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Passeport pour l’apprentissage

Jardins d’éveil ou autoenseignement

Les universités et leurs applications

jeudi 11 novembre 2010, par Picospin

La liberté, l’égalité et la fraternité sont les trois piliers incontournables de la République et de son éthique. Voilà plus de deux cent ans que ces principes se dressent contre le despotisme, l’injustice, la xénophobie et contre toutes les formes de discrimination et d’intolérance. Si ces valeurs universelles, inscrites dans la Constitution sont reconnues dans leur principe, elles n’en sont pas moins malmenées, voire déniées dans les faits.

Les piliers de la sagesse

La liberté, l’égalité et la fraternité sont les trois piliers incontournables de la République et de son éthique. Voilà plus de deux cent ans que ces principes se dressent contre le despotisme, l’injustice, la xénophobie et contre toutes les formes de discrimination et d’intolérance. Si ces valeurs universelles, inscrites dans la Constitution sont reconnues dans leur principe, elles n’en sont pas moins malmenées, voire déniées dans les faits.se réduire à la morale mais engage la responsabilité de chacun dans des domaines d’intérêt commun. Son objet, le bien commun, ne peut exister sans la conscience d’appartenance à une même communauté de destin. L’histoire de France nous a enseigné que le respect de cette éthique n’était jamais définitivement acquis et qu’il pouvait même être fortement menacé. L’affaire Dreyfus fut le point de rupture régénérateur de l’éthique républicaine, l’événement référentiel de la frontière entre le principe de justice et le fait d’arbitraire. Ce fait historique avait incité le créateur viennois du sionisme, Théodore Herzl, à engager ses compatriotes à émigrer en Palestine pour y créer un état juif. Ce statut permettrait aux Juifs persécutés de se défendre contre ses agresseurs, quels qu’ils soient et de fonder un état juif indépendant, autonome et maitre de ses institutions.

Raison d’État

Au moment où en France, la raison d’État remettait en cause son propre cadre juridique et philosophique, les républicains y ont opposé la résistance civique. Ce sont eux qui plus tard se sont levés face au danger que représentait la présence du candidat de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle. L’éthique républicaine, qui plonge ses racines dans la mémoire sociale des injustices ne prévaut que dans la mise en pratique incessante des deux principes intangibles de la justice indépendante de toute interférence politique et d’égalité exempte de toute manipulation discriminatoire. En inventant une catégorie de Français d’origine étrangère, le gouvernement porte atteinte au socle constitutionnel, qui établit l’égalité entre tous les citoyens, sans aucune distinction. L’éthique républicaine est la ligne de crête où se rejoignent les deux versants de la liberté et de l’égalité. Le mode de gouvernement porte l’empreinte morale, émancipatrice ou rétrograde des dirigeants qui exercent le pouvoir. Dès lors que ces deux principes universels de liberté et d’égalité sont respectés, la collectivité garde la faculté de changer les règles d’application pour être en phase avec les transformations de la société, l’évolution des mœurs et l’avancée des connaissances. Pour être au diapason de l’éthique républicaine, la démocratie, doit en finir avec les notions d’appartenance ethnique, d’instrumentalisation politique de la diversité et de toute différenciation entre les citoyens. Le droit à la différence peut se transformer, par son exploitation machiavélique, en différence des droits, il peut s’avérer être à double tranchant.

L’éthique républicaine

L’extrême droite agite le droit à la différence pour justifier la préférence nationale. L’identité nationale se caractérise par la volonté de s’enfermer dans un modèle culturel unique qui exclut toute diversité organique. En proposant de faire de la déchéance de la nationalité la sanction pénale suprême pour les Français d’origine étrangère puis en stigmatisant les Roms, le président de la République tourne le dos avec à l’éthique républicaine. Sur des questions aussi essentielles, il n’y a plus d’hommes et de femmes de gauche ou de droite, il y a les républicains et puis les autres. Faut-il pour autant affaiblir les principes de la République pour garantir la protection de nos concitoyens ?

Les dessous des jardins d’éveil

L’école maternelle publique, accessible à tous les enfants, est menacée dans son existence même par la création des jardins d’éveil. Pour ce gouvernement, il s’agit de rentabiliser l’éducation, en effectuant des transferts de charges vers les collectivités territoriales et en soutenant le développement des enseignements concurrentiels en particulier confessionnels. C’est le service public qui subit l’attaque frontale du gouvernement avec des suppressions massives de postes de fonctionnaires et notamment d’enseignants et des discours qui ne sont pas des abus de langage. L’objectif du président de la République consiste à ne faire intervenir l’Etat qu’à partir du début de l’enseignement obligatoire, c’est-à-dire de l’âge de 6 ans. L’État se recentre sur ses missions premières et la révision générale des politiques publiques est là pour y veiller. L’enseignement précoce ne saurait être considéré comme une obligation du service public éducatif. Le transfert de charges se fera exclusivement au détriment des collectivités locales, de la CAF locale et des parents qui seront contributeurs. On passe d’un système gratuit pour les familles à un système payant. D’où l’offre des jardins d’éveil pour pallier la difficulté de la garde des enfants avant 5 ans. Les Caisses d’Allocations Familiales départementales seront invitées à faire la promotion par le biais de la création de « jardins d’éveil ». Dès lors, il devient indispensable que les collectivités territoriales acceptent d’entrer dans l’expérimentation qui sera évaluée par un jury national qui examinera les dossiers au fur et mesure de leur arrivée. Seuls les premiers seront servis. Les collectivités territoriales régleront la différence en déduisant l’aide de la CAF et la participation obligatoire des parents.

Prévisions ?

Pour les années suivantes, rien n’est prévu...Si aujourd’hui, l’école maternelle est gratuite, demain les jardins d’éveil seront supportés par les familles, en fonction des revenus octroyés par le SMIC. En ce début d’été 1969, les bases d’un accord sont esquissées. Si les laïques accepteraient l’aide de l’Etat aux établissements sous contrat ; en contrepartie, le nombre d’établissements bénéficiaires serait gelé au niveau où il est... » Comme l’Eglise catholique ne veut pas se contenter d’une scolarisation limitée à 20% des enfants scolarisés, elle souhaite aller au-delà, perspective et espoir que lui offre l’existence des jardins d’éveil. Il s’agit de favoriser une logique libérale et de conforter l’enseignement catholique puisque un enfant qui démarrera en jardin d’éveil catholique aura tendance à poursuivre le cursus, espoir entretenu avec la pression sous-jacente d’autoriser les collectivités locales à financer l’investissement. Le risque ne serait pour certains pas anodin de voir l’élaboration de jardins d’éveil de confession israélite, musulmane. La Table ronde européenne des industriels, puissant groupe de pression patronal auprès de la Commission européenne, publie un rapport intitulé « Éducation et compétence en Europe » où est affirmé que « l’éducation et la formation sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise ». Elle déplore que « l’enseignement et la formation soient considérés par les gouvernements et les décideurs comme une affaire intérieure. L’industrie a une influence d’autant plus faible sur les programmes enseignés que les enseignants ont « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ».

Développement des programmes

Industrie et établissements d’enseignement devront travailler ensemble au développement de programmes d’enseignement grâce à l’enseignement à distance et le didacticiels ou logiciels d’apprentissage sur ordinateur. La perspective de la libéralisation des télécommunications promet des profits au secteur privé par la vente de matériels et de logiciels et l’exploitation des entreprises de téléphone privatisées. Promouvoir l’enseignement à distance permet de bénéficier de la croissance du volume des communications téléphoniques, de celle de la vente de matériels et de celle des droits d’auteur sur la commercialisation et l’exploitation de didacticiels. L’ensemble de cette stratégie doit déboucher sur une adéquation de l’enseignement aux exigences de l’industrie, une préparation au télétravail, une réduction des coûts de formation en entreprise et une atomisation des étudiants et des enseignants, dont les éventuelles turbulences sont toujours redoutées. La Commission européenne adopte le document de travail où il est dit que L’Education et la formation à distance est particulièrement utile pour assurer un enseignement et une formation rentables. Un enseignement de haute qualité peut être conçu et produit en un lieu central, et ensuite diffusé au niveau local, ce qui permet de faire des économies d’échelle. Le monde des affaires devient de plus en plus actif dans ce domaine en tant qu’utilisateur et bénéficiaire de l’enseignement multimédia et à distance et en tant que concepteur et négociant en matériel de formation. Ainsi n’a-t-il fallu que quelques mois à la Commission pour reprendre à son compte la nécessité de rentabiliser la formation et d’instaurer un marché de l’enseignement gouverné par des économies d’échelle. Un an plus tard, elle franchit un pas supplémentaire en affirmant que l’université ouverte est une entreprise industrielle et l’enseignement supérieur à distance une industrie nouvelle.

Marchés

Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l’enseignement continu, que régissent les lois de l’offre et de la demande. Elle qualifie les étudiants de « clients », les cours de « produits et souligne la nécessité d’engager des actions pour étendre la portée, l’impact et les applications, de l’apprentissage ouvert et à distance, pour rester compétitif. La « réalisation de ces objectifs exige des structures d’éducation qui devraient être conçues en fonction des besoins des clients. Une concurrence s’instaurera entre les prestataires de l’apprentissage à distance, ce qui peut déboucher sur une amélioration de la qualité des produits. » L’exécutif bruxellois publie le rapport d’un groupe de hautes personnalités dans le but de créer des centres de télétravail dans vingt villes d’ici à la fin de 1995 pour au moins 20 000 travailleurs. On passerait ensuite au télétravail pour 2 % des « cols blancs » d’ici à 1996, et à 10 millions de postes de télétravail d’ici à l’an 2000. Les fournisseurs du secteur privé se lanceront sur le marché de l’enseignement à distance. C’est pour favoriser la création de cet enseignement à distance que la Commission lance le programme Leonardo Da Vinci doté d’un budget initial de 4 milliards de francs qui veut encourager la formation tout au long de la vie et le développement de nouvelles formes d’apprentissage. Ce rapport est suivi du développement du thème consacré à la responsabilité de la formation qui devrait être assumée par l’industrie dont le monde de l’éducation ne perçoit pas le profil des collaborateurs nécessaires à sa progression et à ses besoins. L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique par un processus continu s’étendant du berceau au tombeau. La Commission publie ensuite son Livre blanc sur l’éducation et la formation où on lit que les industriels insistent sur la nécessité d’une formation polyvalente tout au long de la vie ce qui requiert la production européenne de logiciels éducatifs.

Connaissances à domicile

Ainsi, le programme Socrates, doté d’un budget initial de 5 milliards de francs en quatre ans, vise à « donner une dimension européenne à l’acquisition de connaissances à domicile. L’apprentissage à vie doit être assuré par des prestataires de services éducatifs. La technologie crée un marché mondial dans le secteur de la formation. [...] La possibilité nouvelle de proposer des programmes d’enseignement dans d’autres pays, sans que les étudiants ou les enseignants partent de chez eux, pourrait fort bien avoir d’importantes répercussions sur la structure du système d’enseignement et de formation à l’échelle mondiale. Si le rôle des pouvoirs publics n’est pas méconnu, il se limite à « assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer de progresser. Les enseignants s’occuperont de la population « non rentable ». Le personnel se forme à domicile, sur des ordinateurs personnels. Dès 1996, 20 % des effectifs s’autoformaient à domicile pendant leurs « loisirs », épargnant ainsi les frais de formation en entreprise pendant qu’au au Royaume-Uni, le projet teaching with Independent Learning Technologies, doté d’un budget de 8,9 milliards de francs, a pour but d’ « entraîner les étudiants à apprendre seuls à développer des logiciels d’enseignement. L’OCDE publie un rapport qui préconise « un engagement plus important des étudiants dans le financement d’une des coûts de leur éducation. Les fins des industriels sont de créer, en marge de réseaux d’enseignement publics, un système, privé et commercial, de télé-enseignement. L’enseignement à distance est un service qui peut être fourni par un prestataire, public ou privé, dans le marché intérieur. La souveraineté nationale est donc limitée.

Diplômes

L’attribution et la reconnaissance des diplômes qui relèvent du domaine national ou public, restent réglementées. Pour aller plus vite, la Commission délivre une « carte d’accréditation des compétences au gré de l’apprentissage, reconnu par l’accréditation des fournisseurs d’enseignement en fonction des connaissances acquises par l’élève. Cette « accréditation » sera comptabilisée sur une disquette (la « carte ») qu’il aura glissée dans son ordinateur, lequel est relié à ses fournisseurs. Lorsqu’il cherchera un emploi, il introduira sa disquette dans sa machine et se connectera à un site « offres d’emploi » géré par une association patronale. Son « profil » sera alors dépouillé par un logiciel et, si ses « compétences » correspondent à celles que recherche un employeur, il sera engagé. La Commission lance un appel à propositions concernant la mise en oeuvre du programme Leonardo Da Vinci. Dans un « Info Memo » explicatif distribué aux soumissionnaires, la Commission précise qu’il s’agit d’ « assurer à chacun une reconnaissance de ses compétences par un système flexible et permanent d’accréditation des unités de connaissance qui permette à quiconque d’avoir ses connaissances ou son savoir-faire validés sur une carte de compétences personnelles qui deviendra le passeport pour l’emploi. Les ministres de l’éducation des Quinze vont encourager les actions de recherche sur les produits et les processus d’apprentissage, éducation et formation à distance inclus, la création et la conception de logiciels éducatifs multimédia. Les établissements sont incités à se comporter en entreprises et les étudiants doivent payer une partie de leurs cours. La population européenne doit s’engager dans un processus d’apprentissage tout au long de la vie. L’usage approprié des technologies de l’information et de la communication dans le processus éducatif va imposer d’importants investissements en termes financiers et humains qui généreront des bénéfices à la mesure des enjeux.

Équipements

II faudra que tous les individus qui apprennent s’équipent d’outils pédagogiques de base. Les dépenses d’éducation représentent de 5 % à 8 % du produit intérieur brut. La part qui revient au secteur public représente entre 10 % et 15 % des dépenses publiques totales. Le Ministre de l’Education de l’époque déclare que nous allons vendre notre savoir-faire à l’étranger, et nous nous sommes fixé un objectif de 2 milliards de francs de chiffre d’affaires en trois ans. Je suis convaincu qu’il s’agit là du grand marché du XXIe siècle comme le suggère un pays comme l’Australie qui gagne 7 milliards de francs grâce à l’exportation de ses formations.

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/06/DE_SELYS/10584