens où les images mentales reflètent toujours les images de quelque chose d’autre et par là fonctionnent en tant que forme d’une représentation mentale.

Imagerie mentale

L’imagerie mentale visuelle est due à la présence de représentations mentales semblables à des images se présentant dans l’esprit, l’âme, le cerveau sans que cette conception soit unanimement acceptée. Le plus souvent, les expériences tirées de l’imagerie sont des échos, des copies, des reconstitutions venues du passé alors que parfois elles ne sont que des anticipations traduisant des expériences à venir car désirées ou craintes. Cette imagerie joue un rôle important dans l’élaboration de la mémoire, les motivations de chacun mais aussi dans tout raisonnement faisant appel à un élément visuel spatial et à toute pensée créatrice. C’est en effet cette dernière qui joue, d’après une longue tradition philosophique, un rôle crucial dans toutes les procédures impliquant la pensée et offre la source sémantique principale du langage. Les résultats de nombreuses expériences pratiquées dans le domaine de l’activité cognitive ne peuvent être expliquées sans faire appel au stockage et aux procédures de traitements effectuées sur les représentations mentales des images.

Réalités ?

La croyance en la réalité de ces dernières est justifiée de la même manière que l’est la croyance dans la réalité des électrons, de la sélection naturelle des champs gravitationnels ou d’autres phénomènes scientifiques considérés comme inobservables. L’imagerie existe dans la mesure où l’on considère comme fiables toutes les représentations imagées qui ont la réputation d’être véridiques. Nous nous trouvons en présence de deux conceptions différentes de l’imagerie dont l’une insiste sur son caractère expérimental et l’autre sur les procédures de traitement des images. Se pose à ce moment le problème de savoir si l’on a affaire à deux phénomènes distincts que sont l’imagerie propre sui generis et celle d’une perception, les deux étant séparés entre eux plus par une échelle de degré que de nature. L’imagerie se trouverait ainsi dans un spectre qui s’étend d’une perception fortement stimulée à une imagerie pure dont le contenu est entièrement généré par le sujet, indépendamment de l’intervention de toute excitation venue du dehors. A l’appui de cette hypothèse, on peut citer les fausses perceptions ou illusions telles qu’un buisson que l’on prend pour un ours dans l’obscurité, des nuages prenant la forme d’un chameau, d’une baleine ou d’une belette, reconnaître un cavalier dans une peinture ou une esquisse, ou encore détecter la folie dans les yeux d’un interlocuteur ou voir dans un croquis tantôt la silhouette d’un canard ou d’un lapin selon l’angle sous lequel on l’observe.

Imagination et volonté

A partir du moment où notre imagination est contrôlée par notre volonté, toutes les représentations peuvent être à notre portée. Il suffit pour cela que je sache à quoi ressemble un éléphant je puis en imaginer la présence où et quand je le veux. C’est le contraire qui se passe quand un éléphant se présente devant mes yeux que je ne puis m’empêcher de le voir, de le regarder, que je le veuille ou non. « Aucune image ne saurait contenir une chose que son porteur n’y ait placée, quelque chose qui n’ait pas été déjà présente dans son esprit », affirment avec une unanimité digne de considération et de respect deux des philosophes les plus émérites de notre époque qui ont nom Sartre et Wittgenstein. S’il est vrai que certaines images parviennent ou font intrusion dans notre esprit de manière involontaire, la plupart peuvent en être chassées à condition d’en connaître à l’avance la forme, la composition et les évènements qu’elles recèlent. Pour mieux comprendre les allusions et suppositions des Grecs, dont Platon et Aristote, le mieux sera de se référer au « fantasme », ce terme si souvent utilisé en tant que réflexion dans un miroir, une mare ou toute surface d’eau stagnante susceptible de renvoyer une image et que ces philosophes ont rapporté à des apparitions dans la psyché et confondu avec les impressions résiduelles, tirées, extraites de la vision de tableaux.

Apparences ou réalités

S’agit-il d’apparences, de présentations, ou autres formes d’imagerie qu’en pratique il n’est pas indispensable de distinguer les unes des autres car elles dérivent toutes du même concept ? De l’imagerie ou « phantasmata », on dérive vers la « phantasia » procédure par laquelle une image nous est présentée. Pour Descartes, il est possible de saisir des idées claires sur des choses telles que Dieu et l’esprit humain dont aucune ne correspond à des sujets dont nous aurions une expérience, une perception mais qui pour lui ne relèvent ni de l’imaginaire ni de la représentation consciente par les sens ou l’esprit. La connaissance, la compréhension d’un morceau de cire ne pourra jamais égaler à ses yeux la clarté, les caractéristiques de l’idée d’un cierge telle qu’elle peut être obtenue à partir du simple examen mental de l’objet. Descartes non dit clairement que la surface de l’hypophyse est le siège de l’imagination et que les images qui y sont figurées sont des idées. L’image matérielle qui se situe dans le cerveau et qui ressemble bien à une image est transformée en une image mentale ou une idée dont le rôle fonctionnel est de transmettre une information d’ordre visuel pour l’envoyer vers des couches cognitives dotées de pouvoirs plus grands. Pour Locke et ses interprètes ultérieurs comme Berkeley et Reid les idées sont des représentations internes qui deviennent des images intérieures lorsqu’elles entrent dans un champ d’application d’ordre visuel.

Des opinions

Je peux imaginer un homme avec deux têtes ou les parties supérieures d’un homme dans l’alignement du corps d’un cheval à condition que ces parties soient caractérisées par une forme et une couleur définies mais il m’est impossible d’en faire l’idée abstraite d’un mouvement ni d’en définir la vitesse rapide ou lente. Toutes les pensées ne sont pas nécessairement représentées par des images. Il est des concepts dépourvus d’images dont l’origine remonterait à une fausse interprétation des résultats obtenus par l’introspection parce que les agents chargés de cette recherche ont confondu la nature intrinsèque des contenus dévoilés par l’introspection avec leur signification. Et pourquoi cela ? Parce que les « sensations, perceptions, prises de conscience » recueillies pendant ces expériences n’étaient en réalité que des impressions résultant de faibles tensions musculaires, de mouvements de minime amplitude.

Les débuts d’une controverse

La controverse persiste entre les adeptes de la pensée « imagée » et ceux de la pensée sans image, qui continuent de se disputer sur leur rôle dans les secteurs de la cognition et du sens, y compris les tenants des visions de Bergson qui parle d’une conception cinématique de la cognition possiblement inférieure à celle de l’intuition philosophique non imagée. Tous débats auxquels des penseurs comme Schlick, Sartre, Ryle ou Wittgenstein ne manquent guère d’ajouter leur grain de sel. Nous allons voir prochainement comment ce grain va germer dans l’esprit des chercheurs, ébahis par les avantages des souvenirs basés sur l’imagerie par rapport à ceux mis en réserve à l’aide des techniques dérivées du langage.