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Un résultat surprenant ?

Irlande et Europe Ou : Avenir et Démocratie

samedi 14 juin 2008, par Jean-Claude Cusset, Picospin

Ceci étant, rien ne sert de vouer aux gémonies le petit peuple irlandais pour l’expression franche et entière de sa mauvaise humeur (et pourtant, que ne dit on sur l’ingratitude de ce peuple, qui a très bien -et c’est heureux- profité de son adhésion à l’UE, et qui maintenant paraît refuser la solidarité européenne. Ingratitude ou… simple égoïsme des peuples, comme le dit Cohn-Bendit ?).

Critiques acerbes

En 2005 les critiques contre les votes négatifs français et néerlandais n’ont jamais été aussi acerbes ; pourtant ce fut bien aussi un coup d’arrêt dans la construction européenne. J’avais à l’époque émis deux idées : d’abord que le référendum permettait une expression démocratique des opinions, et qu’il fallait donc respecter ces opinions contraires. C’est encore le cas avec le référendum irlandais ; seulement que les Irlandais, environ 4 millions sur 490 millions d’européens, puissent ainsi bloquer l’ensemble du système, cela laisse rêveur sur le fonctionnement de la démocratie dans un tel ensemble. Mais ce n’est pas un problème nouveau ! Ce qui est en cause c’est le mécanisme de décision, et la règle de l’unanimité jusqu’ici pratiquée, dans l’intérêt des plus petits en particulier ; il est évident que l’unanimité avec 27 pays et près de 500 millions d’habitants, c’est un objectif impossible à atteindre, et, il est vrai, dépourvu de sens dans un système démocratique.

Un bon traité ?

Le traité de Lisbonne apportait, entre autres, de nouvelles règles de décision visant à pallier cette difficulté, malheureusement c’est justement le traité de Lisbonne qui est rejeté ! J’ose espérer qu’il y aura de bons constitutionalistes et de non moins bons diplomates pour nous sortir de ce cercle vicieux ; ce ne sera pas facile. L’autre idée était que si Français et Néerlandais avaient voté contre en 2005 – et cela reste vrai pour l’actuel vote irlandais – c’était par manque d’information sur le sens et les objectifs de l’Europe et le pourquoi de la nécessité d’avoir des institutions politiques. On a dit que pour le traité constitutionnel comme pour le traité de Lisbonne les textes soumis à l’approbation étaient trop long, touffus, complexes, difficilement compréhensibles. C’est difficilement contestable ; mais j’aimerais savoir quel est le pourcentage des électeurs de quelque pays que ce soit qui ont effectivement fait l’effort de tenter de pénétrer ces ouvrages ? Sûrement très faible, et je ne saurais donner tort à quiconque, ayant moi-même tenté l’expérience. Les gens votent par conviction, pour ou contre des idées plus ou moins bien reçues et assimilées. C’est donc bien une question d’information, pour ne pas dire de formation.

Visiter l’Irlande

Mais quels sont les membres de la Commission de Bruxelles qui sont allés en Irlande expliquer aux citoyens ce que sont les intentions et les programmes de ladite Commission ? Quels sont les parlementaires européens qui ont fait ce voyage et expliqué quel était leur rôle, leurs moyens , leurs objectifs ? Que faut-il faire pour s’assurer un futur meilleur, ou supportable ? On n’a guère progressé en la matière de 2005 à 2008…Je ne m’étendrai pas sur les raisons de poursuivre la construction européenne, l’unification politique de l’Europe, seule capable d’apporter une réponse aux défis du monde contemporain ; elles sont connues, c’est leur présentation qui est insuffisante. Je dirai simplement que si un pays européen, quel qu’il soit, si puissant qu’il se sente ou paraisse, croit qu’il pourra, seul, maintenir son rang, son économie, et la sécurité de ses citoyens dans le monde en profonde mutation qui est le nôtre, eh bien il se trompe ! évitons les réveils douloureux, agissons dès maintenant.

Jean-Claude Cusset