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Polémique sanitaire au Vatican

L’efficacité du préservatif

Une discussion plus technique que spirituelle

mercredi 18 mars 2009, par Picospin

D’après les informations qu’il a données dans l’avion qui l’a conduit en Afrique, le Pape a affirmé que la distribution des préservatifs ne saurait en rien résoudre le problème du SIDA et que bien au contraire cette mesure risquerait de l’aggraver.

Ce qu’en écrit le New York Times

"La première partie de ce discours est grossièrement véridique" dans la mesure où les préservatifs ne peuvent à eux seuls arrêter l’extension de cette maladie. Il y faut aussi des campagnes qui soient capables de réduire le nombre des partenaires sexuels, de recourir à des pratiques plus sûres et de mettre en route d’autres mesures et plans de prévention pour éteindre l’épidémie. En revanche, la deuxième partie de cette affirmation est fausse. Il n’y a jusqu’ici aucune preuve formelle pour appuyer l’hypothèse que les préservatifs sont susceptibles d’aggraver le cours de l’épidémie alors que des faits indéniables s’inscrivent en faveur de l’opinion selon laquelle cette mesure même si elle n’est pas une panacée, peut avoir son utilité en maintes circonstances. C’est dans cette perspective qu’il convient de réaffirmer que les préservatifs jouent un rôle majeur pour éviter la transmission du virus du SIDA d’une personne qui en est infectée à un autre qui ne l’est pas. Les centres de contrôle de cette maladie citent de nombreux résultats montrant à l’évidence qu’à condition d’être utilisés de façon régulière et appropriée les préservatifs en latex sont de la plus grande efficacité pour prévenir la transmission du virus dans le contexte hétérosexuel, dans une proportion qui, d’après les statistiques les plus récentes, se situe aux environs de 80%. Ce qui ne signifie nullement que cette technique permet d’arriver à une efficacité absolue, car le préservatif peut se déchirer ou glisser ce qui fait que la meilleure façon de se protéger de toute transmission est de s’abstenir de toute relation sexuelle ou de n’avoir de relations qu’avec un même partenaire dont on est sur qu’il n’est pas infecté. Dans une perspective plus large, on sait que la promotion du préservatif est très efficace si l’on s’est donné pour seul objectif de ralentir la propagation de l’épidémie comme celle qui s’est répandue en Afrique sub saharienne.

Pas assez d’utilisateurs sérieux ?

C’est sans doute parce que le nombre des utilisateurs réguliers est trop faible. Même dans ces conditions, les autorités sanitaires considèrent que les préservatifs constituent une aide non négligeable dans la prévention de la propagation de l’infection virale. Il est par conséquent parfaitement irresponsable d’affirmer le contraire de façon péremptoire. Cette polémique n’est pas nouvelle. Déjà, elle avait fait l’objet de rapports, discussions, débats, comme l’atteste une réflexion de Son Éminence le Cardinal Alfonso López Trujillo, Président du Conseil Pontifical pour la Famille en date du 1 décembre 2003 et intitulé « LES VALEURS FAMILIALES VERSUS LA SEXUALITÉ SANS RISQUES « SEXE SÛR », paru dans "L’Osservatore Romano", l’organe officiel du Vatican. Dans la déclaration qui suit, le signataire de l’article se montre aussi péremptoire que son chef hiérarchique 6 ans après la réflexion reproduite dans l’organe officiel du Vatican, quand il reste sur des positions figées et scientifiquement fausses : « on ne pouvait pas vraiment parler d’une protection objective et totale en utilisant le préservatif comme prophylactique, quand il s’agit de la transmission non seulement du VIH/sida (le virus de l’immunodéficience humaine, qui cause le Syndrome d’immunodéficience acquise), mais aussi de plusieurs MTS (maladies transmises sexuellement.) J’ ai souligné que pour contrôler la pandémie, il est nécessaire de promouvoir un comportement sexuel responsable inculqué au moyen d’une éducation sexuelle authentique qui respecte la dignité de l’homme et de la femme, et qui ne considère pas les autres comme de simples instruments de plaisir et des objets « à user. » Ne se dégage-t-il pas de cette formulation un certain malaise provenant de la situation ambiguë dans laquelle se trouvent les hommes d’Église, empêtrés dans les contradictions de leurs règlements, conduites et interdits sexuels, allant de pair avec les nécessités de prendre position sur des problèmes dont ils sont censés tout ignorer ?

Négationnisme : encore !

Est-ce que cette déformation de la réalité, et plus encore de la vérité, est comparable d’une manière ou d’une autre avec le négationnisme dans lequel le Pape est intervenu récemment de façon négative en réintégrant les partisans de cette attitude politique et philosophique au sein de l’Église. Les réactions hostiles aux propos du Pape sont unanimes, venant des 4 coins du monde, depuis l’Afrique, en passant par les Etats-Unis et l’Europe, en particulier par la France où même des personnalités politiques aussi modérées que Alain Juppé manifestent leur irritation devant des déclarations qui ne relèvent ni du dogme ni de la science. Il rue dans les brancards et assure que « ce pape commence à poser un vrai problème », car il vit « dans une situation d’autisme total ». Au-delà de la polémique sur le préservatif, le maire de Bordeaux a évoqué la réintégration d’évêques « dont l’un est l’apôtre - si j’ose dire - du négationnisme » et l’affaire de l’excommunication de la mère d’une fillette violée au Brésil.

Dernière minute et conclusions :

Le Quai d’Orsay s’est joint, mercredi 18 mars, aux nombreuses contestations d’associations et d’hommes politiques après les propos du pape Benoît XVI contre l’usage du préservatif. Entamant un voyage en Afrique le pape a déclaré, que "l’on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs" mais que au contraire leur utilisation aggrave le problème". "La France exprime sa très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos de Benoît XVI", a déclaré à la presse le porte-parole du ministère des affaires étrangères. "S’il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l’Église, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine". "Il y en a assez maintenant de ce pape", a déclaré Daniel Cohn-Bendit. Relevant que "tout le monde sait l’immensité du problème du sida en Afrique", il a estimé que les propos du pape constituaient "presque un meurtre prémédité". Le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a demandé "au pape de retirer ses propos" sur le préservatif, qu’il juge "inacceptables". "et a ajouté que c’est une négation de l’épidémie". Ce sont des paroles gravissimes quand on voit l’impact que ce type de message peut avoir en Afrique où vivent les deux tiers des personnes séropositives", a estimé une responsable de la prévention de la pandémie de Médecins du monde.

Colère

"Nous sommes très en colère car ce sont des années de travail qui sont remises en cause et surtout ce sont des millions de gens qui vont être contaminés à cause de ces déclarations, c’est totalement en contradiction avec l’un des messages principaux de l’Eglise : le respect de la vie", a-t-elle poursuivi. "Le pape vit-il au XXIe siècle ?", s’est par ailleurs interrogée une ONG camerounaise. Le pape ne savait-il pas en arrivant au Cameroun que les personnes séropositives y représentent un nombre important de la population ? "Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Église catholique envers le problème du sida", a rappelé à Yaoundé le porte-parole du Vatican. Le pape Benoît XVI "a mis l’accent sur l’éducation à la responsabilité", a-t-il expliqué. L’Église estime que "développer une idéologie de confiance dans le préservatif n’est pas une position correcte" car elle ne met pas l’accent sur "le sens des responsabilités". Enfin, pour compléter le panorama des opinions et avis divers sur ce problème, Christine Boutin, Ministre du logement, a pris la défense du Pape et a assuré que ce n’est "pas drôle de mettre le préservatif quand on fait l’amour" en affirmant qu’il ne fallait pas attendre du pape "qu’il dise qu’il faut mettre le préservatif". En matière de préservatif, "chacun fait comme il peut et comme il veut", a ajouté Mme Boutin. Si on peut admettre que cette dernière sait éventuellement de quoi elle parle dans ce débat, il devrait être plus douteux que le premier en ait une intense et longue expérience pour la raison évidente qu’il doit obéir à la loi, aux commandements et au dogme de l’institution qu’il dirige.

Questionnement :

1. Est-ce que le Pape a pris une importante responsabilité envers les catholiques en particulier et tous les hommes en général en affichant des déclarations dont le contenu sort de sa compétence ?

2. Est-ce que ces prises de position sont de nature à confirmer et a fortiori à accentuer le recul de Dieu dans le monde par l’exemple que diffuse largement un des représentants sur terre des monothéismes ?

3. Doit-on considérer que les déclarations les plus récentes du Pape sur le problème épineux des relations sexuelles fait partie du courant négationniste qu’il semble avoir pris dans le prolongement des ses décisions concernant les anciens évêques excommuniés et celles, plus indirectes des agissements "politiques" au Brésil ?

4. Comment comprendre les déclarations curieuses de la Ministre du logement qui constituent une suite chaotique de contradictions pour finir sur des conclusions qui ne font que la concerner personnellement dans sa propre intimité ?

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