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L’Éthique à la sauce politique, morale, humaine

samedi 22 mars 2014, par Picospin

A quoi sert le secret médical ? D’habitude on est tellement d’accord que c’est une valeur importante qu’on oublie de se poser cette question. Le secret médical est déjà inclus dans le serment d’Hippocrates, présent donc aux racines de la médecine qui était pourtant pratiquée alors dans un monde passablement différent du notre. A quoi, donc, sert le secret médical ? Il sert à protéger la sphère privée, notre contrôle sur ce qui transparait sur nous. Ce n’est pas tout. Il sert à permettre la confiance entre une personne malade, qui doit se confier à un médecin, et son thérapeute. Sans lui, trop d’informations seraient inaccessibles. On ne dit certaines choses aux médecins que parce que le secret est promis, et de manière crédible. Le secret médical sert du coup aussi à permettre dans certains cas que la consultation ait lieu. Pour certains problèmes, sans secret médical, on ne consulterait simplement pas. Il sert donc à protéger la collectivité, et non pas seulement l’individu. Il la protège même deux fois. En permettant l’exercice de la médecine (rien que ça !) et en permettant le contrôle des maladies contagieuses et le traitement plus généralement des maladies stigmatisées

Secret professionnel

L’importance du secret professionnel (l’article 321 du code pénal, dans lequel il est inscrit, concerne les médecins mais pas seulement) est reconnue. Elle a cela dit aussi des limites. Comme son importance est reconnue, ses limites sont clairement encadrées. On a par exemple le droit, devant un danger grave et imminent pour une personne identifiée, d’alerter les personnes susceptibles d’écarter ce danger. Si vous êtes psychiatre et qu’un de vos patients claque la porte de votre cabinet en menaçant de tuer sa femme, et que vous le croyez, vous avez bien sûr le droit d’appeler la police et l’épouse en question.Alors maintenant, la dangerosité : on l’aura compris, la question n’est pas de savoir si l’on pourrait ’supprimer’ le secret médical pour ’protéger la société’ en permettant l’évaluation de la dangerosité. Le secret professionnel sert entre autres à protéger la collectivité de risques si on le supprimait. Il a déjà des exceptions, dans des cas strictement encadrés. La question est de savoir si l’évaluation de la dangerosité nécessite un élargissement des exceptions existantes, et si elle le justifierait. La question centrale est donc en fait : qui doit avoir accès à quelles informations pour permettre une évaluation aussi fondée que possible de la dangerosité d’un détenu.

Une question difficile

Mais que voilà une question difficile. Elle est d’autant plus difficile qu’une évaluation exacte et sans possibilité d’erreur n’est pas possible. Dans la suite d’une histoire comme celle du meurtre d’Adeline, on aimerait en plus tellement pouvoir garantir la sécurité. Mais au fond que voudrait dire ’garantir’ ? Quelque part, il va falloir admettre qu’un certain risque, bas, d’accord, même très bas, toujours d’accord, mais non nul, est acceptable. Si on ne l’admet pas, si on souhaite enfermer toutes les personnes comportant le moindre danger pour autrui, alors on transformera la planète en prison. Que faire dans les cas de détenus atteints de pathologies psychiatriques ? Confier l’évaluation de la dangerosité au psychiatre ? Au juge ? Sur quelles bases ? Dans quels cas ? La réponse est loin d’être simple.
C’est peut-être aussi l’occasion de se rappeler qu’un bonne réponse n’a pas besoin d’être simple. En médecine carcérale, lorsqu’un détenu est contagieux les soignants avertissent les gardiens des précautions à prendre sans leur révéler le diagnostic. Les gardiens, quant à eux, avertissent les soignants des mesures de sécurité nécessaires avec les détenus dangereux sans leur révéler leurs antécédents criminels. Si les rôles des uns et des autres sont clairs, protéger sans tout dire en fait c’est possible...

Et l’éthique ?

Elle est mise à toutes les sauces. Au fur et à mesure que ses pratiques disparaissent de la scène publique où elle devrait figurer en tant que vedette, on se réfère de plus en plus à cette figure de la morale qui débat de la qualité des relations entre les êtres humains. On vient d’y ajouter les animaux, un peu tardivement comme pour rattraper un précieux temps perdu après une longue période où les massacres d’animaux ont été accomplis en grande échelle à l’instar de celui des éléphants abattus pour récolter l’ivoire de leurs trompes. Chez les hommes, la situation n’est pas meilleure, ni plus favorable quand on observe avec effroi les fugitifs d’Afrique tenter d’atteindre les côtes de l’Europe au prix de noyades en masse, pour échapper aux conditions de leur misère, de leur pauvreté, et à leur légitime aspiration à respirer un air qui ne soit pollué ni par le mépris, le risque d’emprisonnement, la perspective de longs séjours dans des camps et celle de rencontrer partout le chômage, l’exclusion et l’impossibilité de prendre en charge leur descendance avec dignité.

Les extrêmes de la vie

A l’autre extrémité de la vie, près de la mort, on évoque les soucis attachés à l’art médical qui exige des traits moraux d’autant plus importants que l’on a affaire à un être qui ne parle plus et dont le corps est tout entier livré aux mains des soignants. La sollicitude mais aussi l’empathie ou la capacité ç répondre aux besoins spécifiques d’une personne en essayant de se décentrer et d’adopter son point de vue, de voir avec ses yeux font partie de ces traits moraux. De même l’altruisme et la compassion, le fait de souffrir avec les proches sont des affects que les soignants éprouvent. Il n’est ni facile, ni même recommandé de réprimer ces affects en invoquant la nécessité d’une distanciation considérée comme la condition d’une prise en charge objective et efficace. Ces traits moraux se déploient, doivent, devraient le faire sous la juste présence des soignants et sous le sceau d’une prudence qui vise le juste milieu qui est toujours relatif à une situation et à une personne et déterminé de manière rationnelle plus qu’en tant que fruit du hasard. La prudence est incompatible avec la pleine expression des émotions qui sont souvent ou trop souvent contenues pour freiner leur irruption indésirable dans une société en quête de respectabilité et par conséquent de maintien neutre et de sentiments retenus.

Prudence

La prudence a un rapport avec certains affects dont la compassion. Le souci de l’autre, la responsabilité pour l’autre qui est sans défense puisqu’il a cessé d’exister font que le soignant est déporté. La responsabilité du soignant s’enracine dans la reconnaissance d’une commune impuissance à vaincre la mort. Qu’il y ait une vie après la mort, l’essentiel de ce qui est témoigné dans la Cité consiste en l’engagement à préserver le sens de l’humanité de l’humain du début à la fin de la vie, du berceau au tombeau. Il n’appartient pas à un groupe de dire quel humain est digne et et quel autre ne l’est pas. Il appartient à chacun de faire tout ce qu’il peut pour aider son prochain, y compris quand il traverse une épreuve qui le confronte à la solitude, ou qu’il n’est question que de l’accompagner, c’est à dire d’être là tout simplement en allant le chercher là où il est, sans rien lui imposer. L’homme vivant et mort demeure sujet d’inconnaissance. Est-ce parce qu’il est transcendance, vulnérabilité et responsabilité.