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L’Etat comme le rêve le peuple

samedi 12 octobre 2013, par Picospin

Si l’on veut bien s’intéresser à la vie – et par conséquent à la mort – de l’autre ou survenue chez lui, à lui, dans son entourage le plus proche comme le plus lointain, on ressentira le choc subi par la mort de sa mère, cet être qui lui a été enlevé brusquement, le laissant seul et désemparé devant une existence qui ne fait que commencer, qui s’ouvre devant lui pour une durée incertaine, qui, à l’âge où s’est produite l’arrêt de vie de celle qui lui a donné le jour risquait de s’inscrire en gros caractères dans la biographie de l’auteur du concept de complexité.

Le drame décrit ici est celui de la complexité à partir de deux forces antagonistes les plus extrêmes, vie et mort, Eros et Thanatos dont le second exerce une attractivité supérieure au premier en raison de la force d’attraction qu’exerce la mort quand elle ne réussit pas à être équilibrée par la puissance du conatus, cette puissance de vie décrite par Spinoza et qui propulse l’individu sur le chemin de la vie par le fait que pour Spinoza, toute chose qui existe effectivement ou « réellement et absolument » fait l’effort de persévérer dans son être. Spinoza nomme conatus la puissance propre et singulière de tout « étant » à persévérer dans cet effort pour conserver et même augmenter, sa puissance d’être. Le conatus est un terme dont l’extension à tout étant-existant singulier est universelle et si, par restriction, on en limite seulement l’application à tout être « vivant » alors, il prend le nom, moins abstrait, d’« appétit » qui se manifeste nécessairement sous les deux manières d’êtres indissociables dont s’exprime l’être à la raison « commune » des hommes : la matière (en tant que puissance d’agir et donc de produire des effets) et l’esprit (en tant que puissance de penser).« Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. » « L’effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. » Le conatus n’appartient donc pas seulement à l’être humain : la Nature (ou Dieu, chez Spinoza les deux notions coïncident) en est également marquée, ce qui la rend à la fois, « naturante » et « naturée » ; naturante en tant que productive (et non pas « créatrice » dans le sens de la « Création » biblique, qui est, elle, une création « ex nihilo » ; notion fondamentalement irrationnelle pour Spinoza) ; naturée en tant que produite. La nature naturante correspond à l’activité de la substance qui est « cause de soi », et la nature naturée correspond à ce qui découle de la nécessité de cette substance. Le conatus s’exprime dans l’âme et dans le corps qui cherche spontanément l’utile et l’agréable alors que l’âme recherche spontanément la connaissance ce qui ne signifie nullement que l’être humain doit être imaginé comme étant composé d’un esprit et d’un corps puisqu’en vertu de son être, il est indiscernablement corps-esprit ou esprit-corps. En conséquence, ce serait un contresens de croire que, pour Spinoza, une affection de son corps n’est pas aussi une modification corrélative de sa pensée et inversement qu’une manière de pensée ne soit pas simultanément une affection de son corps et cette remarque n’implique aucune action causale transitive du corps sur l’esprit ou inversement de l’esprit sur le corps. Le concept de conatus est lié, chez Spinoza au couple constitué de deux affects joie et tristesse. Tout « facteur » qui vient augmenter notre puissance d’exister, et donc favoriser notre conatus, provoque en nous un affect de joie. Inversement, tout facteur réduisant notre puissance d’exister provoque immanquablement de la tristesse. « On ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, c’est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne ». C’est donc bien le désir qui produit les "valeurs" et non l’inverse. Si ce concept devient central chez Spinoza, il avait déjà été utilisé par René Descartes et Thomas Hobbes. Dans la colonne du premier, est inscrite en priorité la nécessité du maintien d’une structure dans un système de variations qui suppose le bon fonctionnement d’un mécanisme complexe destiné à réaliser à chaque instant de la vie un ajustement continu aux forces déséquilibrantes en vue de maintenir corps et esprit en équilibre, sans que nous ayons pour autant la capacité d’évaluer avec précision la durée du maintien en équilibre de ce système dual. Si ce concept devient central chez Spinoza, il avait déjà été utilisé par René Descartes et Thomas Hobbes. En effet, Hobbes a lui aussi utilisé le conatus mais pas dans la même perspective : il ne s’agit pour lui que de l’« instinct de conservation » et c’est un concept « statique ». Chez Spinoza au contraire, le conatus est une stratégie dynamique qui dépend du degré d’activité : toute chose s’efforce de persévérer dans son être, c’est-à-dire dans la direction de l’affirmation de soi qui lui est propre, pour accroître sa puissance. Le conatus chez l’individu (et le conatus peut quasiment être identifié à un « principe d’individuation » et peut-être même de subjectivation) se traduit donc par l’activité, la recherche de ce qui va accroître sa puissance. C’est là qu’interviennent les passions, actives ou passives, tristes ou joyeuses, soit la « tristesse » et la « joie ». Une passion joyeuse, comme une rencontre heureuse avec une chose comme un aliment ou un être, va inciter à renouveler ce sentiment heureux, et par conséquent, avoir un rôle moteur chez l’individu : il devient dynamique sous l’influence de la manifestation du conatus ce qui l’incite à provoquer le renouvellement de cette expérience par la recherche des situations heureuses susceptibles de susciter ce sentiment de puissance et en même temps, l’accroître. Si la tristesse est toujours une passion triste, la joie, au contraire, peut être tout aussi bien une passion qu’une affection active qui n’enveloppe aucune passivité et c’est la différence de la joie active et passive qui permet seulement de distinguer la joie qu’éprouve l’homme sage et l’homme ignorant. Pour redresser la situation périlleuse sinon triste jusqu’à la désespérance observée actuellement dans le monde en général, en Europe et en France en particulier, ne convient-il pas de s’attacher à tout faire pour renforcer le conatus et comprimer les passions tristes négatives, sources de désespoir, d’humiliations et d’anomie.