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L’art de tuer

jeudi 4 octobre 2012, par Picospin

Dans un entretien forcément victime du cadre dans lequel a voulu le faire entrer de force un journaliste ou le quotidien qui en publie les extraits, l’argumentaire est parfois bien développé mais se heurte en permanence aux circonstances et arguments développés par le sociologue qui escamote la fin de vie pour la transposer sur un autre plan, celui de l’art de la discussion associé à celui du mourir.

Quelle philosophie

Ce dernier ne saurait être traité comme n’importe quel thème de philosophie. Cette catégorie tente de se débarrasser de toute subjectivité pour entrer dans le cadre de la discussion, fort mal adapté à la partie qui se joue à l’heure de la mort entre l’agonisant souffrant ou endormi, anesthésié et la « palliation » qui l’entoure, veille et surveille chacune de ses réactions et de ses gestes et paroles, à l’affût de ses moindres désirs mais aussi de ses réticences et révoltes. Qui peut participer à ce jeu de rôles si différents les uns des autres dans une scène à laquelle participent des intérêts, des attentions, des tensions et des affinités électives en fonction de la subjectivité de chacun, de l’attachement à la tradition, à la mémoire, voire au religieux qui dort en chacun de nous.

Spectre de la mort en vue

Au passage, notons une fois de plus que les soins palliatifs ne sont ciblés par les témoins, les soignés et soignants que parce qu’à leur extrémité se profile le spectre de la mort, voie commune de sortie de la vie dont on ne saurait faire fi si l’on tient un compte suffisant de l’être puis du non-être et surtout du « plus-être ». Pendant combien de temps encore, verrons-nous les principaux acteurs de ce débat et plus encore de cette prise de responsabilité se passer une balle trop glissante pour être saisie à pleines mains et envoyée sur la cible encore mal déterminée, située quelque part entre un meurtre qui n’ose dire son nom, une aide à la personne souffrante, un satisfecit à la bonne conscience et une liberté accordée du bout des lèvres à la personne criant son désir d’autonomie même si elle n’a pas toujours les moyens de l’assumer ?

Catégorisation

Il est à craindre que cette catégorisation entre des positions théoriques débitées en tranches bien enveloppées, protégées de toute perméabilité, ne relève plus d’une vision abstraite que d’une incursion dans la réalité du vivant. Le juge, en l’occurrence est incarné par l’homme sain, protégé de la maladie puis de la mort par une série de vaccins qui lui en assurent l’immunité. La mort est certes pour tout le monde, à un moment fatidique donné mais pas pour moi demain. Cette carapace permet de survivre et d’agir comme si aucune menace réelle ne s’imposait et que le soi serait protégé par des divinités qui se heurteraient pour longtemps encore à des carapaces épaisses, sortes de kevlar renforcé capable de résister à tous les tirs d’où qu’ils viennent et quels qu’en soient les auteurs.

Rôle des politiques et juristes

Dans ce jeu, juristes et politiques ont le rôle le plus facile à jouer, celui qui leur procure l’immunité, comme cela se passe si ou trop souvent pour les personnes revêtues des attributs qui confèrent l’irresponsabilité, la dispense, le privilège de décider, la dispense de s’impliquer. Décidant de tout, ils ne seraient garants de rien puisque leur charge, affublée de multiples missions, serait quittée à terme et qu’une fois dénudés, ils rejoindraient le lot des témoins impuissants, réduits au rôle d’observateurs situation moralement confortable puisque débarrassée de tout risque de voir tomber sur eux les foudres et la honte de la culpabilité.

Responsabilité et Culpabilité

Cette dernière peut certes être dispersée, partagée entre des agglomérats d’individus érigés en assemblée, groupes imbus de leur force, de leur pouvoir reçu par délégation ce qui contribue encore davantage au sentiment d’innocence, de réassurance de soi, de transparence, de voire d’ingénuité. Cette catégorie de citoyens ne va jamais au charbon et sait qu’aucune loi ne saurait les forcer à la noirceur, garantis qu’ils sont de demeurer dans la virginité et la blancheur. A moins d’avoir à déplorer chez leurs proches la souffrance d’autrui, la mort de proches ou le chagrin d’une disparition inattendue…