Ethique Info

Accueil > Education > Education > Justice, morale et mérite

La sélection au mérite

Justice, morale et mérite

Quelles conséquences ?

lundi 22 décembre 2008, par Picospin

On se pose la question des raisons d’une telle situation parce qu’elle mérite une étude approfondie, suffisamment dépassionnée pour que la raison prenne le pas sur l’irritation, l’appel à l’injustice ou des manoeuvres incertaines en coulisse qui ne sont pas plus crédibles que la plupart des hypothèses que le bon citoyen est en droit d’énoncer pour ne pas se couvrir de ridicule.

Inégalité sociale

L’article consacré à ce sujet continue de se développer par l’argument en tête des suppositions susceptibles d’expliquer cette situation. Il affirme que « c’est l’inégalité sociale de plus en plus marquée entre les jeunes lycéens et leurs familles respectives qui crée avant tout ces disparités. Selon que l’on est riche ou humble, on ne va pas dans le même lycée, ni dans la même classe préparatoire, ni sur le même parcours estudiantin. » Lorsque l’auteur de l’article dont des bribes sont citées ici fait allusion à d’autres temps où apparemment une certaine équité et une certaine justice étaient respectées, il ne fait que citer des faits relativement proches chronologiquement mais les présente sans en expliquer la cause. Pourquoi, en d’autres temps « des Félix Eboué, des Gaston Monnerville, des Aimé Césaire accèdent d’abord au savoir et ensuite à l’incarnation d’une république plurielle et ouverte. » Que s’est-il passé depuis des dizaines d’années pour que l’équilibre entre les les forces, les communautés, les éléments en présence aient changé au point d’effacer tout l’acquis d’une république qui donnait l’apparence d’un bon fonctionnement puisque des contre exemples existaient à une certaine époque qui ont depuis lors disparu sous les coups de butoir d’une autorité qui n’aurait plus su ou pu utiliser les outils nécessaires à rétablir l’équilibre entre les manières d’exercer le jugement pour attacher les contrepoids qui permettent les pondérations, les proportions qui assurent la symétrie et les compensations qui mobilisent le fléau de la balance.

Rééquilibrage

Peut-on attendre de ces méthodes de rééquilibrage d’esquisser des pas vers l’impartialité, la droiture, l’objectivité ou la justice. Il est trop facile de crier au loup quand on vient de découvrir les aléas d’une situation, sinon d’une vérité qui masque les réalités. S’il y a une faille dans le système, on peut certes s’en prendre à ce dernier et en fustiger le fonctionnement. N’est-on pas en droit d’examiner et d’approfondir les modes de fonctionnement de la sélection avant de soumettre l’hypothèse qu’ils sont biaisés par on ne sait quelle injustice faite à la cohésion sociale ou ethnique, aux compensations suscitées par des besoins inégaux sinon inégalitaires et des réticences qui portent atteinte à l’impartialité, à l’harmonie ou à l’homogénéité. Ce qui est intéressant dans le débat mené à l’occasion du discours prononcé à Polytechnique, c’est que, comme le dit très justement Pierre Haski dans ce journal le diagnostic posé est excellent mais le traitement et la prévention faibles. Dès lors, pourquoi ne pas poser la question du pourquoi, pour quelle raison une telle dégradation d’une situation qui paraissait devoir tenir un certaine temps alors qu’elle s’effondre très vite et quelles sont aussi les causes des déséquilibres de plus en plus marqués que l’on peut observer entre les élèves des grandes écoles issues de la bourgeoisie et ceux qui ne le sont pas.

Quels modes de recrutement ?

Si rien ne vient au secours des réponses à cette interrogation, force sera de constater que c’est le mode de recrutement qui est en cause plus que le « favoritisme » d’ordre social accordé aux jeune bourgeois éduqués et cultivés par des années de cohabitation avec leurs ancêtres qui ont bénéficié des meilleurs enseignements, de la meilleur éducation, du passage le plus complet de la transmission. Dès lors que l’on se mette à table pour modifier les conditions des concours et qu’on fasse sauter le verrou du savoir transmis à la table du déjeuner et du dîner pour ne laisser vivant que la matière accessible à tous sans privilèges ni passe droit. Est-ce que ce saut serait celui de l’accès décisif à l’égalité des chances ? A tous ceux qui seront mandatés pour étudier la question de nous le dire au plus vite, en urgence, faute de quoi, a balance risque de nous exploser au nez.

Questionnement éthique :

1. Que signifie égalité des chances si souvent mentionnée dans les projets des gouvernements mais si difficile à appliquer quand on fait appel aux principes de justice ?

2. Est-ce que cette égalité des chances signifie une chance égale de laisser en arrière les plus défavorisés dans la quête personnelle de l’influence et de la position sociale ?

3. Est-ce que la conséquence de cette affirmation est le principe selon lequel il faut chercher à donner aux plus défavorisés l’assurance de leur propre valeur ce qui limiterait d’après John Rawls (Théorie de la Justice, Paris, Le Seuil, 1997) les formes de hiérarchie et les degrés d’inégalité que la justice autorise ?

4. Comment doit-on distribuer les ressources nécessaires à l’éducation ?
- On ne doit pas nécessairement les distribuer en fonction de leur résultat selon les critères de productivité mais aussi en fonction de leur valeur d’enrichissement de la vie sociale et personnelle des citoyens, y compris les plus défavorisés.