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Interdire de vivre ou vivre et mourir ?

mardi 8 janvier 2008, par Picospin

C’est dans cette perspective que Sandrine Blanchard, journaliste du « Monde », (6.1.08) quotidien bien pensant de la bourgeoisie éclairée par les derniers rayons des lumières qui nous parviennent encore du 18è siècle, analyse l’entrée en vigueur des dernières lois concernant les bonnes conduites sanitaires des Français.

Mauvaises fréquentations

Elle tente de dénicher leurs mauvaises fréquentations dans les endroits les plus improbables, ceux qui assuraient autrefois les occasions de rencontres, d’échanges, de discussions. C’étaient des lieux de paroles, des sites de convivialité fréquentés régulièrement par des clients heureux de se retrouver autour d’un verre fut-il d’alcool, d’un tapis de cartes sur lequel étaient jetées rageusement les cartes de la belote sous l’œil perspicace et le regard scrutateur, la parole acerbe d’un César surveillant son Marius pour l’empêcher, - déjà – de fauter. Ces moyens de communication étaient faciles à pratiquer, à mettre en œuvre, à initier sous l’œil bienveillant et accueillant d’un patron de café, prompt à nouer son tablier autour de sa taille épaissie par les excès de la table.

Le profane et le sacré

C’est justement de ce problème, mis en relief par la nécessité de ressembler à tout le monde, aux modèles offerts par la société du spectacle, qu’il est nécessaire de réfléchir, à la lumière des règlementations de plus en plus nombreuses et strictes, concoctées par les législateurs appliqués à restreindre la liberté après l’avoir élevée au niveau d’une sacralité devant laquelle on était prié de s’incliner en mettant un genou à terre. Notre journaliste de combat, appliquée à démêler le vrai du faux, l’intérêt collectif de l’intérêt individuel, les inconvénients et risques du tabac des ravages cachés de l’alcool, se livre à un historique scrupuleux des modalités de lutte contre ces deux fléaux, le premier devenant une cible privilégiée face au second. Il est possible que ce dernier bénéficie des faveurs de certains lobbys enclins à vanter davantage les bénéfices du bon gout, de la saveur, de la robe, du parfum des vins de qualité face aux risques du tabagisme qui envoie rapidement ses adeptes au tombeau après être passé par les fourches caudines des centres de cancérologie les mouroirs des soins palliatifs.

Informations

Profitant de l’avantage acquis par des campagnes d’information, de suggestions, d’interdictions, de recommandations itératives et menaçantes, les autorités qui nous protègent par les armes des risques encourus par tous les excès et empoisonnements qui nous menacent, les interdictions foisonnent, guident notre vie restreignant chaque heure un peu plus l’espace de liberté, de libre arbitre, d’autonomie qui construit puis constitue l’être humain. Devant ce constat ou cette menace, les gens prennent peur avant d’être étranglés et angoissés par la multitude des informations qui leur sont distillés chaque jour pour les prévenir des dangers qu’ils courent à se laisser tenter par des gouts, des sensations, des plaisirs, des inclinations gérées par la physique ou la chimie, ou plus simplement par la tradition laissée par leurs antécédents, leurs géniteurs ou leurs éducateurs.

Recommander ou ordonner ?

L’article se termine par des recommandations pleines de sagesse où l’on reconnait le désir de l’équilibre, de la sagesse, du juste milieu sauf dans les cas où cette sortie est interdite. C’est celle qui provient des renseignements offerts par les enquêtes épidémiologiques sur la dérive mortelle de l’alcoolisme quelle que soit sa sévérité sinon celle du tabagisme même le plus passif. Dans la dernière phrase, il est question de nous adapter à nos habitudes « en toute liberté » mais en toute connaissance de cause. Ensuite, c’est le désert, l’absence de tout conseil, de toute recommandation sur les pratiques, comme si on avait voulu retirer d’une main, celle de l’obligation ce qui venait d’être donné de l’autre avec autant de générosité

Questionnement éthique :

1. Le fait de vivre en permanence sous un autoritarisme qui ne cesse d’autoriser, d’interdire, de flatter ou de condamner ne risque-t-il pas d’enlever au sujet toute initiative, toute décisions volontaire et d’en faire un robot au service d’une collectivité de plus en plus exigeante et d’une autorité de plus en plus répressive ?

2. Est-il judicieux de trop interdire et de restreindre l’espace de liberté jusqu’à ne plus laisser de marge de manœuvre ?

3. Comme cette dernière a nom liberté, est-il légitime de l’appliquer à l’homme même - et surtout - si c’est pour son bien ?

4. Est-ce que le droit ou science des limites, s’est réellement mis au service des revendications par le sujet tout puissant de ses désirs et besoins, par essence, illimités ?
5. Est-il vrai que la techno science permet au sujet de se reconstruire en objet technique à l’aide de matériaux disponibles ?

6. Est-ce que de ce fait la personne devient sujet et objet ce qui constituerait la structure mentale de l’esclavage ?