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Jeunesse abandonnée pour cause de vacances prolongées

samedi 13 octobre 2012, par Picospin

Comment continuer à imposer aux générations actuelles et à celles du futur les locaux poussiéreux, grisâtres et ternes dans lesquels, enfermés comme condamnés à perpétuité, ils doivent moins étudier et acquérir sagesse et connaissances qu’humilité et retour sur leurs insuffisances.

Tendances néfastes

Les tendances ne s’effacent guère, elles se confirment. Sous la pression des habituels lobbies qui gouvernent notre société au lieu de l’inspirer, les projets intéressants et rédempteurs de notre gouvernement actuel et de ses ministres sont tombés à l’eau comme poissons déchiquetés arrachés à la mer par alligators affamés. Les agents du tourisme ont opposé leur veto au projet de raccourcir les vacances scolaires d’été car ce sont eux qui veulent profiter de la saison au lieu de favoriser l’application des rythmes scolaires des enfants et d’en optimiser l’efficacité. Est-il paradoxal dans ces conditions de se plaindre des ébauches de conflits de génération qui empoisonnent la vie des familles et de certains segments de la société ? Le recul du gouvernement devant la levée de boucliers des plus vieux et des marchands de bonheur – lequel ? – n’est certes pas à mettre à son actif mais pouvait-il faire autrement devant la quasi unanimité d’une nation qui ne songe qu’à tremper ses orteils dans la Méditerranée et ramasser des coquillages sur les larges étendues sablonneuses de l’Atlantique ?

Un drôle de Nobel

Pendant ce temps, le prix Nobel de la Paix est attribué à une Europe déchirée par le chômage et les influences contradictoires des pays riches et donc dominants contre celles, plus réduites et silencieuses des pays pauvres qui peinent à boucler leur budget devant les oukases des banques, en permanence sorties du gouffre par des états soumis à leur volontés sinon à leurs caprices. Comme il serait plus généreux, plus noble et moins égocentrique de laisser une jeunesse en perte d’enthousiasme et d’idéologie s’adonner aux jeux de l’esprit comme le montre un inventeur à l’écoute des plaisirs des autres. Du nom de Patrick Marchal, polytechnicien et docteur en sciences cognitives, il a lancé un jeu vidéo sur App Store et sur Android, DragonBox, qui apprend par étapes aux enfants les bases de l’algèbre, en partant d’un simple jeu de cartes. "Quand l’enfant arrive à le maîtriser, il connaît les bases de l’algèbre. Il sait résoudre des équations du type : ax + b = c, voire a/x + b = c." M. Marchal insiste : DragonBox n’est pas un jeu éducatif de plus. "C’est le jeu lui-même qui enseigne."

Modèles informatiques

A partir de modèles informatiques du cortex visuel, il fait ses classes dans des sociétés de jeux vidéo comme Monte Cristo, qu’il intègre en 2000 comme directeur de studio, parce qu’il a le sentiment que "la vitesse d’innovation dans ce secteur dépasse celle de la recherche classique". Le sort décide ensuite pour lui quand « Monte Cristo » ferme ses portes en 2010, donnant une nouvelle orientation à sa carrière. Percevant que trop de gens sont incapables de partager leurs connaissances avec des mots, il choisit de se lancer dans l’éducation aux sciences par les jeux vidéo et consacre ses allocations chômage à la création de prototypes de jeux sur la mécanique quantique et l’électricité. "Le ludo-éducatif est assez mal perçu par les joueurs", explique cet inventeur qui parle de "brocoli sous le chocolat" ! Le jeu ne serait là "que pour tenter". Or, "le jeu a un lien avec l’apprentissage. Si je continue à jouer, c’est que je perçois que je m’améliore.

Sentiment de progression

C’est ce sentiment de progression qui attache à un jeu". Au rythme du joueur. Il voit là aussi le moyen de "sortir du futile". Mais le vrai marché de l’éducation scientifique, ce sont les maths et non la physique. Il rencontre alors, grâce à Internet un professeur de maths à Oslo où s’établit le point de départ d’une collaboration qui voit ce dernier tester en classe le premier prototype en Norvège de DragonBox qui réussit la synthèse des passions qui l’animent : le jeu vidéo, l’analyse du comportement, les sciences et l’éducatif. Sept mois sont nécessaires pour finaliser ce jeu à l’issue des quels 40.000 applications ont été commercialisées, pour un chiffre d’affaires de près de 100 000 euros. Des investisseurs ont fait leur entrée au capital de la société, permettant le recrutement de deux programmeurs et de deux stagiaires d’écoles de « Game Design », en attendant un graphiste... et le retour de l’inventeur à une activité fécondante et rémunérée.

Optimisme

Il estime que l’avenir scolaire radieux qu’il prédit à la tablette numérique ne peut que favoriser son entreprise qui, en début d’année, s’est scindée en deux : une SARL en France et une SA en Norvège, où DragonBox a réalisé la moitié de son chiffre d’affaires depuis la sortie du jeu. Un chiffre d’affaires qui devra être multiplié par dix pour rendre la société viable. Peut-être grâce au marché américain. « WeWantToKnow » a passé un accord avec le "Center for Game Science", de l’université de Washington, pour tester à grande échelle le jeu aux Etats-Unis. Quand une personnalité française déclare du haut de sa compétence et de ses éventuels succès passés que les entrepreneurs doivent être respectés et soutenus car ils sont les seuls à créer des emplois, faut-il songer à ceux des grandes firmes françaises en plein déclin qui ferment leurs usines et en chassent les salariés ou aux créateurs plus modestes qui donnent de l’espoir et un sens à la vie aux enfants désespérés qui en sont cruellement démunis ?
Est-ce cette Europe qui vient d’être désignée à l’attention du prix Nobel de la Paix ou une autre plus rêvée que réelle ?