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Qui a agi au-dessous de la surface terrestre au Chili ?

Intervention de Dieu ou des hommes ?

Y a-t-il des victimes ?

jeudi 14 octobre 2010, par Picospin

Peut-être toutefois à l’exception de certains mineurs moins débrouillards que d’autres et qui n’auront pas eu le temps ni l’opportunité, ni la roublardise de vendre à prix d’or des récits qu’ils n’auront pas écrit faute d’avoir reçu l’instruction pour accomplir cette prouesse. En tout cas, les voici tous sains et saufs, après un séjour forcé dans ce qui s’appelle désormais une nacelle dont on ne connaît ni les spécifications, ni les caractéristiques techniques, ni la conception ni les fabricants.

La nacelle

C’est d’autant plus regrettable que ce véhicule spécial - aussi étroit qu’une "nacelle" d’un vieil immeuble parisien - pourrait encore être mis eu service pour d’autres accidents du même type et servir à sauver des vies humaines ou à défaut à en accélérer le sauvetage et à l’assortir de conditions plus favorables, plus confortables et plus sures. Plus de 2.000 journalistes ont accouru pour le "happy end" de cette saga souterraine sans précédent qui a fait la une des médias du monde entier. En deux mois, les "33" sont devenus des vedettes planétaires. Dernier exemple en date : Edison Pena, fan d’Elvis Presley, a été invité avec un être cher à Graceland, l’ancienne résidence du "King" transformée en musée à la gloire du rocker américain à Memphis. Ils seront aussi reçus comme des héros à Copiapo. Mercredi soir, des milliers de personnes ont bruyamment fêté leur retour à la surface sur la place principale de cette ville-dortoir de 150.000 habitants.

Secours religieux

Dans cette affaire, même la religion s’en est bien tirée en raison de l’inclinaison naturelle et traditionnelle de la communauté chilienne pour le catholicisme, en cela encouragé par un Pape qui veille au grain et qui protège de loin un pays si cher à son cœur depuis que les Espagnols sont passés par là, il y déjà quelques siècles. Ce n’est pas parce que tout est plus beau, plus illuminé, plus ensoleillé dehors que dedans que la transparence dans cette affaire a pris le pas sur l’obscurité des relations humaines régnant à l’intérieur de l’entreprise. Non pas celles qui furent et se développèrent entre les salariés de l’entreprise qui ont failli rester au fond définitivement mais ceux qui ont pu rester dehors, bien abrités par leur statut social, financier et hiérarchique et qui tentent de se confondre en plates excuses après que le pire eut pu survenir mais ne s’est pas produit grâce au dévouement, à l’imagination et au « care » de quelques-uns. Le malheur est qu’on peut s’attendre à ce qu’une telle situation se reproduise sans que nécessairement l’issue en soit aussi heureuse et que la chance – sans en connaître les secrets de fabrication – se penche toujours du côté des mêmes. La loi des probabilités pourrait bien inverser l’ordre des préférences et changer plusieurs fois d’élu. ».

Une mine dangereuse

Tous savaient que la mine était dangereuse. Elle avait déjà fait trois morts et son taux d’accidents était élevé. Les autorités l’avaient fermée en 2007 pour manquements aux normes de sécurité. Elles l’avaient rouverte en 2008 sans que rien ne soit réglé. « Pour moi, il n’y a pas de doute, lance Sergio, il y a des histoires de corruption. Ce n’était pas possible qu’ils la rouvrent dans cet état ! » Il manquait une voie de secours, ainsi qu’une échelle dans une cheminée d’aération. L’échelle qui a justement fait défaut aux 33 mineurs alors qu’ils tentaient de s’échapper. « Au lieu de sortir la roche inutile de la mine, ils demandaient qu’on l’entasse à l’intérieur pour éviter des allers et retours de camions, ce qui voulait dire un gain de temps et d’argent. Au lieu de sortir l’eau également, ils la laissaient. Tout cela a fragilisé les piliers de la mine. » Tous connaissaient ces risques. Ils restaient faute de mieux. « Ma semaine de repos, comme tous mes collègues, je la passais à chercher un emploi ailleurs. »

Menaces de chômage

Sergio avait quitté la mine il y a quelques années parce qu’il avait peur d’y laisser sa peau : « Je suis resté deux ans au chômage. A 50 ans passés, c’est dur de trouver du travail ! » Il est revenu à San José. « C’était financièrement intéressant, reprend-il, parce qu’ils avaient largement augmenté les salaires, passant de 150 000 pesos à 400 000 pesos [de 235 à 627 euros, ndlr], pour éviter le turnover. Du coup, ceux qui restaient travailler ici, c’étaient les plus durs. » Sans doute, celui qui a le plus profité de cette aubaine est bien le pouvoir où que l’on place le principal point d’impact entre le gouvernement et le Président de la République dont, paraît-il, les sondages étaient au plus bas au moment où l’accident transformable en catastrophe est survenu. On vous avait bien dit que c’était une sacrée aubaine.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’entreprise dans laquelle est survenu l’éboulement au Chili est en accord avec les principes définis par l’Ecole de Chicago selon lesquels l’entreprise n’aurait que le seule responsabilité d’utiliser ses ressources et de s’engager dans des activités visant à augmenter ses profits dès lors qu’elle respecte les règles du jeu qui consistent à s’engager dans une concurrence libre et ouverte, sans tromperie ni fraude ?

2. L’entreprise a-t-elle une une responsabilité envers la société qui s’appelle la RSA ou "responsabilité sociale d’entreprise ?

3. Est-ce que cette vision de l’entreprise moderne correspond à celle de la place de l’entreprise dans l’environnement économique, écologique et sociétal ou comme une institution économique nouvelle en cours d’expérimentation ?

4. Est-ce que les entreprises peuvent fonctionner selon le principe d’une opposition entre intérêt général et opinion publique ?