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Une nouvelle analyse de BLF par Jean Claude Cusset

L’avenir de l’Europe (suite)

Un suspense ou un avenir ?

dimanche 21 décembre 2008, par Picospin

2) –l’Europe politique est le but – elle est aussi le moyen et la condition du progrès

Construction de l’Europe

C’est cette construction de l’Europe politique qu’il faut impérativement relancer. Elle suppose, on vient de le voir, que soient remplies deux conditions, levés deux obstacles : la règle de l’unanimité, et l’absence de constitution. Il y en a peut-être d’autres solutions, auxquelles on pourrait recourir plus rapidement et plus aisément, comme par exemple la construction par cercles concentriques. Cela existe déjà, puisque la zone Euro ne comprend pas tous les membres de l’UE, et pourrait être repris dans d’autres domaines. Ce type de solution ne saurait être qu’un pis-aller…
Cette construction politique est incontestablement un approfondissement des structures de l’UE. Elle doit se faire compte tenu de l’extension actuelle de l’UE, avec tout ou partie – cela dépendra des formules mises en œuvre – des 27 membres actuels. Elle est exclusive de tout nouvel élargissement, à tout le moins jusqu’à ce que les nouvelles structures, politiques, soient bien en place et aient fait leurs preuves. Pas de nouvelles recrues dans l’UE d’ ici-là ; à l’exception éventuellement, s’ils remplissent les conditions, des pays qui sont sans conteste dans l’orbite géographique de l’Europe et qui ne sont pas encore membres de l’Union, type Serbie. Pas non plus, au moins dans l’immédiat, d’entrée de l’Europe dans des communautés élargies, du type Union pour la Méditerranée. Ce qui n’interdit pas de favoriser la création hors d’Europe d’ensembles régionaux avec lesquels l’UE pourrait établir des partenariats privilégiés.
Un gouvernement de l’Europe ne pourra fonctionner (nous l’avons déjà dit), démocratiquement, que par application de la règle de la majorité, qui pourrait, qui devrait prendre la forme de la double majorité, celle des Etats membres, celle des peuples. C’est par ce moyen que l’Europe parviendra à avoir une politique étrangère et de sécurité commune, pourra s’exprimer d’une seule voix dans le concert des nations, et renforcer ainsi l’efficacité de ses interventions.

Union

C’est cette Europe politique, unie, capable de déterminer et d’appliquer sa politique étrangère qui sera en mesure de se situer par rapport à la grande puissance du moment, les Etats-Unis (grande puissance, mais qui n’est plus hégémonique) *. L’objectif n’est aucunement de s’isoler par rapport à eux ; là n’est pas notre intérêt. Il importe que nous ne soyons pas dépendants des USA, de ne pas oublier que tous les pays ont des moments d’égoïsme… ; ce qui ne signifie nullement qu’il ne doit pas exister de solidarité entre ces deux grands ensembles. Cette solidarité s’est manifestée maintes fois dans l’histoire, dans les deux sens, pour la défense de valeurs que nous avons en commun. Elle doit s’exprimer par des partenariats et non conduire à une dépendance de l’un par rapport à l’autre. Il nous faudra voir, à cet égard, ce que signifie la volonté du « Président élu » de rétablir son pays dans la plénitude de son « leadership »
C’est par ce moyen que nous parviendrons à doter l’Europe de moyens militaires suffisants d’une part pour assurer sa défense, sa propre sécurité, sans être dépendante de puissances extérieures, fussent-elles amies (il eut mieux valu à cet égard s’efforcer d’avoir une « armée européenne » plutôt que, pour la France, rejoindre le commandement intégré de l’OTAN) ; suffisants d’autre part pour permettre des interventions efficaces et suffisamment coordonnés des forces européennes là où le besoin se fera sentir, qu’il s’agisse d’actions en application de directives du Conseil de Sécurité de l’ONU, ou d’actions co-décidées avec des Etats amis et partenaires.

Armement

C’est dans un tel cadre que pourrait être organisée l’usage, au profit de la communauté, de l’armement nucléaire dont certains membres disposent et auquel ils auraient bien tort de renoncer ; décidée aussi la réalisation d’équipements stratégiques, comme les porte-avions, dont le coût de construction comme d’entretien peut être excessif pour un Etat membre seul.
Cela permettrait aussi, car pouvoir politique ne va pas sans pouvoir économique, d ‘avoir ce gouvernement économique qui nous manque bien en ce moment. Car si l’existence de la zone euro et de la Banque Centrale Européenne ont quelque peu protégé les pays européens de la crise financière qui secoue le monde, il faudrait une autorité commune pour étudier et mettre au point des solutions, prendre en commun les décisions qui devraient nous permettre de réagir contre les conséquences de cette crise financière et de nous protéger contre la crise économique – récession ou dépression - qui s’annonce, si elle n’est pas déjà commencée . Elle devrait notamment offrir des moyens d’action contre les paradis fiscaux, dont certains sont situés en Europe même…
De toute façon ces crises montrent clairement combien sont dangereux le laisser-faire sur les marchés et la conviction qu’une « main invisible » les guide toujours vers la solution optimale ; combien les dérives du capitalisme menacent la santé économique de nos pays. Des régulations s’imposent, tant au plan mondial – et sur ce terrain il serait essentiel que l’Europe soit représentée au FMI – qu’au plan européen. A l’Europe de voir ce qu’il faut obtenir au minimum de réglementation des marchés économiques et financiers (avec, comme le dit Pascal Lamy, des règles contraignantes), voir ce qui peut être fait par les européens eux-mêmes, et ce qui ne peut être établi que par accord avec le reste du monde, au moins ceux des pays qui sont ou se sentent concernés
On peut penser que ces objectifs ne seront atteints que si règne une bonne entente entre France et Allemagne ; ce qui est loin d’être le cas depuis un certain temps, et est particulièrement sensible dans la gestion de la crise.

** Paul Krugman, prix Nobel d’économie, dit qu’il y a actuellement dans le monde deux grandes puissances : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union Européenne ; que dans quinze ans il y en aura quatre : les mêmes plus la Chine et l’Inde. Il n’est pas certain que cette référence, entendue à la radio, exprime toute la pensée de P. Krugman, mais pour nous elle n’est valable qu’avec un correctif : L’UE est sans doute bien une des deux grandes zones de richesse économique, une zone de puissance dans le monde c’est plus douteux. Pour qu’elle le soit, il faudrait que l’union politique de l’Europe soit (enfin) réalisée. Si elle ne se fait pas, il ne paraît pas certain que l’Europe soit toujours dans quinze ans dans le peloton de tête. Les USA n’ont pas ce problème.
Par ailleurs notons que, pour Krugman, la Russie ne figure dans les « grands » ni maintenant – on s’en doutait – ni dans quinze ans. Cela nous conforte dans l’idée qu’il est de l’intérêt et de la Russie, et de l’UE, que les deux se rapprochent, fassent tous leurs efforts pour se rapprocher, au plan économique sûrement, au plan politique si possible. Ni l’un ni l’autre n’a intérêt à rester isolé dans ce monde qui se construit différemment ; leur incontestable proximité géographique et historique est un facteur positif pour un tel rapprochement.