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Pour quelle raison une si longue survie ?

Indestructible Céline

Quel rôle de la perversité, de la trahison, de la haine de l’autre et de soi ?

vendredi 18 décembre 2009, par Picospin

Ce médecin plus qu’atypique continue de faire la une des journaux et de l’histoire, une certaine histoire à cause de ses frasques passées conçues, exprimées et révélées à l’occasion de la venue –quel euphémisme – des Allemands en France.

Quelle culture et quel jugement chez Céline ?

Cet écrivain avait-il une culture allemande qui lui aurait permis de s’installer confortablement dans cette civilisation réputée comme excellente, de haut niveau littéraire et scientifique mais dont notre médecin hors norme parle si peu qu’on ne sait pas vraiment ce qu’il en pense. En tout cas, il ne lâche pas prise, s’agrippe à l’histoire comme le font les griffes d’un chat dans un gilet de laine. Tout ce que l’on peut en dire, c’est se demander quelle est l’attirance des lecteurs français ou francophones pour cette littérature rabelaisienne et surréaliste qui parait séduire pour des raisons qui, malgré le passage du temps, et qui continue joyeusement à être largement publiée comme si une bonne partie du lectorat français ne savait ni ne pouvait se détacher de l’emprise de cet énergumène dont la principale raison de vivre est son antisémitisme chevillé au corps et pour cette raison décliné dans toutes les conjugaisons et à tous les temps et les modes. L’argumentation n’est pas celle de la richesse d’un Crésus.

Des attaques virulentes

Elle se borne à une virulente attaque contre les Juifs ce en quoi notre médecin romancier se rapproche de son idéologique inspirateur, le génial Führer qui ne vivait qu’à proportion de sa haine dont un esprit rationnel et dépourvu de passion ne parvient guère à saisir le ressort. Des raisons à l’acharnement contre une catégorie largement minoritaire de la population il y en a de multiples au point qu’aucune hypothèse positive n’a encore vu le jour jusqu’ici malgré la multitude des soupçons qui continuent de peser sur un inconscient obscur que même les travaux les plus approfondis de Papa Freud, père de la psychanalyse, n’a pu déceler jusqu’ici. En l’occurrence, la pauvreté hystérique du Docteur Louis Destouches, n’est pas exclue fondamentalement de son implication dans l’autre hystérie de la haine, à moins d’admettre que la haine de soi se développe parallèlement et en complément de la haine de l’autre ou des autres, soupçon qui pourrait s’appliquer à ce médecin généraliste « des pauvres » qui cherchait à les rejoindre par une empathie de nature sociologique comme on dénombre actuellement de plus en plus de gout pour le dénuement.

Dénuement et pauvreté systémique

Cette catégorisation est confirmée de jour en jour par le gout pour les termes les plus significatifs dans ce domaine que sont ceux de vulnérables, dénuement, sensibles, pour ne parler de leur complément le plus logique et le plus proche qu’est une référence comme « les restaus du cœur » en souvenir de quelqu’un qui était largement sorti de la misère mais avait gardé un souvenir pour elle au point de vouloir la combattre pour ne pas devoir s’en souvenir. Dans cette nouvelle édition des œuvres de Céline que certains considèrent toujours comme un auteur ou un romancier génial plus qu’un penseur ou un philosophe, on parle plus de réactivation que de répétition, comme s’il y avait dans ce retour aux années d’occupation une réviviscence d’un passé qui, malgré quelques inconvénients, avait pourtant de réels avantages. Pour qui, comment, pourquoi ? Cette question n’est guère élucidée par les nouveaux promoteurs, déguisés en éditeurs des « œuvres » de ce grand écrivain.

Grandeur ou haine mesquine

Sa grandeur ne réside pas comme celle de de Gaulle, par exemple, dans son opiniâtreté à dénoncer le nazisme, le fascisme ou d’autres formes de dictature mais à faire exactement son contraire. En quoi consiste-t-il si ce n’est de se vautrer dans le fait de « de replonger à nouveau dans les râlantes rafales d’une bourrique lyrique au puissant génie comique, certes, mais dont la victimisation tordue, l’atroce mauvaise foi, les sempiternelles suées d’angoisse et les roublardises rabâchées ont fait long feu ? ». On mentionne une entreprise éditoriale qui libère, élargit, les rend les sens d’une œuvre à ses variations d’infini comme à son infernale complexité. Ce dernier terme n’est-il pas trop utilisé en ces temps de confusion, de mélange des genres entre vice et vertu, liberté et pression sociale, directoriale, course au rendement à n’importe quel prix ? On disait déjà de Mitterrand que c’était un personnage « complexe » qui naviguait à vue entre une origine ancrée à droite, un cœur parfois à gauche et un fantastique appétit de pouvoir qu’il voulait exercer par la littérature plus que par des connaissances approfondies dans les domaines majeurs pour un chef d’état de l’économie, des finances, sinon à un moindre degré de la philosophie politique. "Peut-on gouverner par et avec des livres" est un débat qui peut en réjouir certains, ceux qui se sont laissés accrocher par l’enseignement du Français, cette langue dont on parle tant depuis qu’on la parle et l’écrit si mal et si peu.

Un délire

Nul doute que notre critique littéraire manifeste une sérieuse tendance à vouloir se vautrer dans un « odieux délire biologico-raciste qu’à défaut de pouvoir lire ou relire dans les fameux pamphlets toujours interdits de réédition, le lecteur trouvera ici ». Pour preuve de cette inspiration de portée exceptionnelle, on n’hésite pas à évoquer « une œuvre cataclysmique et convulsée qui s’est hissée à la hauteur de ce "moment où l’atroce n’est plus qu’une distraction comme une autre", à savoir : l’histoire du XXe siècle révélée à travers la saisie de l’espèce humaine comme pathologie incurable nécessitant une nouvelle poésie. » A-t-on réellement besoin d’explorer le vivant intelligent doté d’un cerveau pervers et d’une âme pernicieuse et démoniaque, à la limite de ce que peuvent construire des neurones en réseaux qui seraient alimentés par le sang des serpents pour s’autoriser à admirer et à trouver un sens caché, fantastique ou magistral à des sentences comme celle-ci "Tout est déjà dans l’air il me semble. J’ai ainsi vingt châteaux en l’air où je n’aurai jamais le temps d’aller. Quand je m’approche de ces châteaux il faut que je les libère, les extirpe d’une sorte de gangue de brume et de fatras... que je burine, pioche, creuse, déblaye toute la gangue, la sorte de coton dur qui les emmaillote. Je ne crée rien à vrai dire. Tout est fait hors de soi - dans les ondes je pense..." Heureusement que pour nous et pour notre équilibre psychique, vacillant sous l’influence de la clique nazie inspirée de Wagner ou d’Heidegger, dans un dernier aveu a été confiée cette phrase "Il faut une certaine assurance spirituelle pour ne pas se perdre au milieu des hommes et des choses", corrobore Céline qui la possédait en diable.

Conclusion

"Boum ! Amen !" On dit que la littérature française est une des plus riches du monde. Pourquoi, dans ces conditions, est-il nécessaire sinon indispensable de recourir à la lecture, l’analyse, l’étude approfondie d’un écrivain pervers qui a cru bon de manifester son existence par le jet d’une opprobre d’une rare violence contre un groupe d’individus déjà persécuté à mort par des ennemis de la France et d’autres pays jouant dans la cour des monarchies, des démocraties aussi bien que des tyrannies ?