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Immigration choisie

mercredi 26 décembre 2007, par Picospin

Je ne vois pas en quoi expulser des « étrangers en situation irrégulière » - à supposer qu’ils le soient – peut entrer dans la catégorie des politiques d’immigration choisie. Il paraît évident que cette politique d’expulsion répond aux promesses faites par le candidat pour s’attirer les voix du FN. Voilà un point sur lequel il semblerait tenir ses promesses.

Quelle politique ?

La politique d’immigration choisie c’est de toute évidence autre chose, et pour le dire simplement, une sélection des candidats à l’entrée dans notre pays en fonction de divers critères, au premier rang desquels leur compétence professionnelle et leur aptitude à répondre aux besoins en main d’œuvre de notre pays. Cet objectif n’a, a priori, rien que très respectable : tu m’apportes tes compétences, je t’assure un emploi, une rémunération correcte (espérons le !), un logement, un statut social. Voilà donc un « deal » apparemment bien équilibré.

Où est la réalité ?

La réalité est malheureusement assez différente. L’histoire récente montre que, dans les pays (les Etats-Unis par exemple) qui ont essayé de mettre en œuvre une telle politique, elle s’est presque toujours soldée par un échec. La première raison de cet échec est que ceux qui pratiquent la sélection et ceux qui embauchent – disons les entreprises - ne sont pas les mêmes. Faire venir quelqu’un en fonction d’un profil type, et retenir un candidat pour un emploi salarié dans une entreprise, cela n’aboutit pas nécessairement au même résultat. Mais laissons aux spécialistes le soin de résoudre ce problème, à supposer qu’il soit soluble. A mes yeux le problème est autre. Personne ne peut sérieusement contester que l’Europe dans son ensemble, et surtout l’Europe occidentale (et la France, même si elle présente les signes d’une bonne vitalité démographique, n’y échappe pas) est dans un marais démographique et a un besoin impérieux d’immigration.

Le marais géographique

La question est de savoir à partir de quel niveau les entrées, légales ou illégales, peuvent être considérées comme excédentaires par rapport aux besoins. Là encore je laisse aux spécialistes le soin de trouver la bonne réponse, et d’éventuels remèdes.
Parmi les remèdes, il en est un dont on parle rarement, qui consiste à inciter les émigrants potentiels à rester chez eux. La première raison du départ est la volonté d’améliorer les conditions d’existence du partant lui même et de sa famille. S’il pouvait trouver sur place cette amélioration, ou au moins des perspectives à terme assez proche, on peut croire qu’il ne partirait pas. La solution passe donc par le développement économique des pays de forte émigration. Là encore il y a des gens qui savent bien mieux que moi ce qu’il faudrait faire pour cela ; les idées ne manquent pas, ce qui manque c’est la volonté ou la possibilité de les appliquer. Non, ce qui me choque dans la politique d’immigration choisie, c’est son mécanisme même.

Des compétences

Il s’agit de faire appel à des gens compétents, formés, ingénieurs, informaticiens, médecins, etc. Mais n’est ce pas d’abord de ces gens formés dont les pays en voie de développement ont un besoin bien plus impérieux que celui des pays d’accueil ? comment se développeront-ils s’il subissent une hémorragie de leurs élites, déjà pas trop nombreuses ? Comment croire que notre pays (et les autres pays européens, mais ils ne parlent pas d’immigration choisie) n’a pas les moyens de former les ingénieurs, informaticiens, techniciens, médecins, infirmières et autres dont il a besoin ?

Un problème éthique

Le problème n’est pas de la qualité de nos enseignants, et de la capacité des étudiants à se former , ni de leur nombre ; il est d’une certaine manière éthique, il tient à une certaine conception que certains de nos contemporains ont de la vie dans notre société. Oserai-je dire : un hédonisme envahissant ? un refus des tâches pénibles et des horaires contraignants ? Je ne crois pas que quantitativement nous manquions de médecins en France ; mais l’on manque de plus en plus de médecins de campagne, de jeunes acceptant de « s’enterrer dans un trou de campagne ». Alors ? alors oui à l’immigration choisie.

Jean-Claude Cusset