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Que veulent les Français ?

Interrogations de la France sur l’Europe à la veille d’en prendre la présidence

Des sondages contradictoires

mercredi 25 juin 2008, par Picospin

Alors qu’elle s’apprête à assurer la présidence tournante de l’UE, la France reste l’un des pays les plus pessimistes d’Europe puisque à 61 % des Français jugent que les choses vont dans la mauvaise direction dans le pays, un score qui la place en queue du_ peloton européen, à égalité avec l’Italie, et juste devant la Grande-Bretagne (63 %) et la Hongrie (79 %), alors que la moyenne de l’UE est à 45 %. Selon ce baromètre des humeurs des 27 pays de l’Union, réalisé tous les six mois pour la Commission, ce pessimisme se nourrirait essentiellement de la vision française de l’économie.

Mauvaise situation économique

72 % des Français jugent que la situation économique est mauvaise, contre 49 % des Européens et 14 % seulement des Irlandais, qui viennent de voter non au référendum. 81% des Français jugent négativement la situation de l’emploi, préoccupation pourtant désormais devancée par la question du pouvoir d’achat. Très hostiles à la mondialisation, nos compatriotes la jugent menaçante pour l’emploi dans une proportion de 66 %, contre 25 % qui la voient comme une opportunité pour nos entreprises. Les Français à 60 % pensent que l’Europe ne les protège pas assez contre cette libéralisation des échanges qui reste perçue comme le mal absolu. Ce jugement absolu et sans doute outrancier est une spécificité du pessimisme français comme l’a souligné le directeur général de la Sofres, tandis que le vice-président de la Commission européenne, le Français Jacques Barrot, se disait « stupéfait de constater à quel point les Français sont fâchés avec l’économie dont la connaissance constitue pourtant un problème majeur, car s’ils ne réagissent pas rapidement à ce déficit d’intérêt et de priseen compte d’un des aspects fondamentaux de la vie en société, ils iront de déception en déception. Jacques Barrot s’est inquiété de cette amnésie française, qui fait oublier que « sans l’euro, nous aurions déjà subi plusieurs dévaluations et des prix bien supérieurs à ceux qui sont affichés actuellement." Il espère c ependant que l’avancée des réformes devrait permettre de retrouver le goût du risque fortement entamé par le mythe du plombier polonais qui a fait beaucoup de mal. Notre responsabilité est de le clamer bien haut. Des habitants de la Haute-Loire qui ont fini par investir en Roumanie s’en portent très bien.

Désaffection rampante

Les chiffres présentés hier sont jugés d’autant plus inquiétants qu’ils semblent traduire en filigrane une désaffection rampante pour l’Europe. Moins de la moitié de la population française pense que faire partie de l’Union européenne est une bonne chose pour le pays, alors qu’en Irlande et aux Pays-Bas, les deux autres pays à avoir également voté non lors d’un référendum sur la Constitution, ces taux s’élèvent respectivement à 75 et 73 % des citoyens. Seulement 29 % des Français pensent qu’ils vivent dans un pays plus prospère à cause du seul fait d’appartenir à l’Europe. Paradoxalement, l’attachement à 57 % à l’UE vient rééquilibrer ces chiffres, traduction d’un certain pessimisme sinon d’une certaine désaffection. Ils révèlent des fragilités dans le domaine de la réflexion sur la démocratie et l’absence de projet mobilisateur, capables de réparer la panne idéologique européenne. Inquiet par les résultats d’un sondage plutôt négatif pour l’avenir et par le non irlandais qui a ratissé large dans la jeune génération, le représentant français auprès de la Commission européenne évoque la nécessité de faire naître des sentiments d’affection et de fierté vis-à-vis de l’Europe par l’utilisation renforcée des programmes universitaires d’échanges Erasmus. Le président de la Fondation Robert Schuman juge qu’il s’agit là d’un défi politique majeur, car le risque est grand d’aller vers une remise en cause du projet européen qui, s’il n’est pas suffisamment réactivé et soutenu, est susceptible de s’éroder sur une ou deux générations. A cette réflexion, un lecteur du Figaro ajoute : « L’éducation Nationale, depuis trente ans, a surtout brillé dans son inventivité à créer des générations de radieux et progressistes analphabètes.

Hommages à Erasmus, le programme d’éducation de l’Europe

Erasmus fut une idée magnifique, qui rendait hommage, dans son titre même, à l’éternelle circulation des hommes et des idées, sur notre continent. La construction européenne, là, a évidemment montré le meilleur d’elle-même. Quant au reste, à présent toute occupée à la destruction des services publics, bureaucratie monstrueuse et simple cheval de Troie d’une conception anglo-saxonne de la société, où l’homme est écrasé par le marchand, franchement, cette Europe-là, je l’apprécie beaucoup moins... On est un peu loin de l’humanisme latin. » : Erasmus, beaucoup de pays étaient plutôt contre en 1984. La France n’avait accepté que du bout des lèvres cette idée de bourses pour envoyer quelques centaines d’étudiants à l’étranger. De quoi voulait se mêler cette Europe ? L’éducation nationale française n’était-elle pas la meilleure du monde ? Aujourd’hui, les gens sont pour. Les choses peuvent changer avec le temps. Erasmus, oui, bien sûr, mais la Turquie, non, mille fois non. Voilà toute l’ambiguïté de l’Europe concoctée à Bruxelles. L’Europe intellectuelle a toujours existé. Celle des marchands est terrifiante car leur seule patrie est celle de leurs profits. Cela vous étonne-t-il de voir du travail moins bien payé, une protection sociale affaiblie que nous a apportée l’Europe, je vous le demande, des représentants plus préoccupés par eux-mêmes que par l’intérêt général. Monsieur Barrot en est l’illustre exemple d’Eurocrate doré. Les commentaires des autres publications sur les résultats de ces sondages ne sont pas tendres si l’on prend pour exemple celui lancé par « Le Figaro » cité dans l’article ci-dessus et qui titre : « le non gagnerait encore" samedi matin, et "Les Français diraient oui à 56%" le soir sans s’étonner de la contradiction qu’un autre journal le « Journal du Dimanche » avait déjà relevé la veille.

Questionnement :

1. Est-ce que le résultat de ces sondages ne suggèrent pas un certaine instabilité des opinions, des positions, des convictions de personnes intérrogées ?

2. Quelles peuvent en être les causes ? A l’intérieur comme à l’extérieur du pays ?

3. Est-ce que l’instabilité inhérente à la démocratie, qu’elle soit nationale ou internationale dans les cadre de l’espace européen, n’est pas susceptible de provoquer le mécontentement, les réponses négatives, le scepticisme de la part des états membres de cette communauté surtout pour les nations qui en ont rejeté la constitution sinon l’appartenance ?

4. Parmi les causes de l’instabilité des démocraties proposées par Raymond Aron, quelles sont celles qui vous paraissent les plus pertinentes ? : 1. la concurrence pacifique pour le pouvoir ; 2. l’organisation du mécontentement, insufflé par l’opposition écartée du pouvoir ; 3. la dissociation entre la puissance sociale et le pouvoir politique des gouvernants ; 4. la nécessité pour deux groupes rivaux de maintenir l’intensité des querelles à un niveau acceptable pour que les conflits soient réglés pacifiquement.

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