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Révoltes et indignations

Incompréhension de la politique, de la sociologie et de l’économie.

Bruit et silence

mercredi 10 août 2011, par Picospin

Qui pouvait s’attendre à voir le Royaume Uni, destination privilégiée des sans grades, des chômeurs en puissance, des émigrés de tous bords devenir en quelques heures le théâtre de manifestations violentes, de révoltes à répétition et d’indignations successives à la suite de l’appel étrange lancé par un ancien diplomate allemand nonagénaire, portant encore beau et vendant quelques feuilles éparses au monde entier avec la formule magique de « l’indignation » ?

Indignation ?

A vrai dire, le terme n’était pas nécessairement le mieux choisi pour expliquer ses intentions. Son succès « planétaire » comme on dit actuellement à propos de notre malheureuse terre incendiée, terrorisée, autrefois fracassée, vidée du contenu de certains de ses fondateurs (pourquoi pas les dinosaures ?) submergée par des tsunami meurtriers, secouée par des séismes violents, éprouvée par des ouragans cataclysmiques, ne paraissait guère justifié. Il y avait sans doute mieux à dire et à faire que ce constat de dévoilement des injustices, bible du justicier américain des années 70 qui tentait désespérément de redresser les torts, les déséquilibres d’une société qu’il voyait aller tout droit dans un mur comme on le dit si bien en France, sans définir clairement et précisément de quoi ce fameux mur est construit. On a pensé qu’il pouvait s’agir d’un architecte incompétent ou dément qui eut pris la place des dieux se retirant d’un univers dont on ne savait pas pertinemment s’ils avaient bien ou mal travaillé après avoir conclu au décours des tourbillons du 20è siècle que décidément on avait beaucoup de mal à croire en un guide de l’au-delà après les massacres dans les fours crématoires et les très efficaces gaz à effets moins de serre que de tuerie. A qui et à quoi donc se raccrocher pour survivre dans un monde brutal, criminel souvent, injuste par ailleurs qui donnait beaucoup aux uns en le prenant chez les autres.

Riante et joyeuse Angleterre

J’aimais aller en Angleterre, conglomérat d’une population aimable, se riant d’elle-même et se promenant sur et non à côté des gazons, des prés et des massifs de fleurs à Kew Garden et plus près de la cité à James ou à Hyde Park. Est-il vrai que cette ambiance calme, détendue, ironique sans devenir caustique, douce sans verser dans l’amertume ait disparu en un jour et une nuit ? Les politiques cachent bien leur jeu, les dieux aussi et encore autant sinon plus les hommes et les femmes qui se promènent dans la pauvreté et l’injustice comme ours polaires désireux d’en découdre avec l’humanité quand ils ont faim et soif sur une banquise dont les variations climatiques induites par les mêmes hommes les chassent à coups de glaces effondrées, de prédateurs impotents et d’eaux polluées. Comprend-on mieux pour autant pourquoi aujourd’hui, la plupart des états européens et les États-Unis sont face au mur de la dette. Cette fois on a rencontré un autre mur après ceux d’Hadrien, de la Chine, de l’Atlantique et de tant d’autres destinés à empêcher toute pénétration de l’étranger, qu’il s’agisse du métèque grec ou des Ottomans en Europe. De quoi est-il fait ? De tous les reproches, de toutes les fautes attribuées par une population maintenue volontairement dans l’ignorance et l’incompréhension à cet Étranger, englobé depuis peu dans un magma de la mondialisation, celle qui dépouillerait les nations de leur substance la plus vive et la plus compétente au profit de « l’autre » et au détriment du sien.

Vérités et mensonges

Certains commentateurs attribuent la situation économique et sociale aux mensonges proférés par les responsables de notre gouvernance. « C’est un véritable mensonge qu’il faut dénoncer en expliquant que cette crise de la dette a d’autres causes bien plus profondes : les états développés sont avant tout confrontés aujourd’hui à un manque de recettes budgétaires et sociales lié à une mondialisation qui nivelle tout par le bas.
Plutôt que de se polariser sur les déficits budgétaires, on ferait mieux d’analyser les déficits extérieurs qui révèlent la fuite des emplois vers les pays émergents. A force de délocaliser dans une course sans fin au moins disant social, fiscal et environnemental, les États-Unis, mais aussi les pays européens, se retrouvent avec moins d’emplois, moins de ressources budgétaires et moins de consommateurs. Pendant 10 ans, ils ont masqué cette fuite par l’endettement privé ou public. En France, et dans les pays du Sud de l’Europe, s’est ajoutée la politique suicidaire de l’euro cher qui a asphyxié un peu plus nos entreprises. Comment croire que la disparition dans notre pays, en 10 ans, d’un million d’emplois industriels, n’ait pas de conséquences sur l’équilibre de nos finances publiques et sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens ? A cela s’est ajoutée la politique de concurrence fiscale entre états, exonérant les plus riches et les multinationales de tout effort de solidarité et un secteur bancaire et financier fou qui, au lieu d’irriguer l’économie réelle, la rackette au profit d’une petite minorité. Faire croire que c’est par une réduction continue des dépenses publiques qu’on arrivera à s’en sortir est politiquement criminel.

Risques de régression sociale

Cela signifierait une régression sociale sans précédent, injuste et de surcroit inefficace économiquement. Les pays qui s’en sortent, au contraire, investissent dans l’avenir, s’appuient sur l’économie réelle, favorisent les créateurs et les inventeurs et savent bien que les récessions cumulatives n’ont jamais marché. C’est ce que nous ne cessons de répéter ici, sur Ethique-info qui cherche plus à s’attacher à la promotion de l’éthique qu’à celle des informations. Souvent masquées, elles changent de sens et de signification, quand ces instruments des nuits vénitiennes tombent et offrent une vérité insaisissable à tous ceux qui ont envie de la capter pour la rationnaliser mais aussi aux autres qui cherchent à atteindre la caverne de Platon où la lumière n’éclaire pas toujours la totalité du décor et des personnages qui sont sensés s’y trouver, pour dormir ou agir. Faire croire que c’est par une réduction continue des dépenses publiques qu’on arrivera à s’en sortir est politiquement criminel. Cela signifierait une régression sociale sans précédent, injuste et de surcroit inefficace économiquement. Les pays qui s’en sortent, au contraire, investissent dans l’avenir, s’appuient sur l’économie réelle, favorisent les créateurs et les inventeurs et savent bien que les récessions cumulatives n’ont jamais marché. Nous ne pouvons que souscrire à cette analyse. Combien de fois n’avons-nous pas encouragé sinon intimé l’ordre aux gouvernants d’investir massivement dans l’éducation, mécanisme majeur du regard vers l’avant, de la garantie souscrite pour une jeunesse plus heureuse, plus entreprenante, plus riche en inventions et en regards sur l‘avenir.

Vapeur renversée

C’est peut-être en renversant la vapeur que la locomotive prendra un chemin inverse, celui de l’optimisme et de la joie au lieu de ceux de la dépression et de la fuite vers le thanatos. Aux dernières nouvelles, on apprend que la chute boursière s’accentue, que la France est menacée de perdre la confiance des prêteurs ce qui a incité le gouvernement à interrompre ses vacances pour regagner ses bureaux, ses sièges ce qui n’avait pas été la décision initiale du Président.