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Répliques à Haïti

Indécence

Les pauvres et les riches

mercredi 20 janvier 2010, par Picospin

C’est celle de la juxtaposition de nouvelles qui, loin de s’enchainer dans une certaine logique, la rompent de façon si brutale et si dramatique qu’elle heurte les sensibilités les plus solidement défendues, sinon les cynismes les plus confortablement installées.

Comment peut-on s’attarder sur les sauvetages de vies suspendues au fil ténu des constructions en carton pâte que l’on peut voir sur l’ile de Haïti et trois secondes après les coups de raquettes échangés par des hommes bronzés, infatués d’eux-mêmes sur les courts de tennis d’Australie devant des spectateurs rivés sur leurs sièges et qui tournant la tête de gauche à droite et inversement s’intéressent plus aux trajectoires de petites balles qu’au sort d’enfants enkystés dans les gravats, à bout de souffle et d’eau, attendant que du ciel tombent des bouteilles d’eau limpides avant d’espérer qu’une adoption miraculeuse ne vienne les emmener dans un pays de blancs auquel ils devront s’habituer avant de grandir, de s’épanouir, de parfaire leur éducation et d’apprendre l’alphabet de la nature. Il ne s’agit pas de jouer aux moralistes empêtrés dans leurs contraintes, leur mission, leurs bonnes paroles, leur ton de prêcheur impénitent. Il s’agit seulement de ne pas mélanger les genres et de passer en une seconde du spectacle de la misère, du désespoir, de la destruction, de la famine à l’’opulence la plus criarde, à la compétition la plus gratuite si l’on peut qualifier ainsi des rencontres de tennis payées à prix d’or à des vedettes qui roulent en Ferrari, se pavanent dans la principauté de Monaco, s’invitent aux diner de gala et investissent leurs gains mirifiques dans des chalets suisses, des piscines luxueuses, sinon des tours monstrueuses aux bords de déserts fous. De l’autre côté, dans un monde qu’on avait presque oublié, sorti tout droit de l’esclavage, un peuple lutte pour sa survie. Après cet effort exceptionnel qui a mobilisé des bonnes volontés qu’on avait cru moribondes, il est possible qu’il soit ranimé par une nouvelle vigueur, un nouvel appétit de vivre. Pourrait-il s’y trouver engagé par les efforts accomplis au nom de la solidarité, peut-être tout simplement pas l’amour du prochain de la part des équipes venues de partout au prix d’une mobilisation totale, rapide comme l’éclair, aussi spontanée que les soubresauts d’une terre fatiguée remuée par les mouvements saccadés des plaques tectoniques essayant de glisser les unes sur les autres dans une danse de sorciers cachés au fond des mers. C’est en tout cas ce que l’on peut souhaiter à un pays depuis si longtemps abandonné et qui mérite de retrouver la liberté, la richesse et le calme d’un sol si souvent agité.