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Un film français honoré à Cannes

L’autre regard sur l’enfance et l’éducation : "Entre les murs"

De la suppression de postes dans l’enseignement à la récompense finale

mardi 27 mai 2008, par Picospin

Mis en scène par Laurent Cantet, également heureux auteur de cette œuvre qu’il qualifie lui-même de politique, sociétale, publique, pédagogique, cette œuvre vise à suivre pendant une longue année le parcours d’élèves filmés dans une œuvre à mi-chemin entre la fiction et le documentaire sous le regard compatissant, sympathique et complice d’un professeur qui exerce son métier dans un quartier "multiculturel", difficile, de Paris. Le scénario de ce film est tiré d’un roman déjà célèbre de François Bégaudeau qui interprète aussi le personnage principal. Le film est animé par le jeu d’acteurs amateurs qui sont recrutés parmi les élèves du Collège Françoise Dolto.

Remise des Prix

Lors de la cérémonie de remise des Prix, le metteur en scène a amené ses acteurs avec lui sur la scène en les faisant monter l’escalier célèbre qui conduit à elle et d’où ils reçurent l’ovation de la foule. Le Président du Jury, Sean Penn, a déclaré que ce film était l’un des deux qui avait bénéficié d’un jugement unanime. L’autre était le prix d’interprétation masculine décerné à Benicio Del Toro qui joue le rôle titre du film de Steven Soderbergh « Che ». Les autres personnes primées sont les frères Dardenne déjà récompensés deux fois qui cette fois ont reçu le prix du meilleur scénario pour « Le silence de Lorna » qui raconte les combats successifs qu’a eu a soutenir un jeune immigrant albanais en Belgique. Sandra Corveloni qui interprète une mère de famille ouvrière à Sao Paulo dans le film « Walter Salles » et Daniela Thomas, interprète de Linha de Passe ont reçu les prix d’interprétation féminine qui ont été remis à leurs metteurs en scène à leur place. Le prix de la mise en scène est allé à Nuri Ceylan pour les « Trois Anes », œuvre qui décrit la désintégration d’une famille turque. Le Grand Prix et le prix du Jury ont été attribués à des films italiens dont « Gomorrha » une étude brutale et réaliste du crime organisé à Naples et à l’histoire de l’ancien Premier Ministre Giulio Andreotti.

Un cru intéressant

La Caméra d’Or de la Première Œuvre a été attribué par un Jury Spécial sous la présidence de Bruno Dumont à la « Faim » de Steve Mc Queen qui dépeint la rébellion de militants de l’IRA en 1980. Si ce festival n’a pas été celui des révélations, il n’en fut pas moins une représentation solide pendant 12 jours d’œuvres variées avec leurs inévitables déceptions et aussi leurs choix élégants. Comme souvent, nombre des œuvres présentées en compétition et hors compétition ont été conscrées à des problèmes sociétaux et politiques comme la pauvreté, le crime, la maladie, l’emprisonnement et la guerre agrémentés d’un peu de pornographie et de dysfonctionnements familiaux, juste pour éclairer un peu l’atmosphère. On a vu aussi de œuvres innovantes au plan technique et esthétique filmées sur le mode digital. Même si certaines œuvres ne sont pas exemptes de boue, les nouvelles technologies suggèrent qu’un film peut être complètement innovant ou quelque chose qui s’apparente à une très vieille cellulose (« Che »). Le film de Soderbergh (« Le rouge ») a été tourné à l’aide d’une caméra ultra légère en haute définition ce qui lui confère une fluidité extraordinaire dans un terrain difficile.

Roumanie comme d’habitude

Evidemment, ce festival ne serait pas celui de Cannes s’il n’y avait pas eu un prix pour la Roumanie dont on se souvient du prix remporté l’an dernier avec « 4 mois, 3 semaines et 2 jours ». Cette année, c’est le grand prix du court métrage qui a été remporté par ce pays avec « Megatron » ce qui a suffi à remplir de joie Bucarest qui a l’habitude de dire « Foarte bine » ou « ici en France, c’est super-cool ».
Que cette diversion en dehors du champ cinématographique français par des films venus d’ailleurs, n’empêche pas de commenter l’œuvre primée principale dont le sujet a été tiré de l’histoire d’une classe de collège dans un quartier dit « difficile » à Paris. C’est à l’évidence une fenêtre qu’on a voulu ouvrir sur une école, photographiée et animée autrement que par ceux qui en ont la charge administrative et pédagogique : les Darcos, Lagarde, Woerth, Sarkozy qui sont aux premières loges pour annoncer, décréter, décider, choisir sinon imposer. Il y est moins question de politique, de justice, de quartiers défavorisés, de rébellions, d’élèves en difficulté que dans cette histoire rendue presque charmante par la grâce, le talent, la gentillesse, l’empathie d’un romancier de talent et d’un metteur en scène qui a pris sur lui de traduire sur la pellicule les émotions contradictoires, parfois généreuses d’un groupe d’acteurs improvisés sous le regard d’une psychanalyste de génie, Françoise Dolto - qui du haut de son ciel catholique doit contempler son oeuvre avec satisfaction, sinon fierté, qui a mieux que d’autres compris les problèmes des enfants et des adolescents et qui a contribué à les résoudre sinon les éradiquer.


Sources :
New York Times
May 26, 2008
At Glittery Cannes, a Gritty Palme d’Or
By MANOHLA DARGIS and A. O. SCOTT