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Comment résoudre ce problème ?

Inégalités et niveau moyen des études en France

Que faire pour améliorer la situation ?

dimanche 19 décembre 2010, par Picospin

Tous les 3 ans depuis 2000, l’OCDE publie un classement de son Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA). Il évalue le niveau des élèves de 15 ans dans les 34 pays de l’OCDE et chez des partenaires qui souhaitent y participer, en se fondant sur trois domaines :
1. la compréhension de l’écrit,
2. la culture mathématique
3. la culture scientifique.

Le dernier test Pisa, publié la semaine dernière, a été réalisé en 2009 dans 65 pays (contre 57 en 2006), auprès de 470 000 élèves, dont 4 300 français. La France, tout en restant dans la moyenne des pays de l’OCDE, chute de la 12ème à la 18ème place en compréhension de l’écrit, passe du 13ème au 16ème rang en mathématiques, et reste stable en ce qui concerne la culture scientifique (les élèves français se classent 27èmes ; ils étaient 25èmes en 2006).
Le classement Pisa met en évidence de fortes disparités.

Elèves en difficulté

La France se caractérise par une très forte proportion d’élèves en difficulté (19,8 %, soit 2 fois plus qu’en 2000), c’est-à-dire d’élèves qui peinent à comprendre un texte simple et à en extraire des informations, ainsi qu’à effectuer des calculs élémentaires. Le nombre d’élèves excellents augmente très légèrement, et le nombre d’élèves moyens diminue.

Origine des élèves

L’origine sociale et ethnique des élèves détermine 28 % de la variation dans les performances, contre 22 % pour le reste des pays de l’OCDE. Les élèves issus de la première génération de l’immigration ont au moins deux fois plus de risques de faire partie des élèves les plus en difficultés. Enfin, le rapport constate que l’échec scolaire touche d’abord les garçons, et que la discipline s’est dégradée, même si les relations entre professeurs et élèves se sont améliorées. Un expert à l’OCDE, résume les conclusions du rapport de la manière suivante : « le système français est de plus en plus dichotomique, avec une augmentation des élèves en échec scolaire qui ont peu de chance d’obtenir le bac. Il est sauvé grâce à son élite, mais les inégalités sociales continuent d’augmenter ».

Que faire ?

Parallèlement, le cabinet McKinsey a publié une étude sur « les clés de l’amélioration continue des systèmes scolaires », qui s’intéresse aux recettes des systèmes scolaires de 27 pays jugés performants, à travers l’analyse de plus de 600 réformes depuis trois ans. Ce rapport montre que les systèmes éducatifs les plus performants, dont la France, s’améliorent principalement grâce à des mesures de renforcement des méthodes de travail sur le terrain. A l’inverse, les systèmes éducatifs les moins performants s’améliorent principalement grâce à des initiatives dictées par les administrations centrales. Le cabinet constate qu’il est possible pour un pays de progresser en 6 ans et qu’il faut pour cela utiliser des leviers adaptés au stade d’évolution du système éducatif. Pour McKinsey, la France peine à passer de l’échelon « bon » à « très bon ».

Développement professionnel et pratiques pédagogiques

Elle doit en priorité « renforcer le développement professionnel des enseignants et leurs pratiques pédagogiques sur le terrain » et développer les capacités d’initiative des rectorats et des établissements. Luc Chatel a annoncé un « plan sciences » pour début 2011, tandis que le Parti Socialiste a fustigé « l’échec de la droite ». Pour 2011, le budget de l’Education nationale est de plus de 60 milliards d’euros.

Quels niveaux ?

La France se situe dans la moyenne des pays européens avec cependant de fortes disparités et des élèves en grande difficulté. L’échec scolaire touche plus les garçons que les filles. Le niveau moyen du pays est sauvé grâce aux performances de ses élites. Les systèmes les moins performants sont issus des initiatives des institutions. Plus le niveau des diplômes est élevé, meilleur devient le niveau de vie de la population à cause des performances élevées des professionnels. La France n’a pas obtenu un niveau catastrophique dans cette étude mais la tendance glisse de plus en plus vers une moyenne sinon une certaine médiocrité même si le résultat des évaluations en maths reste acceptable. Le mauvais climat entre professeurs et élèves ne favorise ni un apprentissage performant ni une atmosphère propice à la captation des contenus des programmes. Grâce à des innovations ou à des modifications qui ne ressortissent pas toutes à une révolution, certains pays ont pu, en peu de temps, redresser le niveau de leurs élèves.

Objectifs de l’éducation

L’éducation doit devenir ou tendre à aboutir à un métier collectif, décentralisé, attractif. Dans ces adaptations au monde moderne de plus en plus compétitif Attention au collège unique, trop illustre et de moins en moins efficace. Les élèves faibles et moyens sont les plus mal traités dans le seul pays qui pratique le redoublement. Dans les programmes de rénovation de l’enseignement, il faut attacher du prix à ce que la lutte contre les inégalités scolaires soit promue au premier rang car c’est la condition indispensable à l’élévation du niveau des élèves moyens. L’école de Jules Ferry, si glorifiée, était enfoncée dans l’élitisme. Les sociétés les plus égalitaires sont celles qui le sont le moins à l’école. Il faut garder la possibilité de former des élites car l’éducation est une question centrale dans chaque pays. L’évaluation est importante mais il faut l’étendre aux profs et à la critique positive des méthodes pédagogiques malgré les réticences des professionnels.

Travail pédagogique

Le travail pédagogique doit être organisé autour d’une responsabilité collective quitte à ce que ce brutal changement d’organisation soit assimilé à une révolution. Les réflexions sur les rythmes scolaires, devenus principal sujet de préoccupation des élèves des enseignants et des parents d’élèves sont privilégiées dans le secondaire plus que dans les autres sections de l’enseignement. Le problème est d’autant plus complexe qu’il est essentiellement lié aux préoccupations et aux intérêts individuels, collectifs, voire catégoriels des groupes impliqués dans la vie de l’école. Les heures de classe consacrées réellement et effectivement à l’enseignement ne représentent pas la même charge de travail et d’implication entre celles de l’agrégé et d’un petit débutant. Les thèmes du respect des disciplines, de la sévérité ou de la confiance sont inégalement appliqués dans les diverses cultures et paraissent indépendants des résultats affichés dans l’enquête PISA si l’on en croit les rangs obtenus respectivement par la Corée et la Finlande qui suivent deux systèmes opposés.

Discordances

Ces discordances ne doivent pas autoriser de la part des responsables le moindre affranchissement des résultats et conclusions tirées de PISA. Il faut au contraire tenir le plus grand compte de l’enseignement à tirer de cette étude dans le sens de la diversification, de la formation d’une élite, tout en se débarrassant au plus vite de la « constance macabre » de la catégorie d’élèves condamnés à échouer et en élevant le niveau moyen de qualification des individus pour en pousser le maximum vers le haut.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’efficacité de l’enseignement est une valeur absolue dans le cadre de ce qui apparait comme plus productif, plus performant et plus compétitif et de ce fait revêtirait une valeur sacrée ?

2. Est-ce que cette tendance est compatible avec uns signification dérivée du mysticisme, de l’irrationnel, du mystère, toutes notions qui sont conjointes de l’incompréhension et du sacrilège de vouloir comprendre ?

3. Est-ce qu’au contraire le sacré n’est pas lié à l’arbitraire, qui détruit l’autonomie et bafoue les valeurs éthiques les plus certaines comme peuvent l’être les sacrifices, l’expiation sinon la descente aux enfers ?

4. Et si l’on prenait comme référence la signification de l’éducation qui n’a que faire du sacré et dont la tâche serait celle de délivrer l’homme, d’effacer en lui ce qui reste de peurs inexplicables, de culpabilité irrationnelle ou de crédulité fanatique ?


D’après l’émission de France Culture "l’Esprit Public" de Philippe Meyer (19 décembre 2010)