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L’Algérie de Sarkozy : comment s’y prendre ?

vendredi 7 décembre 2007, par Picospin

L’Algérie est un pays d’Afrique du Nord appartenant au Maghreb. Elle est membre de l’ONU, de l’Union africaine et de la Ligue arabe depuis son indépendance en 1962. La Constitution définit « l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité » comme « composantes fondamentales » de l’identité du peuple algérien et le pays comme « terre d’Islam, partie intégrante du Grand Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain..

Un peu d’histoire

L’Antiquité de l’Algérie est marquée par les Berbères qui établirent des liens commerciaux et politiques avec Carthage et l’Égypte. L’histoire de la Numidie commence avec l’émergence des tribus massyles et massaessyles L’Empire romain, avec l’aide des mercenaires gétules, colonisera ce territoire. L’Algérie est le pays méditerranéen qui renferme le plus grand nombre de vestiges de l’époque romaine dont les plus connus sont ceux de Timgad et de Tipaza, qui offre l’une des plus grandes superficies de nécropoles antiques connues autour de la Méditerranée. La chute de Rome, puis des Vandales, entraînent la reconstitution de plusieurs principautés berbères dont certaines, notamment dans les Aurès, vont résister à l’arrivée des musulmans. Après la conquête musulmane, les citadins adoptèrent l’islam et la langue arabe. Entre le Berbère, le phénicien, romain, arabe, espagnol, turc, français, le brassage des langues et le métissage linguistique sont intenses, donnant lieu à un arabe algérien qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. La première partie de la conquête musulmane de l’Espagne fut menée par un contingent berbère entièrement composé de récents convertis.

Almohades et Almoravides

L’Algérie est alors sous le contrôle des Almoravides, des Hammadides, et des Zirides. Quand en 1152, ils sont définitivement vaincus par une nouvelle dynastie berbère, les Almohades, qui formeront l’un des plus puissants empires méditerranéens, unifiant le Maghreb et le pays d’Al-Andalus jusqu’en 1269. Le Maghreb central s’ouvre à l’Occident chrétien en entretenant un commerce actif et apportant les fameux cheval barbes, de la cire et du cuir de qualité. La chute des Almohades marque le développement des dynasties qui rayonnent sur l’Afrique du Nord entre le XIIIe siècle et le XIVe siècle, vers la fin du XVe siècle, subissent la pression des puissances espagnole et portugaise, et connaissent l’émiettement de leur empire. Le démantèlement des grandes dynasties islamiques entraîne la formation d’une multitude de petites principautés, de fédérations de tribus ou de ports autonomes, repères de corsaires. La formation de véritables « cité-État pirates » sur le littoral et la piraterie qu’elle engendrait inquiétait les puissances européennes. C’est pourquoi, en 1516, l’Espagne décida d’assiéger le port d’Alger dont les habitants font appel aux corsaires turcs.

Barberousse et le Dey

Les frères Barberousse, forts de plusieurs succès dans l’ouest algérien, parviennent en 1518 à chasser les Espagnols d’Alger avec l’appui des tribus kabyles. En 1827, le dey d’Alger découvre que la France avait fortifié un entrepôt dont elle avait la concession pour faire du commerce, et qu’elle s’était engagée à ne pas fortifier[10]. N’obtenant pas d’explications de la part du gouvernement français, le dey en demanda oralement au consul de France, qui prit le dey de haut. Ce dernier injuria le représentant de la France et lui donna un coup de son éventail. Le gouvernement de la restauration et Charles X, soucieux de redorer l’image de la France à l’étranger et de renforcer l’autorité royale en France, trouvèrent dans cet incident un prétexte pour intervenir militairement. La conquête ne s’est pas faite du nord au sud, puisque les montagnes ont encore une fois été le dernier refuge de l’indépendance. Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M’zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l’Algérie jusqu’au grand désert. Ce n’est qu’après un ultime soulèvement, en 1871, par des tribus de Kabylie, lors de la révolte dite « des Mokranis », que la mission de « pacification » s’achève après avoir fait près d’un million de morts, civils la plupart du temps. Voici posé le cadre de l’Algérie au moment d’une visite officielle et protocolaire à visée historique, politique et économique de la part du représentant français le plus haut placé dans la hiérarchie.

La "guerre d’Algérie"

Il n’a guère fallu de temps pour que cette situation de conflit sanglant récidive. Ce fut moins d’un siècle plus tard la guerre d’Algérie qui contribua à couper définitivement la France ou la métropole comme on disait alors de l’Algérie. Ce pays, beaucoup l’aimaient d’un amour charnel, à commencer des personnages aussi exceptionnels que Albert Camus dont la vie trop brève n’eut pas le temps d’exprimer pleinement ces sentiments et l’attachement au pays. La question dès lors se pose de savoir qui est le mieux placé pour en parler, pour l’évoquer, pour le décrire et le faire revivre à l’intention de tous ceux qui ne l’ont pas connu. L’auteur de ces lignes en a fait l’expérience fortement émotionnelle lorsque après une traversée de la Méditerranée un peu houleuse il débarqua sur les quais d’Alger sous le soleil de midi et qu’on lui mite en mains une seringue, une seule pour enfoncer l‘aiguille dans le bras des nouveaux arrivants, des gamins de 18 ans, que l’armée souhaitait protéger de l’hépatite, terme noble qui signifie jaunisse. Résultat : une épidémie de cette maladie qui se répandit comme une traînée de poudre au milieu du contingent pour en atteindre légèrement la majorité mais malheureusement de façon mortelle une vingtaine d’autres. Ceux-là, au lieu de se reposer à l’ombre des palmiers de la côte algéroise durent prendre un repos éternel à l’ombre des cimetières militaires. Etaient-ils semblables aux cimetières marins décrits près de Sète par Paul Valéry ?

Maladresses ou ignorance ?

On a reproché au président de la République d’avoir été parfois maladroit, d’être allé trop loin dans son désir de séduire, de ne pas demander pardon. Le pouvait-il, lui qui n’a pas connu cette période ni même le pays qu’ont foulé de leurs pieds ceux qu’on a appelé depuis la conquête les « pieds noirs » honnis par les « métropolitains » parce qu’ils avaient construit dans cette terre lointaine, pour l’époque, un pays à eux, qui leur rappelait les villes de préfecture ou de sous préfecture d’Alsace. On les avait encouragés à l’époque d’exporter la France, de la reconstruire ailleurs sur le modèle des paysages où ils étaient nés.

Question d’éthique :

Comment devaient-ils s’y prendre avec les habitants déjà sur place bien avant eux, issus d’une culture, d’une religion, d’un territoire totalement différents. Et maintenant que les contacts intimes ont été déchirés et rompus, qui est habilité à parler ?. De Gaulle s’était permis de le faire, lui aussi maladroitement, du haut de l’esplanade lorsqu’il avait encore à ses pieds une foule enthousiaste prête sans doute à jouer le jeu de la fraternisation et à prêcher l’arrêt des combats meurtriers. Ces derniers, de part et d’autre ont dénoué à jamais peut-être le lien de plus en plus ténu qui de part et d’autre de la Mare Nostrum joignait les deux rives de la Méditerranée. Qui devait parler ? Les ombres cachées derrière un talus des Aurès, un oranger de la Mitidja ? Un palmier des oasis de Ghardaia ? Les massacrés des douars du djebel ? Les voix des jeunes « métropolitains » débarqués sur cette terre chaude et inconnue comme dans un cauchemar et qui tombaient dans des embuscades tendues par leurs « concitoyens » d’hier ? C’est à ces questions que se devait de répondre un jeune Président, venu d’une terre plate plus lointaine ? On mesure à l’aune des distances du temps et de l’espace combien cette tâche a pu être difficile, sinon impossible, voire insurmontable.
Et l’on se met à le plaindre d’avoir du accomplir une tel effort et réaliser une telle prouesse.