Ethique Info

Accueil > Forums Ethique > Katyn : un massacre de plus sous la coupe des tyrannies

Nazis ou staliniens : qu’importe

Katyn : un massacre de plus sous la coupe des tyrannies

Des faits "humains" ?

vendredi 3 décembre 2010, par Picospin

En avril, la Russie avait mis en ligne des documents déjà déclassifiés sur le massacre d’officiers polonais en 1940 par la police de Staline, une mesure symbolique ordonnée par le président russe sur fond de réchauffement des relations russo-polonaises. Puis, en mai, les Russes avaient remis à la Pologne soixante-sept volumes de documents, puis vingt nouveaux volumes en septembre.

Invasions

A la suite de l’invasion par l’URSS en septembre 1939 des régions polonaises de l’Est en vertu du pacte germano-soviétique, vingt-deux mille officiers polonais, prisonniers de l’Armée rouge, ont été abattus dans la forêt de Katyn et à Mednoïe (Russie) ainsi qu’à Kharkiv, en Ukraine. Pendant des décennies, l’Union soviétique a accusé les nazis d’avoir commis ces assassinats. Ce n’est qu’en avril 1990 que le dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a reconnu la responsabilité de son pays dans ces massacres. Le président russe Medvedev, a déclaré que "ces fuites sont instructives et montrent au monde entier le cynisme des appréciations et des raisonnements qui dominent dans la politique étrangère de différents États ; en l’occurrence, je fais allusion aux États-Unis d’Amérique." M. Medvedev se trouvait près de Sotchi avec le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, dans le cadre d’une visite de travail de ce dernier en Russie. On se demande bien de quel type de travail il s’agissait si l’on considère la réputation sulfureuse, de "sérieux" et les facéties du dirigeant politique italien plus à l’aise dans les sorties nocturnes que dans la résolution de dilemmes politiques. "Nous ne sommes pas paranoïaques et ne lions pas les relations russo-américaines à de quelconques fuites", a souligné le président russe.

Silence et secrets ?

A mon avis, la diplomatie est une affaire de silence, comme la banque, et doit être pratiquée avec certains principes." Dans ces notes de la diplomatie américaine, la Russie est notamment décrite comme un Etat corrompu et en recul démocratique. Le président russe, décrit comme un dirigeant "falot et hésitant", n’avait jusqu’à présent pas réagi. Eric Besson, ministre de l’économie numérique, a demandé au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies d’indiquer au plus vite les moyens de mettre un terme à l’hébergement de WikiLeaks en France. Depuis hier, la société roubaisienne OVH assure l’hébergement de WikiLeaks, après que Amazon.com a décidé de ne plus assurer ce service. La décision d’un fournisseur de supprimer le nom de domaine d’un client est rare. Depuis la publication des télégrammes du département d’Etat américain, le débat fait rage entre les opposants à la tyrannie de la transparence généralisée et les partisans d’une information citoyenne à l’heure d’Internet. Il faut en finir avec le culte du secret et de la raison d’État disent les uns ; c’est une crise de la diplomatie traditionnelle et il existe désormais une crainte aux États-Unis que les fuites ne viennent enrayer les actions confidentielles, affirment les autres.

La faute d’Internet

La généralisation d’Internet engendre des effets pervers, les relations politiques et diplomatiques vont être corsetées ce qui n’empêchera pas cette affaire de faire des heureux puisque ainsi le journalisme d’expertise est réhabilité. D’autant que sous l’effet du mythe de la transparence, le journaliste comme médiateur entre la source et les opinions sort renforcé de ces révélations. Ce qui n’empêche pas un expert de souligner qu’il est grand temps de ne pas transformer les coulisses de la chancellerie en café de la diplomatie ce qui ne vaut guère plus que celui du commerce. Pour un regard à distance comme le propose la classification de Carlo Ginzburg, pour l’observateur de l’époque du nazisme d’un côté et du communisme de l’autre, sous l’égide d’une alliance sacrée des tyrannies, la différence n’est pas gigantesque entre les méfaits d’une dictature et ceux de l’autre, même si elle se place sous l’égide de la volonté d’un peuple qualifié de souverain malgré les exactions commises à son égard pour son seul bien se soldant par déportations massives, famine, arrestations et massacres.

Très ou trop cher ?

Ce qui est cher payé pour veiller au bonheur d’une population tirée de l’emprise des tsars pour être immédiatement reversée dans celle des tyrans des polices secrètes, des commissaires du peuple et des paranoïaques qui s’exhibent fièrement chaque année aux balcons du Kremlin derrière une armée de chars pour les protéger d’une éventuelle vindicte populaire plus que de celle des opposants à un régime corrompu, inique et meurtrier. Ces opinions sur les formes de la tyrannie qu’il s’agisse de fascisme ou de communisme reçoivent l’appoint explicatif de personnalités, même contestées comme Heidegger et Nietzsche. Ils pensent que la tentative d’assurer la liberté humaine par la soumission à la technique avait déjà été suggérée par les défenseurs du pouvoir excessif attribué à Prométhée qui lui-même avait entrevu le risque d’une opposition des hommes entre eux. Cette évolution doit obligatoirement aboutir à leur soumission à la tâche de la modernisation et à la mondialisation de la technique. Cette action, ce projet n’est pas différent de celui de l’utopie consistant à mesurer, maitriser et soumettre la nature, c’est à dire être technique.

Rôle du nihilisme

Cette démarche est vue comme le résultat de l’histoire du nihilisme de la pensée moderne, dans le périple accompli par l’homme depuis la conscience de soi cartésienne jusqu’à la volonté de puissance nietzschéenne qui se placerait au cœur de la technique mondiale, une sorte d’équivalent à l’histoire de la dégénérescence de l’homme, seigneur de la création devenu travailleur et homme-masse. L’oubli total de l’Etre n’est pas loin, préalable à la déshumanisation d’un homme qui finit par devenir la matière première d’une technique qui vise à sa propre perpétuation et croissance nihilistes. Le chemin n’est pas si long de Descartes à Heidegger, du cogito à son effacement parce qu’un jour Prométhée s’est cru assez fort pour dérober le feu et le remettre à un homme qui ne savait pas encore comment l’utiliser ni quels temples incendier.

Bibliographie :

Strauss L, Cropsey J, Histoire de la Philosophie politique. Quadrige, PUF. Paris, 1994.

Messages