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Ballade irlandaise

Injustice, mal et malheur infligés à l’Irlande ?

Qui triche ? Qui en assume les conséquences ?

vendredi 20 novembre 2009, par Picospin

C’est ce que tentent de faire accroire tous ceux qui ont un intérêt évident à ce que les choses se déroulent ainsi et passent sans laisser ni traces ni mémoire ni même traçabilité comme on dit dans le langage moderne.

Justice et dignité ?

Heureusement pour la justice et malheureusement pour la dignité et la crédibilité de la France, les choses ne se déroulent pas de cette manière. Les enjeux du football ne sont plus depuis longtemps une partie de cartes sous l’œil goguenard de Marius, César ou Fanny mais constitue un enjeu qui, d’après les avis les plus autorisés en économie contient des conséquences lourdes pour les communautés qui sont impliquées dans cette joute mobilisant de fortes sommes d’argent, et qui requiert des investissements considérables, portant au sommet des donjons, les oriflammes, les symboles des nations. Dans l’affaire qui nous préoccupe, nous ne sommes pas les seuls à réagir avec une certaine conviction, sinon une certaine violence, tant les conséquences de l’injustice subie par les joueurs Irlandais paraissent importantes pour tout un peuple dont le rapport au sport du football, à l’implication de la nation, à sa fierté vis-à-vis de ses voisins britanniques implique plus qu’une reconnaissance d’honneur et de dignité.

Un peuple a faim (autrefois de pain, aujourd’hui de justice)

Beaucoup de Français ne s’y sont pas trompés qui connaissent un peu l’histoire de ce peuple, jadis torturé par la famine, obligé de s’expatrier avant de retrouver plus récemment un peu de bonheur sur une terre rude, balayée par les vents et les écumes des océans, grâce à sa volonté, son labeur, son courage, ses convictions et son obstination dans un environnement qui ne lui a pas toujours été aussi favorable que le royaume franc devenu république par une révolution qui a servi de modèle à l’histoire et aux peuples maintenus dans la stricte observance de règles désuètes. Lisez à ce sujet ce qu’écrivent des journalistes et penseurs et non des moindres dans la presse française : « La faute d’Henry provoque un malaise au sommet de l’État. Les Irlandais veulent rejouer le match et les politiques s’en mêlent. » Comment un match de football se prolonge-t-il sur le terrain diplomatique ? En arrachant sa qualification pour le Mondial 2010 sur un but entaché d’une main, l’équipe de France a déclenché une incroyable affaire d’État. Le président français, bottant habilement en touche, a refusé, en marge du Conseil Européen de Bruxelles, de s’associer à la demande du Premier Ministre irlandais de faire rejouer le match de barrage France-Eire. « Vous allez encore dénoncer l’hyperprésident », a-t-il plaisanté. « J’ai dit à Brian Cowen combien j’étais désolé pour les Irlandais. Mais ne me demandez pas de me substituer à l’arbitre, aux instances du football français, aux instances du football européen : laissez-moi à ma place », a poursuivi le chef de l’État.

Opinions

Le premier ministre français avait déjà estimé que ce n’était « ni au gouvernement français ni au gouvernement irlandais de s’immiscer dans le fonctionnement de la Fédération internationale. La FAI avait par ailleurs sollicité l’appui de son homologue française, en lui intimant de « se regarder en face », afin de faire aboutir sa démarche. La FFF n’a ajouté aucun commentaire. Malgré la pression des autorités irlandaises, il paraît impossible que la requête aboutisse. Mais, mercredi soir au Stade de France, l’arbitre suédois Martin Hansson n’aurait commis qu’une erreur d’appréciation et non d’application du règlement. La polémique entourant la tricherie assumée de Thierry Henry n’a pas manqué d’enfiévrer la classe politique française. Pour certains élus, la France s’est couverte de honte. « Cette victoire est volée. Raymond Domenech devrait exprimer des regrets publics », a tonné Philippe de Villiers. Jean-Marie Le Pen juge que « légalement la France a gagné, mais sportivement elle a perdu ». Trois députés UMP membres du groupe d’amitié France-Irlande ont eux réclamé que ce match « honteux » soit rejoué. François Hollande estime pour sa part qu’il s’agit d’un « incident grave sur le plan de l’éthique sportive ». François Bayrou conclut : « Dans un monde idéal, il faudrait rejouer le match. Mais le monde n’est pas encore idéal. »

Tristesse, déception, grisaille

Plus loin, dans « slate » : Jacques Attali écrit : « On parlera longtemps de ce match d’hier et chacun ira de son commentaire. Je dirai ici seulement qu’il est triste de voir le seul survivant de l’équipe couverte de gloire en 1998 accepter de qualifier son équipe sur une main. Il le savait. Il ne l’a pas dit à l’arbitre, qui aurait dû le lui demander. Après l’acte inqualifiable de Zidane à Berlin, voici l’acte malhonnête de Henry, à Paris. Le football se discrédite. Des gens qui devraient être des modèles disent ainsi aux jeunes : il faut frapper quand vous êtes insultés ; il faut tricher quand vous n’êtes pas pris. C’est honteux. Et que dire d’un entraîneur qui ose dire qu’il n’a rien vu et qu’il ne veut rien avoir vu. Aujourd’hui, je me sens Irlandais. Non seulement parce qu’ils ont perdu de façon si injuste, mais parce qu’ils ont très bien joué, qu’ils n’ont pas protesté outre mesure devant le scandale et que leur entraineur italien, avec un "fair play" magnifique, a seulement regretté que l’arbitre n’ait pas posé la question à Thierry Henry (« qui aurait "évidemment, dit-il, reconnu sa faute si on le lui avait demandé").

Injustice et mépris ?

Je me sens Irlandais, parce que ce peuple magnifique, uni dans la défaite comme il l’eut été dans la victoire, est privé d’un avenir ludique, qu’il méritait mieux que la lamentable équipe de France. Ce match sera oublié. La France ira en Afrique du Sud. Elle gagnera peut-être la coupe du monde. Il n’empêche. Je soutiendrai, désormais, l’équipe d’Irlande. A moins que les dirigeants du football français aient le courage d’exclure à vie de l’équipe nationale ceux qui lui ont ainsi fait honte. Naturellement, ils ne le feront pas. Trop d’argent, trop d’égo sont en jeu. »

Questionnement :

1. Peut-on estimer que le capitaine de l’équipe de France, pour « sauver son pays » ait volontairement joué de la main pour qualifier son équipe en perdition, avec ou sans l’approbation, sinon les encouragements de son staff y compris son coach et/ou des membres du gouvernement ?

2. Dans cette perspective, ces personnes auraient pu parier sur le hasard que l’arbitrage, impliqué ou non, se soit aperçu ou non de cette malhonnêteté, laissant alors à ce même hasard de décider de l’opportunité d’un aveu de tricherie ?

3. Sans exagération et sans parler d’affaire d’état, peut-on simplement affirmer que la moindre honnêteté, la moindre droiture, tellement encensées par le chef de l’état pour glorifier les valeurs en lesquelles croient les Français eut exigé que se dévoilent et s’excusent les auteurs et inspirateurs éventuels de ce geste ?

4. Est-il digne, intelligent, circonspect de mettre sur le compte d’un arbitrage incertain la responsabilité et la culpabilité d’une décision manifestement injuste que tout un stade et des dizaines de photographies ont pu voir et enregistrer, seulement en raison du fait qu’il n’y a pas eu une seule faute mais plusieurs en saccades ne seraient-ce que les positions de hors jeu de deux joueurs et la main parfaitement visible et photographiable du capitaine de l’équipe de France.

5. N’y avait-il qu’à observer l’air contrit de ce joueur à la fin du match pour étayer les soupçons de mauvaise conduite, à la sortie de l’agglomération de joueurs trop près du gardien de buts et des buts de l’Irlande ?

6. Connaissant la situation de l’Irlande, concurrent si proche par les échanges sportifs, commerciaux et politiques, sinon spirituels, n’y avait-il pas un geste à faire en faveur de l’équipe défavorisée pour la soutenir dans l’injustice ?

7. N’était-ce pas présumer de l’excellence d’un comportement éthique de la part de personnes en charge de la gouvernance sportive, culturelle et politique pour leur imputer l’hypothèse d’un tel comportement ?