Ethique Info

Accueil > Education > Education > L’Académie de médecine qualifie de « marketing et de publicité » l’appel sur (...)

Les suites données à une rumeur : la terreur ?

L’Académie de médecine qualifie de « marketing et de publicité » l’appel sur les risques du téléphone portable initié par David Servan-Schreiber.

Les objections rationnelles d’une véritable institution scientifique

jeudi 19 juin 2008, par Picospin

La personnalité de David Servan-Schreiber, connu pour son aptitude à la médiatisation, apparaissait comme ayant un rôle majeur dans cette affaire, sans que personne n’ose lui en faire le reproche. Sauf l’Académie de Médecine qui, dans un communiqué rendu public mardi, s’insurge contre cet appel dramatisant les dangers du téléphone portable : « La médecine n’est ni de la publicité ni du marketing, et il ne peut y avoir de médecine moderne que fondée sur les faits.

Une inquiétude

Inquiéter l’opinion dans un tel contexte relève de la démagogie, mais en aucun cas d’une démarche scientifique. On ne peut raisonnablement affirmer, comme le font les auteurs de l’appel, “qu’un risque existe, qu’il favorise l’apparition de cancers en cas d’exposition à long terme” et, en même temps, qu’“il n’y a pas de preuve formelle de la nocivité du portable”. Le principe de précaution ne saurait se transformer en machine alarmiste, surtout quand plusieurs milliards de portables sont utilisés dans le monde sans conséquences sanitaires apparentes depuis 15 ans. » Cette invitation à la prudence laisse pantois. Quelles sont les connaissances spécifiques d’un médecin qui se dit psychiatre à Pittsburgh dans le domaine de la physique pour énoncer des avertissements qui sont revêtus du sceau de l’officialité et qui entraîne avec lui des cancérologues français qui amplifient les exigences de précaution. Ce qui est pire, c’est la comparaison avec une situation antérieure comme celle de l’amiante et du tabac et des dangers inhérents à l’utilisation du téléphone dont on ne sait pratiquement rien et qui implique des « scientifiques » qui n’ont aucune autorité pour se prononcer sur ce sujet. « Nous en sommes au stade de la rumeur et non pas des faits » comme le reconnaît le texte publié dans la presse. Ce dernier explique ouvertement que les études actuelles sont insuffisantes pour conclure à un risque accru de tumeurs ou d’autres problèmes de santé.

Quels problèmes de santé ?

Non seulement le texte est incorrect du point de vue de l’application de la langue française car on ne comprend pas clairement ce que signifie « risque de tumeur » mais de plus, il ouvre un vaste horizon de présages et de malheurs à venir comme « risque accru …d’autres problèmes de santé ». On aimerait apprendre de la part des médecins signataires de cette mise en garde à quel type de maladie ils font référence. S’agit-il de lésions survenant dans la sphère oto-rhino-laryngologique, neurologique, faciale, cérébrale, ou au contraire de toute dysfonction susceptible d’atteindre un organe à distance de l’émetteur d’ondes électromagnétiques qui, rappelons-le, sont caractérisée par deux composantes vectorielles orthogonales : un champ électrique E et un champ magnétique H. Cette onde se déplace dans le milieu avec une vitesse v qui dans le vide est égale à la vitesse de la lumière. C’est un modèle utilisé pour représenter les rayonnements électromagnétiques et qui est associée à la notion de photon. Quand il s’agit d’une onde lumineuse, l’onde électromagnétique atteint une longueur d’onde correspondant au spectre visible, qui se situe entre 380 et 780 nm soit 1.5 à 3 eV. une onde électromagnétique peut s’analyser en utilisant l’analyse spectrale ; on peut décomposer l’onde en ondes dites « monochromatiques » qui peuvent se modéliser par un dipôle électrostatique vibrant, qui reflète les oscillations du nuage électronique d’un atome intervenant dans la diffusion Rayleigh selon le modèle de l’électron élastiquement lié.

Des données rassurantes

L’Académie de Médecine appuie son propos sur des données expérimentales rassurantes et sur les premiers résultats de l’étude internationale Interphone pratiquée dans13 pays et qui vise à comparer l’intensité de l’utilisation du portable chez 3 000 malades atteints de différents cancers (cerveau, oreille interne, parotide) avec celle de témoins de même âge et de même niveau social. Toute la difficulté de ces études, dites « cas-témoin », tient au fait que les malades très motivés font beaucoup d’efforts pour retracer avec moult détails l’usage de leur portable dix ans auparavant, contrairement aux témoins qui se sentent moins concernés. Les résultats préliminaires d’Interphone ne montrent pas d’augmentation du neurinome de l’acoustique (avec une incertitude pour les utilisateurs de plus de dix ans), ne décèlent pas de risque accru pour le méningiome, tout comme pour les gliomes (pour lesquels un risque à la limite de la signification est mis en évidence au décours de plus de dix ans d’utilisation). Ces données sont considérées comme rassurantes, même si elles ne permettent pas d’augurer de ce qui peut se passer après 20, 30 ou 40 ans d’utilisation. « On ne peut pas faire une politique de santé publique si l’on mélange les suspicions fortes de risque, voire les certitudes et les simples hypothèses, explique le professeur André Aurengo, membre de l’Académie. Il existe aujourd’hui une sorte de sacralisation du risque, surtout quand il est hypothétique. Il peut prendre très vite le statut de vérité. On a l’impression que moins il y a d’informations et plus il est facile de brandir des peurs et de susciter une panique. On comprend que les pouvoirs publics recommandent, comme ils l’ont fait, des précautions d’utilisation pour les enfants et les adultes. Les portables peuvent avoir un effet d’échauffement tissulaire lors d’utilisations prolongées, mais l’énergie est trop faible pour entraîner des lésions de l’ADN. Pour l’instant, on n’a pas idée du mécanisme par lequel le portable pourrait provoquer le cancer. »

Terreurs du Moyen Age

Pour Dominique Costagliola, épidémiologiste à l’Inserm : « Les discours actuels s’apparentent aux peurs que les gens ont eues lorsque le train a été inventé. Si l’on doit avoir peur de tout progrès, autant retourner tout de suite à l’âge des cavernes, époque à laquelle, rappelez-vous, l’espérance de vie était très réduite ! Il ne s’agit pas d’accepter toute nouveauté sans réfléchir, mais de ne pas dire n’importe quoi au nom du principe de précaution. » Pour clarifier la situation, pour rappeler notre propos et faire référence à nos critiques telles qu’elles ont été exposées sur ce site, nous vous proposons de reprendre le texte que nous avons publié dans éthique-info. Voici la liste des questions que nous avions posées au lendemain de la publication étrange du groupe de médecins qui a cru bon d’attirer l’attention de la population sur les dangers encourus par les utilisateurs des téléphones portables.

Questionnement éthique :

1. Doit-on vérifier sérieusement les sources des rumeurs qui se propagent par l’intermédiaire de la société, des médias ou de bouche à oreille ?
2. N’y a-t-il pas un certains danger à les laisser propager sans essayer de rétablir la vérité et la réalité des faits racontés ou imaginés ?
3. Dans le cas qui est mentionné ci-dessus, quelle est la légitimité des personnes et du groupe signataire pour qu’ils se permettent de diffuser des informations non contrôlées, non vérifiées et qui de ce fait doivent être soumises à investigation ?
4. Dans la présentation des conseils et recommandations suivant les informations diffusées, n’y a-t-il pas des raccourcis troublants, des affirmations gratuites, des comparaisons étranges avec des phénomènes déjà affirmés et dénoncés depuis fort longtemps pour jeter l’angoisse et le doute au sein de la partie la plus crédule de la population ?
.